46- Les religions discriminent-elles les homosexuels?

Histoire de lʼAntiquité au
Moyen-Age
Les pédérastes nʼont jamais été
aussi présents que dans la Grèce
antique. Plus quʼaucune civili-
sation, la Grèce antique accorde
une place offi cielle aux amours
masculines. Elle nʼéprouve
aucune répugnance face à lʼho-
mosexualité et privilégie une
atmosphère de masculinité
érotique. Les pratiques homo-
sexuelles sont des comporte-
ments sociaux habituels, qui
font partie du rite initiatique de
la fi n de lʼadolescence mais ils
ne se limitent pas à ce rite cʼest
à dire quʼil persiste après lʼado-
lescence. A la différence des
sociétés contemporaines, les so-
ciétés grecques ignorent la caté-
gorie des homosexuels et nul nʼa
besoin de mener un combat pour
faire reconnaître une différence
sexuelle. Zeus (père des dieux,
Lʼhomosexualité est lʼattirance et la préférence pour les individus de son propre sexe par opposition à
lʼhétérosexualité. Le terme “homosexualité” semble avoir été inventé par un médecin autrichien, Karoly
Maria Kerthbeny, en 1869 et nʼest apparu dans le Larousse quʼen 1930. Les rapports que lʼhomosexua-
lité a entretenu et entretient toujours avec la norme religieuse, morale et sociale vont de la répression à la
reconnaissance des comportements homosexuels selon les époques et la culture.
Cette édition spé-
ciale du Point vous est
offerte gratuitement
pour la lecture et les
publicités par
des mortels et du ciel), lʼamant
de nombreuses femmes, montre
lui-même lʼexemple en cédant
au charme du jeune et beau
prince de Troie Ganymède. Si
les amours masculines sont
aussi bien acceptées dans la my-
thologie que dans la vie de tous
les jours, cʼest beaucoup moins
le cas des femmes qui nʼappa-
raissent jamais dans lʼart ou les
textes, à lʼexception, notable, de
Sappho, la poétesse de Lesbos.
Au temps des romains, il y
a une tolérance modérée de
lʼhomosexualité. La société
romaine se caractérise par un
hédonisme, principe qui fait
du plaisir le but de la vie, sans
amour. Lʼhomosexualité et
lʼhétérosexualité étaient regar-
dées comme des choix accep-
tables. Aucun des auteurs latins
nʼa tenu comme propos que
lʼhomosexualité était illégale.
Néanmoins, certains étaient
contre et les homosexuels
étaient considérés par ceux-ci
comme déshonorants mais per-
sonne nʼa invoqué lʼautorité
de la loi pour les condamner.
Comme on lʼa vu, le rôle joué
dans la relation était plus impor-
tant que le sexe du partenaire. Le
Conseil Ecclésiastique en 309
marque une première rupture
avec la tradition gréco-romaine,
faisant entrer lʼhomosexualité
dans les péchés. Il ne sʼagit pas
dʼune réelle nouveauté puisque
dans le Judaïsme et dans lʼAn-
cien Testament, lʼhomosexualité
était, avec lʼadultère et lʼinceste,
lʼun des plus graves interdits
sexuels. Dans les textes anciens,
lʼhomosexualité masculine mé-
ritait la mort par lapidation.
Dès les premiers siècles de
lʼère chrétienne, les théologiens
considèrent les relations homo-
sexuelles comme une atteinte
à lʼordre Divin, un mépris des
distinctions entre les hommes et
les femmes qui sont établies par
Dieu et un interdit absolu.

Vers 530, les théologiens ren-
dirent les homosexuels coupa-
bles de tremblements de terre,
de la famine et de la peste.
Ils étaient punis de la peine
de mort. Au premier Moyen-
Age (du 6eme siècle jusquʼau
12eme), lʼÉglise semble faire
preuve dʼune relative tolérance
vis-à-vis des homosexuels.
Mais le second Moyen-Age
(milieu 12eme siècle jusquʼau
milieu du 14eme) est intolé-
rant et considère lʼhomosexua-
lité comme une pratique contre
nature et comme une atteinte à
la majesté divine et royale. Le
retournement entre ces deux
Moyen-Ages se situe entre 1150
et 1250 et est provoqué par la
lutte contre les hérétiques (qui
méprisent le monde et qui sont
contraires à la foi) auxquels
les pédérastes sont assimi-
lés.  A la fi n du 12eme siècle,
les théologiens considèrent
lʼhomosexualité comme une
lèpre immonde qui fait fuir
les anges et qui détourne le
regard du Diable. En 1179,
le Concile (assemblée dʼévê-
ques et de théologiens) con-
damne et excommunie les gays.
Ce rejet persistera , on lʼa vu,
jusquʼau 20e siècle. Comme
pour le suicide, une piste de
clémence sera celle de la psy-
chanalyse ou de la médecine
qui pourront dégager, en partie,
la responsabilité personnelle de
cette orientation sexuelle.
Positions actuelles des
religions
Comme on lʼa vu plus haut,
lʼhomosexualité est totalement
rejeté par le Judaïsme, cela pour
deux raisons : elle est contraire
au désir naturellement orienté
selon Dieu vers lʼautre sexe afi n
de perpétuer lʼespèce humaine ;
elle peut manifester le plaisir
de se révolter contre Dieu. Les
gays qui souhaitent se repentir
sont accueillis, aux autres leur
sera constamment rappelé quʼils
sont dans lʼerreur. Lʼhomo-
sexualité demeure actuellement
le TABOU SUPRÊME de la
Thorah. Pour le Judaïsme, lʼhis-
toire de lʼhomosexualité ne peut
que se terminer par la mort car
le fondement de lʼhistoire est le
couple : “Dieu créa lʼhomme à
son image et il créa lʼhomme et
la femme”. Le Coran considère
comme une grave déviance
à la loi divine lʼhomosexua-
lité, qui est fortement condam-
née en Islam. Elle est interdite
mais son application nʼentraîne
pas la peine de mort. Le Coran
ne permet pas lʼexclusion du
groupe humain quel quʼil soit
mais invite à aider les person-
nes déviantes à la condition que
celles-ci ne prétendent pas que
lʼhomosexualité est une nouvel-
le norme sociale, car une telle
attitude est contraire à la vo-
lonté de Dieu. Donc les socié-
tés musulmanes sont tolérantes
tant que les gays sont discrets.
Pour le Coran, le mariage des
homosexuels est hors norme car
lʼaccepter serait admettre une
rupture dans la chaîne des géné-
rations qui perpétue lʼexistence
de la communauté musulmane.

Lʼhomosexualité est totale-
ment reniée par les musulmans
intégristes : “ Méprisé soit celui
qui de son corps fait un com-
merce illégal ou lʼutilise à des
fi ns impures”. Le Coran vise à
purifi er la société, cʼest pour-
quoi des gouvernements isla-
mistes tuent lʼhomosexuel, par
lʼapplication de principes reli-
gieux. Puisque puisant aux mê-
mes sources bibliques que les 3
exemples précédents, le protes-
tantisme a longtemps condamné
de manière rude lʼhomosexua-
lité : acte contre nature et péché
contre Dieu.
Dʼune manière générale, lʼho-
mosexualité représente le dé-
sordre, une errance, une dévia-
tion et un non-accomplissement
de lʼintention divine. Les men-
talités ont toutefois évolué,
cʼest pourquoi en 1994, la Fé-
dération protestante de France a
publié un document dans lequel
lʼhomosexualité nʼest ni con-
damnée ni approuvée. Comme
toujours dans le Protestantisme,
les prises de position sont va-
riées. La majorité des églises
protestantes se battent contre
la ségrégation sociale et donc
Dʼautres les accueillent dans
lʼunique but de les convertir
grâce à un accompagnement
spirituel. Enfi n, dʼautres Égli-
ses les accueillent sans les ju-
ger car ce qui importe pour el-
les, cʼest lʼamour des humains
et non la relation sexuelle.
Aujourdʼhui, il demeure im-
pensable pour la majorité des
églises protestantes de bénir
les amours homosexuels, mais
le sujet est débattu aux USA
notamment. Pour lʼÉglise ca-
tholique, on doit distinguer les
actes et les personnes : les actes
dʼhomosexualité sont intrinsè-
quement désordonnés et entraî-
nent un comportement mauvais
au point de vue de la morale.
Les gays doivent être accueillis
avec respect, délicatesse et com-
passion et il faut éviter à leur
égard des marques de discrimi-
nation injuste. Mais la Congré-
gation de la doctrine de la foi
a publié en 1992 : “ il y a des
domaines dans lesquels ce nʼest
pas une discrimination injuste
de tenir compte de lʼorienta-
tion : adoption dʼun enfant, ins-
tituteurs, entraîneurs sportifs”
Le catholicisme est opposé à
toute forme de reconnaissance
religieuse des gays car ce serait
placer lʼhomosexualité sur le
même pied que lʼhétérosexua-
lité. Accepter cette reconnais-
sance remettrait également en
question le principe du maria-
ge, fondé sur la différence des
deux sexes, qui est nécessaire
à la procréation et à lʼéduca-
tion équilibrée des enfants. En
1999, un prêtre nommé Rudy
Borremans a été déchargé de
ses fonctions de vicaire par le
Cardinal Danneels en raison de
son homosexualité ouvertement
proclamée et surtout pratiquée.
Mr Borremans cherche toujours
une procédure judiciaire pour
contester la décision de sa mise
à lʼécart de lʼÉglise catholique.
Mais lʼÉglise ne condamne
pas (plus) les tendances, seu-
lement les pratiques. Un prêtre
homosexuel a tous ses droits
religieux sʼil reste abstinent,
comme doit lʼêtre un prêtre
hétérosexuel…. Mais il est évi-
dent que lorsquʼun adolescent
catholique se découvre homo-
sexuel, on peut sʼinterroger sur
les sentiments quʼil éprouve
en imaginant ce que sera sa
future vie affective, sʼil veut
rester dans la norme religieuse !
Conclusion
Dʼaprès une enquête faite en
1985 par Xavier Thévenot, seul
un homosexuel sur dix se sent
aidé par lʼattitude de lʼÉglise.
Les religions sont toutes op-
posées à la reconnaissance re-
ligieuse et sociale de lʼhomo-
sexualité. Pourtant lʼun des dix
commandements de la religion
chrétienne est : “Tu aimeras
ton prochain”. Pourquoi dis-
crimine-t-elle alors lʼamour
entre personnes du même sexe?
Aujourdʼhui encore, dans envi-
ron 74 pays du monde, les com-
portements homosexuels sont
interdits, considérés comme
illégaux, allant dans certains
cas jusquʼà la peine de mort. Ce
nʼest quʼen 1993 que lʼOrgani-
sation mondiale de la santé a
supprimé lʼhomosexualité de la
liste des maladies. Et même si
des progrès ont été faits, aucun
État nʼoffre encore à ce jour
une protection juridique com-
plète contre la discrimination
de lʼhomosexualité.