72- Pascal, Caroline, Gilles et Julien!

Par
Roger-Luc Chayer
Photo
Gracieuseté de Pia,
Claire et Gilles
Schaufelberger
En ce mois international du
SIDA, le destin a voulu que je
vous parle à la fois d’un être
très spécial, Pascal Coste et
de sa mère Caroline Gréco non
pas pour vous raconter le récit
d’une relation parent-enfant gai
mais pour vous raconter l’histoire
d’une famille qui, dans les
pires moments, a été capable
de convertir son tragique destin
en avancement majeur pour la
société dans son ensemble. Je
vais vous parler de ma famille
adoptive, de Pascal, d’un formidable
papa, de Caroline et
d’une contribution majeure à la
société et à la vie gaie.
Pascal Coste a été mon amoureux
secret pendant quelques
années, à la fin des années
80 jusqu’à son décès en 1995
des suites du SIDA. Pascal se
savait atteint depuis longtemps
mais n’a jamais voulu me le
dire ou me le faire savoir. C’est
uniquement après son décès,
absolument imprévu pour moi,
que j’ai appris, par l’entremise
de sa mère l’auteure Caroline
Gréco, que celui que j’aimais
était parti pour toujours et qu’il
avait vécu difficilement son état
sérologique, interdisant totalement
à quiconque de m’en informer.
Pascal avait toujours voulu
faire une couverture de magazine,
Gay Globe honore sa
mémoire en lui consacrant
sa couverture
Le deuil de Pascal a été terrible.
J’ai cessé de manger pendant
des semaines, j’ai perdu 50 livres,
rien ne fonctionnait dans
ma tête et c’était causé d’une
part par le choc de l’annonce
de son décès, moi qui étais à
Montréal et qui devais le recevoir
en visite mais aussi par
la fatalité et l’impossibilité de
lui dire comme je l’avais aimé.
Nous sommes 15 ans plus tard
et je vis encore avec ce deuil.
Mais voilà, le décès de Pascal
a été le point de départ ou
presque, d’une magnifique relation
avec ses parents l’auteure
Caroline Gréco et Gilles Schaufelberger.
Ce lien significatif
avec la mémoire de Pascal
Caroline Gréco
a été vital pour moi et au fil des
années, j’ai trouvé chez cette
famille la continuité d’une affection
qui a fait de moi en partie
ce que je suis devenu.
Depuis quelques mois les lecteurs
de Gay Globe savent que
l’auteure Caroline Gréco, ma
“belle-mère” et mère adoptive
devenue amie très intime combat
une maladie grave qui l’empêche
maintenant de parler ou
de marcher.
J’étais avec Caroline au téléphone
il y a quelques jours et
bien que silencieuse à cause de
la maladie, je pouvais l’entendre
respirer et cette simple présence
remplissait mon coeur d’une
immense joie. Caroline vient de
recevoir un diagnostic très sombre
et le pronostic est négatif,
catastrophique même selon
son époux Gilles qui a réussi à
trouver la force de partager la
nouvelle avec moi. C’est donc
avec le coeur blessé et brisé
que je me rend à l’évidence que
Caroline nous quittera peut-être
bientôt. Contrairement aux derniers
moments pour Pascal, j’ai
encore la possibilité de lui parler
et je vais conclure ce texte
avec ma “Lettre à Caroline”.
Salut Caroline, je sais que le
combat contre la maladie que
tu mènes depuis quelques mois
est difficile mais je veux que tu
saches que chaque instant que
tu nous donnes est un privilège.
Tu sais déjà comme les lecteurs
de Gay Globe et la société en
général te sont reconnaissants
pour ce que tu as fait par le passé
et pour les deux magnifiques
oeuvres que tu lègues à l’humanité
et dont tu peux être fière.
En nous racontant l’expérience
de parents qui apprennent
l’homosexualité de leur enfant
et en nous revenant avec
ton expérience de la fin de vie
d’un enfant atteint du SIDA, tu
nous donnes les moyens de
sortir de l’isolement, de mieux
comprendre que chaque instant
dans la vie doit être vécu
au maximum. Tu es pour moi
une source quotidienne de sagesse
et d’admiration, Gilles le
sait, j’ai grandi comme homme
avec tes bons conseils, ma
sagesse me vient de toi et je
veux que tu saches que pour
moi tu sera toujours éternelle.
Si aujourd’hui je signe toujours
“Roger-Luc” et non R.L. comme
avant, c’est grâce à toi quand tu
disais à la fin des années 90,
“tu es un être complet et entier,
signe toujours de ton prénom
complet”, tu te souviens?
Merci Caroline, merci Maman,
je t’aime tendrement et ta mémoire
survivra à tout tu verras…