COVID19: LETTRE AU PORTEUR

Un texte d’Abel Bates, par Nicolas F. Paquin

Fait chier, le COVID-19.
Et je ne parle pas du papier de toilette que les euphoriques ont été rafler comme des débiles de première partis se magasiner une place au Paradis devant l’Apocalypse annoncée. Je parle vraiment des conséquences du confinement sur la vie en général.

IT’S NOT ÉCONOMY, COVIDIOT!
J’en entends, des mal foutus, qui grognent après l’économie. Eh bien pour déparaphraser Bill Clinton, It’s not economy, Stupid! C’est pas l’économie Covidiot : c’est la vie. L’économie, c’est une sale connerie qui a englouti toutes nos espérances. On évolue dans une société qui s’est branchée sur une consommation à outrance, au point où un couple ne peut plus tenir le coup sans que les deux travaillent pour joindre les deux bouts de vie qui leur reste. Ils sont si endettés qu’il suffit que leur dieu économique se mette à tousser pour qu’ils ne sachent plus comment boucler le budget pendant un mois. Vous êtes peut-être vous-même dans cette situation.

Et c’est pas normal. C’est pas normal que nous ayons laissé nos politiciens faire des partenariats économiques internationaux qui ont bousillé la dynamique de nos villages et de nos quartiers sous prétexte qu’en laissant faire nos produits ailleurs, on allait payer moins cher. On a transformé tout un tas d’artisans en employés de multinationales. Ces entreprises en bourse, maintenant que la Chine et l’Italie toussent, capotent pitoyablement.

On a fait tout ça au nom de la consommation et, maintenant qu’un virus minuscule nous tombe dessus comme la vérole sur le bas clergé, plus rien de tout ça ne tient. Ceux qui se ramassent confinés dans leur cuisine flambant neuve où ils ont juste appris à déballer des sushis du IGA et à réchauffer des pizzas Delissio sont mal pris. De un, ils doivent faire à manger. De deux, ils se retrouvent en face de leur partenaire de vie, et s’aperçoivent que sans souper au resto, sans ride en VUS, sans shopping au IKEA, sans sortie au cinéma, eh bien, l’amour, il est pas là. On est mal foutus.

Heureusement, il y en a qui iront faire des bébés, et dans neuf mois, on ne comptera plus les petits Horacio Tanguay, Horacia-Rose Lapalme-Dugas, Horacio Caron-Patenaude et Oracia Lalancette-Pouliot à l’État-civil du Québec. Ça sera chic.

C’EST PAS LES PAUVRES NON PLUS
À cause de la fermeture des commerces, les journaux n’ont plus de revenus publicitaires. Les journalistes sont mis à pied. J’ai donc perdu mon boulot. Encore. Et je ne peux pas sortir et aller passer une soirée collé à une copine, pour lui raconter qu’elle est belle et qu’elle me dise que je suis fin. Je voudrais juste ça, avec un bout de chocolat ou un mousseux cheap. Peux pas. Je suis en quarantaine et je n’ai rien fait pour l’être.

Vous savez quoi? Ça me fait suer, tous ces gens qui partent à Cuba, au Costa Rica, à Florence, en croisière ou à Walt Disney World pendant la relâche, puis qui rentrent incuber la cochonnerie qu’ils ont choppée là-bas. À cause d’eux, je ne peux plus aller voir Odile, Mia, Laurence ou Jennifer. On est tous confinés à attendre que ceux qu’ils ont contaminés se portent mieux. Ou pire. Parce que le coronavicieux, c’est pas un petit bacille gripeux: c’est un virus au potentiel mortel.

Oui, ça peut arriver à tout le monde de tomber malade à cause d’un voyage, mais là, ça fait pas mal de monde qui quitte le Québec l’hiver pour aller se dorer la bedaine et vider son compte en banque à l’étranger. Du coup, ça fait pas mal de monde qui revient malade. Vous voulez mon avis? C’est trop. Trop de monde qui n’aime pas le Québec et qui le fuit au premier frette dans un gros avion polluant. Dieu merci, ces gens n’achètent pas de pailles en plastique pour donner un break à l’environnement.

Et, by the way, ça fait des siècles qu’on attribue tous les vices de la maladie à la pauvreté. Mais présentement, ce ne sont pas ceux qui n’ont pas de fric pour aller dans le sud qui sont en cause. Pourtant, ce sont eux qui en paient le vrai prix : plein de gens à statut précaire n’ont pas de travail pour payer leurs comptes. Les travailleurs autonomes, eux, n’ont pas un revenu garanti comme plein d’employés de la fonction publique, et leur démarchage professionnel est complètement paralysé. Des mois de pauvreté à s’en remettre, et à se faire chier par des bureaucrates de l’Assurance-emploi.

C’EST PLUTÔT LA VIE
Moi, j’espère juste que ça va donner un électrochoc au mode de vie occidental. Kaput l’économie mondiale, la vie à crédit et les bonheurs illusoires. Ceux qui avaient l’habitude du resto, du gym, des voyages ou du cinoche, entre deux séances chez le masso, puis qui couraient de la garderie au tatami du yogi, et qui mettaient tout ça sur la carte de crédit, peut-être que leur monde, il sera fini. Foutu. Et que le temps sera venu pour eux de faire un jardin, d’entretenir leur tour de porte, de faire leurs conserves, de faire leur savon, d’oublier la cosméticienne et le cinéma maison. Et vivre pour vrai.

Parce que moi, j’ai mon voyage de payer le prix de leur voyage et de ne plus pouvoir voyager dans le quartier d’à-côté, juste pour aller faire l’amour ou des jeux de société.