Le film qui casse le puritanisme

LOS ANGELES – «Le Secret de Brokeback Mountain», le western
gay dʼAng Lee, a reçu huit nominations pour les Oscars qui seront décer-
nés le 5 mars à Hollywood.
Jamais cependant lʼAcadémie des arts et sciences du cinéma nʼa cou-
ronné un film ayant pour toile de fond une romance homosexuelle. Le
film est notamment cité pour lʼoscar du meilleur long métrage, celui du
meilleur metteur en scène et celui du meilleur acteur pour Heath Ledger,
qui partage la vedette avec Jake Gyllenhaal.
(Le Point) – Voilà un film qui a fait couler plus dʼencre sur les homosexuels
en 2005 que toutes les autres productions du même type dans lʼhistoire du
cinéma.
Une histoire dʼamour comme toutes les autres au début mais une intrigue
palpitante qui vous brise le coeur plus on avance dans le film. Dʼune facture
similaire au film québécois «Gabrielle» mettant en vedette Claire Pimparé
(1980), il sʼagit de lʼhistoire dʼune romance entre deux jeunes hommes qui
se séparent par la suite pour évoluer selon les impératifs hétérosexuels, c’est-à-dire fonder une famille et considérer toute aventure entres
hommes comme des erreurs. Mais voilà, le passé revient hanter les deux
hommes matures et le reste de l’histoire est un combat entre les valeurs très
conservatrices américaines et un amour qui veut survivre.
Ce qui fascine le plus dans ce film, outre le fait qu’il est drôlement bien
créé et qu’il ne reproduit pas les clichés d’un réalisateur hétérosexuel
qui voudrait se montrer homophile sans y arriver, c’est que Brokeback
Mountain est en train de briser l’establishment conservateur américain et
qu’il suscite des débats passionnés au sud de notre frontière. D’un côté, il
y a les classiques religieux qui crient aux basses moeurs et de l’autre une
société générale de toute évidence en évolution vers une quasi-banalisation
de la chose homosexuelle et les huit nominations aux Oscars 2006 en sont
la preuve.
Un film qui fait la promotion de l’amour gai et de sa splendeur, en première
position aux États-Unis pour les plus hautes distinctions du cinéma et une
droite conservatrice toute à fait impuissante, voilà de quoi faire un film en
soi. Brokeback Mountain aura réussi son intégration sur le marché le plus
difficile au monde et qu’on aime ou pas les histoires d’amour, il faut saluer
le grand courage du réalisateur Ang Lee. Enfin, non seulement le film est en
train de briser des records en récompenses, il fait un profit énorme, ce qui
prouve que le public américain est prêt à payer pour aller voir une histoire
de gais. L’évolution selon Darwin en prend plein les dents…