La Madame est pas contente

Je recevais en avril dernier, à titre d’éditeur de Gay Globe Magazine, un courriel d’une dame de Québec qui souhaitait se plaindre du contenu de GGTV et se désabonner, mais en des termes particulièrement intéressants.

Madame ABC (confidentialité oblige) nous reprochait de ne pas avoir assez de contenu gai et du coup, annoncait son désabonnement en nous livrant sa déception.

Le Groupe Gay Globe Média compte environ 5200 abonnés et comme tous les autres abonnés, Madame ABC a le droit évidemment de se désabonner sur simple demande. Toutefois et pour me justifier, je souhaite lui répondre ici de la même manière que j’ai répondu à son courriel en privé.

Depuis des années je dirige un groupe média gai, ouvertement gai et qui déclare que nous allons au-delà de ce qui se fait chez les gais. Nous retrouvons donc dans les pages du magazine ou sur les divisions du site web des dossiers qui couvrent large et notre motivation est simple: Nous proposons ce qui intéresse les gais, et non pas que des sujets gais.

Je m’explique. Les gais sont habitués d’entendre parler de sida, de mariage gai ou d’adoption. Les médias gais couvrent très bien ces aspects de notre différence mais ça, c’est le début de ce que nous sommes. Nous mangeons des pâtes comme tout le monde, nous achetons du vin et il n’est pas gai, nous écoutons la télé comme les autres et nous tombons en amour avec les mêmes vedettes. Il est faux et franchement tordu de croire que parce que nous sommes gais, nous vivons sur une autre planète. Nous nous habillons, nous déplacons en voiture ou en bus, prenons l’avion et comme tout le monde, nous sommes affreusement ordinaires.

Du matin au soir, quand nous vivons, nous sommes comme tout le monde. Nous ne sommes gais finalement que dans des instants très intimes de nos vies et pour le reste, nous sommes ordinaires… Diriger un groupe média gai pour moi et pour ceux qui travaillent pour ces groupes c’est justement de pouvoir sortir du moule, du modèle et de nous émanciper, nous voulons être ordinaires nous aussi, comme les autres.

Si la Madame ABC n’est pas contente du fait que nous travaillons tous les jours pour livrer aux gais ce qu’ils aiment et non ce à quoi on s’attend d’eux, elle a bien fait de partir et de se désabonner parce que si pour elle, le fait d’être gai ne signifie que la revendication sociale en faisant abstraction de tous les aspects ordinaires de la vie, elle se trompe. Madame ABC n’est plus abonnée à Gay Globe Média parce que nous allons là où les autres ne vont pas. Victoire!