Montréal en crise : itinérance, drogues et détresse sociale au cœur du Village gai

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Roger-Luc Chayer (Photo : Anonyme / Gay Globe)

Plus ça change, plus c’est pareil.

Samedi 23 mai 2025 à 5 h 45 du matin, alors qu’un locataire d’un immeuble à logements du Village gai de Montréal rentrait chez lui après avoir festoyé dans le village, en passant par le hall d’entrée, juste devant les boîtes aux lettres, gisaient au sol deux personnes, non pas endormies, mais droguées, selon le matériel que l’on peut voir par terre, complètement à droite dans un sachet bleu.

Alors qu’il pensait la situation réglée depuis des mois, il a eu un réveil difficile face à une réalité qui touche la plupart des régions du Québec : rien ne s’arrange avec l’itinérance à Montréal et les drogues à Montréal.

L’hiver dernier, dans le stationnement intérieur du même immeuble, un véhicule a été vandalisé à quatre reprises — oui, le même véhicule — par des individus qui circulent la nuit dans les corridors et dans le stationnement en toute impunité. Le concierge de l’immeuble n’est pas un garde de sécurité et n’est pas formé pour faire face à des individus malveillants qui n’ont rien d’autre à faire que de voler les gens pour survivre.

Mais nous sommes pourtant à Montréal, au Québec, l’une des sociétés les plus sociales d’Amérique du Nord !

Le locataire a tenté en vain de réveiller les deux personnes droguées dans le hall d’entrée : rien à faire, elles semblaient complètement anesthésiées. Contacter les policiers ? Une perte de temps, selon lui, tant ces situations seraient devenues nombreuses à Montréal.

Pourquoi tant de misère dans la métropole du Québec ?

Il n’y a pas une seule cause, mais une combinaison de facteurs qui se sont renforcés au fil des dernières années à Montréal, comme dans plusieurs grandes villes nord-américaines.

D’abord, le logement à Montréal joue un rôle central. Les loyers ont augmenté beaucoup plus vite que les revenus, et la rareté des logements abordables a poussé des personnes déjà fragiles — jeunes, travailleurs précaires, personnes en rupture familiale — vers la rue ou des hébergements temporaires. Une fois sans logement stable, il devient beaucoup plus difficile de garder un emploi, de suivre une routine ou d’avoir accès à des services, ce qui accélère la précarisation.

Ensuite, la crise des drogues à Montréal a changé de nature. On ne parle plus seulement de drogues « classiques », mais d’un marché marqué par des substances beaucoup plus toxiques et imprévisibles, souvent liées au fentanyl et à d’autres opioïdes synthétiques. Cela augmente à la fois les overdoses, les épisodes de perte de contrôle et les situations visibles dans l’espace public.

Il y a aussi la question de la santé mentale à Montréal, souvent sous-diagnostiquée ou insuffisamment prise en charge. Des troubles anxieux, dépressifs ou psychotiques non traités peuvent mener à des ruptures sociales, surtout chez les jeunes adultes. Les services existent, mais ils sont souvent saturés, difficiles d’accès ou pas assez continus pour suivre les cas les plus complexes.

Et dans le Village gai de Montréal, c’est le drame des minorités sexuelles et itinérance juvénile qui se pose. La proportion des jeunes gais et lesbiennes, incluant les personnes trans, représenterait environ 35 % des personnes sans abri. Une situation dramatique qui ruine des vies, tant pour ces personnes que pour celles et ceux qui habitent le Village et qui sont dévastés par tant de misère.

À Montréal en 2026, il n’y a pas une solution unique, mais un ensemble de mesures publiques et communautaires qui visent soit à stabiliser les personnes à la rue, soit à les en sortir progressivement.

La première réponse est l’hébergement d’urgence à Montréal et de transition. Des refuges et des ressources communautaires offrent des lits, des repas et un minimum de sécurité, surtout en hiver. Ensuite, il existe des logements transitoires ou supervisés, où les personnes peuvent rester plus longtemps tout en recevant de l’accompagnement social. L’objectif est de passer de la survie quotidienne à une stabilisation de base.

Une autre approche importante est le logement d’abord (Housing First). L’idée est de fournir rapidement un logement stable sans exiger d’abstinence préalable, puis d’ajouter du soutien en santé mentale, en dépendance et en insertion sociale. Ce modèle est utilisé par plusieurs organismes à Montréal, avec des résultats variables mais généralement positifs pour les personnes les plus vulnérables.

Du côté des jeunes, surtout ceux issus de la communauté LGBTQ+, des organismes spécialisés offrent des ressources adaptées : hébergement sécuritaire, soutien psychologique, accompagnement scolaire ou vers l’emploi, et parfois des milieux de vie spécifiquement inclusifs pour éviter les ruptures familiales ou les violences.

Le problème avec les ressources d’urgence en itinérance à Montréal, c’est que les jeunes se retrouvent avec les personnes plus âgées, et que toutes les problématiques s’y côtoient. Tenter de dormir à l’intérieur, dans des salles communes, peut être perçu comme bien pire que de rester dehors, seul. Les situations difficiles qui se produisent dans ces refuges feront l’objet d’un prochain article, grâce au témoignage de Fabrice, qui s’y est retrouvé bien malgré lui et n’y retournera jamais, selon son expérience. Pour certains, mieux vaut la rue, entre deux bacs à poubelles, qu’un lit dans un environnement qu’ils décrivent comme un enfer humain.

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