43- Au Maroc les gais ont la vie dure

Kal28, âgé de 29 ans en 2004, vit dans une petite ville du maghreb. Son coming-out nʼest que virtuel, via le net, ne pouvant pas lʼannoncer chez lui…
Bonjour à tous. Eh bien moi, je ne suis pas européen ! Je suis marocain ! Dans un pays arabomusulman ! Le coming-out pour moi, cʼest comme se jeter dans les enfers ! Ni famille, ni amis, ni personne ici ne pourra comprendre ce que cʼest dʼêtre homo… ! Alors… ne trouvant aucune lueur dʼespoir, en 1997, alors que jʼavais 22 ans, et en plus du stress quotidien qui gonfle terriblement quand on est déjà mal dans sa peau, jʼai tenté de me suicider… et jʼai frôlé la mort…
Une seule chose mʼa retenu à ce moment dʼextrême désespoir : cʼest que jʼai une maman qui ne vit que pour nous voir heureux, moi et mes autres frères ! Même le suicide ne mʼétait pas permis à 22 ans ! Après cet incident… jʼai choisi la vie de solitude ! Mon chat, mes livres, mes rêveries de gay si désepérées, tellement je vis dans un milieu qui ne sera jamais favorable à un gay comme moi… Jʼavais donc mon monde à moi et je me sentais presque parfaitement suffisant… jusquʼà la découverte dʼInternet qui fut une révolution pour moi !
Je passais des heures à prendre des internautes virtuels pour des vrais amis ! Jʼétais sincère aux tchats… Même quand on me disait “quel est votre nom ?” je donnais mon vrai nom et je croyais ce quʼon me disait… Déception après déception, jʼai découvert que le monde du net nʼest quʼun domaine où chacun fait ce quʼil ne pourra pas faire en réalité…
Mais grâce au net, jʼai eu la chance de connaître quelquʼun qui nʼest pas du Maroc. Jʼai fait mon coming-out avec lui ! Pour la 1re fois de ma vie, je pleure en sanglot devant quelquʼun ! Car chez nous, les arabes, un homme ne doit jamais pleurer ! Jʼai parlé sans arrêt ! Jʼai confessé tout ce qui me pesait sur le coeur depuis 15 ans déjà, au point que jʼai oublié que ce copain était un mec beau et que de bons moments dʼamour physique et affectif aussi mʼattendraient…
Pour quelquʼun qui voudrait vivre dans la dignité… le net cʼest déjà un miracle ! Au moins il permet à un souffrant dʼextérioriser même si ce nʼest que virtuel (mais cʼest mieux que rien)… Le net chez nous, pour moi, cʼest le psy, cʼest une association, cʼest la loi qui me reconnaît en tant quʼêtre humain, cʼest mon jardin secret… Car tout cela est malheureusement absent dans le monde arabe.