La vie gay à Monaco

Le Prince Rainier s’est éteint alors que la Principauté s’allume…
Par: Roger-Luc Chayer, Éditeur
Le plus petit état indépendant du monde après le Vatican vient de vivre un
énorme drame qui met en  émoi la communauté internationale: le Prince
Rainier, adoré de tous, a succombé à la maladie, dans un climat sociale
qui pourrait faire exemple dans de nombreux autres pays qui se prétendent
aussi riches.
La Principauté de Monaco, avec ses 1,95 km carrés, se traverse à pied en
quelques minutes pour les jeunes et en une à deux heures pour les plus
vieux. Petit vous dites? Certainement en superficie mais pas en impact
social ou en réputation. Ce petit paradis fiscal situé au sud de l’Europe,
enclavé par la France, entre les villes de Nice et la frontière italienne,
a toujours été indépendant, ce qui n’aura pas toujours contribué à aider
certaines causes sociales dans le passé, comme l’épanouissement des
homosexuels.
En fait, il faudrait surtout parler ici de militantisme gay puisque nous
sommes loin de parler ici d’un état totalitaire privant ses citoyens des
droits les plus fondamentaux. Au contraire la Principauté de Monaco a
été, et ce particulièrement depuis la seconde guerre mondiale, un exemple
en matière de droits individuels et les observations contenues dans cet
éditorial ne sont rien de plus qu’une critique sympathique de la situation
d’une autre époque..
Bref, en 2000-2001, alors que Le Groupe National (www.le-national.com)
tentait une percée médiatique web vers l’Europe, j’ai tenté, comme res-
ponsable de ce site internet, de créer des liens avec les autorités politiques
locales pouvant mener vers la création d’un espace convivial pour que les
gais et lesbiennes puissent partager leurs réalités avec d’autres comme
eux.
Un centre communautaire, une agora ou un simple espace prêté par la ville
de Monte-Carlo (Capitale de Monaco), l’espace importait peu puisque
nous n’anticipions pas une masse de participants puisque le pays en entier
ne compte que 35,000 habitants et que la cohabitation étant à l’étroit, nous
ne pouvions qu’espérer quelques dizaines de personnes qui viendraient à
visage découvert dire qu’ils étaient gais.
Comme éditeur et préoccupé par la situation sociale des gais d’une région
où j’ai personnellement habité à une autre époque, je n’ai peut-être pas
eu le succès escompté puisque non seulement il n’aura pas été possible
d’ouvrir un centre d’épanouissement pour les homosexuels de Monaco
mais je n’aurai même pas eu un suivi des politiciens locaux. Il faut bien
comprendre qu’à l’époque, comme tout le monde habitait aux sur un ro-
cher et que les probabilités de croiser un voisin étaient mathématiquement
très élevées, contrairement aux pays de grands espaces comme le Canada,
même les politiciens et les autorités locales pouvaient ressentir un certain
malaise à parler de la question gay de peur de passer pour gay.
Monaco est toutefois un pays, comme je le disais plus tôt dans cet article,
qui est capable de surprendre bien du monde et la Principauté, dans le cas
du traitement et de la prévention du SIDA, marquait la cadence en y allant
de la fondation d’un organisme absolument fascinant, l’Association Fight
Aids Monaco!
Présidée par une Princesse, fort populaire dans son pays pour ses actions
humanitaires, la FAM organise depuis quelques années des événements
de financement qui font rêver les autres associations européennes et nord
américaines. Certains diront que c’est facile de réussir avec brio dans un
si petit pays, je suis de ceux qui croient qu’il est effectivement facile de
réussir avec brio mais pas pour les mêmes raisons. Voyez-vous, la FAM
est administrée par la Princesse qui préside le Conseil d’Administration
et qui veille à ce que la vocation de l’association soit non seulement res-
pectée, mais que l’argent serve exactement à ce à quoi il a été récolté: La
recherche et l’aide aux personnes atteintes de la Principauté.
Pourquoi en parler à partir de Montréal dans un magazine qui n’a rien
à voir, ou si peu, avec Monaco? C’est que nous croyons qu’il est tou-
jours possible de faire mieux avec les ressources disponibles et que
d’autres, ailleurs, y arrivent au prix de certains efforts. Ce n’est pas
demain que le SIDA sera guéri au Canada comme à Monaco ou ailleurs,
mais la qualité de vie des personnes atteintes, le coût des médicaments,
la qualité de la nourriture à être consommée par les personnes vivant
avec la maladie et la réputation de la cause, parfois malmenée à cause
de quelques individus qui voient en elle une entreprise trop lucrative
pour ne pas être exploitée, tout cela demande que nous mettions toutes
nos énergies à faire de la question, une affaire bien gérée et propre, les
personnes atteintes le méritent et de toute façon, elles en ont besoin
pour survivre. La visite du site monacosida.org en vaut le détour…
Revue Le Point – 33 – 2005
06