C’est fou comme les gens changent de ton quand ils parlent en public comparé à leurs conversations en privé. Normalement, les personnalités publiques font un effort, se dépassent un peu et tentent de mieux parler en public, alors qu’en privé, ils se laissent aller à un naturel parfois moins élégant.
Mais Gilles Duceppe fait le contraire. Quand il parle en privé, il démontre une bonne culture, un ton normal et un vocabulaire intéressant. Là où ça se corse, c’est quand il parle en public. Il devient un peu campagnard, utilise un ton de voix digne des plus grands cultivateurs de la côte nord, et s’il est en forme, il ira même jusqu’à parler comme un syndicaliste de la CSN, avec une verve dénudée de toute culture, parce que c’est connu, certains syndicalistes ne sont pas des prix Nobel de littérature — et ça se voit… Heureusement qu’il en existe des plus cultivés pour faire contraste.
Le Doute et le Cynisme Face à Gilles Duceppe
Ce qui me préoccupe avec Gilles Duceppe, pour l’avoir rencontré une seule fois en quasi-privé dans ses premières années comme chef du Bloc, surtout lorsqu’il se souvenait qu’il était député du village gai et qu’il accordait des entrevues réservées aux médias gais (ah cette belle époque révolue où les gais n’étaient pas que des tapettes dans son esprit…), eh bien, il m’avait stupéfié en nous parlant en privé, autour d’un café chaud, et ce Gilles Duceppe-là n’était pas le même que celui qui avait accordé une conférence de presse la veille, en public.
En privé, il nous disait avoir des préoccupations pour le SIDA et d’autres sujets reliés aux gais, alors qu’en public, j’avais l’impression d’avoir un ado de 13 ans devant moi, avec des mots absolument vides de sens et un ton de voix immature, insipide et, disons-le, un peu con.
Pourquoi ce double langage ?
Cet homme a donc diverses personnalités qu’il utilise selon l’audience devant lui, et ça, ça me fait peur. René Lévesque était le même qu’il soit devant 25 journalistes, 2 millions de téléspectateurs ou devant une bière au bistro de la place. C’était lui. On le prenait comme il était, c’était tout ou rien.
Gilles Duceppe change de ton et de niveau intellectuel en fonction de son interlocuteur. En cela, il incarne le doute vivant et le cynisme du public face à ses politiciens. Pourquoi ne pas rester aussi brillant en public qu’en privé ? Parce qu’il s’adresse aux Québécois et que dans sa tête, nous sommes des cons. Il parle donc comme les cons que nous sommes dans son esprit. C’est simple, non ? Si Gilles Duceppe nous considère comme des cons, il a probablement raison — d’ailleurs notre histoire en témoigne.
Il faudrait peut-être lui rappeler que les moins cons, par contre, ça se parle entre eux, ça écrit des blogs et ça dirige des médias. S’il désire tant être le chef des cons du Québec, qu’il adhère donc au Parti libéral, il aura l’audience parfaite. Les souverainistes, c’est connu, sont un peu plus scolarisés, un peu mieux éduqués, et quand on s’adresse à eux, ils aiment qu’on leur donne l’impression d’être à leur niveau. Gilles, faites donc un effort…