Le Conseil de Presse du Québec rend un avis fortement critiqué par les journalistes

 

Par Le National
© Roger-Luc Chayer / Le National

Le Conseil de Presse du Québec rend un avis qui met en péril la presse gaie dans son ensemble…

Dans une décision récente, le Conseil de Presse du Québec rendait un avis à l’effet qu’un média internet ne serait pas un vrai média parce que le responsable des nouvelles devrait éventuellement aussi vendre de la pub et que cela pourrait causer un conflit d’intérêt. Voilà un argument intéressant mais bien restrictif d’après nous puisque cela pourrait obliger tous les médias gais, papier comme web, à fermer leurs portes parce qu’il y aurait simplement apparence de conflit d’intérêt.

Mais quelle est exactement la juridiction du CPQ? Le Conseil de Presse est une organisation incorporée qui ne représente qu’elle même et qui n’a aucun pouvoir autre que moral. On retrouve principalement au sein du Conseil d’administration de cette organisation les membres d’une association de journalistes, la Fédération Professionnelle des Journalistes du Québec.

Au Québec, la pratique du journalisme n’est pas liée à l’adhésion obligatoire à une organisation. C’est donc volontairement qu’un journaliste peut adhérer à la FPJQ, à une organisation de journalistes indépendante ou ne pas adhérer à quoi que ce soit un point c’est tout. La FPJQ définit d’ailleurs ainsi la fonction de journaliste: «Qui peut exercer le métier de journaliste? Au Québec, le journalisme est un métier très ouvert où tout le monde peut tenter sa chance. Le journalisme, contrairement à des professions comme celles de médecin, d’avocat, d’arpenteur-géomètre ou de psychologue, n’est pas réglementé ni contingenté par un ordre professionnel. Il n’y a donc aucune condition préalable d’ordre légal à sa pratique: pas besoin d’une scolarité précise établie par règlement, pas de stage obligatoire en entreprise avant d’exercer le métier, pas d’examen d’entrée dans la profession, pas d’obligation légale d’adhérer à un ordre professionnel, pas d’obligation de détenir une carte de presse pour faire du journalisme (d’ailleurs il n’existe pas de carte de presse qui soit reconnue par la loi)… »

La pratique du journalisme est donc libre et cette liberté permet à ceux qui font du journalisme de pouvoir oeuvrer en toute indépendance, à l’abri de pressions qui auraient pour effet de contrôler et de nuire à la circulation des idées qui contribuent à une saine vie démocratique. À partir du moment où on tente de contrôler la presse, même sur le web, on limite la circulation de l’information et la société ne peut qu’en souffrir. Prenons comme exemple la situation vécue par les rédidants en phase terminale d’une maison d’hébergement SIDA qui dénoncaient leurs conditions de vie dans le Magazine RG en 1996. Si on avait limité la capacité de diffusion de RG, les résidants vivraient encore certainement des situations semblables, ce qui ne semble plus être le cas. Dans un éditorial de RG au no. 227, Alain Bouchard déclarait justement à ce sujet que «Cette coûteuse saga met en lumière, une fois de plus, le manque d’efficacité de certains organismes gouvernementaux (…) à gérer des situations de crise qui nécessiteraient des interventions musclées et des contrôles plus rigoureux des fonds publics. RG a porté l’odieux de la situation après avoir été accusé de mettre en péril l’existence même de la Maison (…). Mais l’intervention de RG a peut-être prolongé ou sauvé la vie de plusieurs de ces résidants. Quelqu’un a-t-il eu l’honnêteté de le reconnaître?» (le caractère gras est du National).

La pratique du journalisme n’est donc pas liée à une reconnaissance de qui que ce soit et le Conseil de Presse, en tentant de contrôler un média web, en plus de déborder de son mandat, donne un mauvais exemple et exprime une incohérence décriée par plusieurs spécialistes du milieu comme Monsieur Ulric Deschênes qui publiait un texte en 1996 titré: Un Conseil, ça presse!

Dans ce texte, M. Deschênes disait déjà en 1996, «qu’après avoir analysé un corpus de quelque 720 décisions couvrant 20 ans d’activités du Conseil, le chercheur dénonce le laxisme fonctionnel de cet organisme, qui « tranche pour trancher » et qui maintient constamment une certaine ambiguité dans son discours».

Encore tout récemment, le journaliste Jean-Pierre Cloutier, consulté par le Conseil sur la question des médias web, déclarait dans un article publié chez nos confrères de Multimédium, en parlant de Robert Maltais, secrétaire du Conseil de Presse «M. Maltais s’en prend aussi au cumul de fonctions ayant cours dans nombreuses rédactions web. L’avis du Conseil, du moins dans sa formulation, et dans les commentaires de son secrétaire général à Multimédium, est ambigu. On reproche un cumul de fonctions, mais on oublie que bon nombre de petits éditeurs indépendants en sont encore à l’étape « Ludger Duvernay » qui, au dix-neuvième siècle, agissait selon l’heure de la journée soit comme journaliste, éditeur ou typographe. On ressasse aussi le vieux débat sur qui est journaliste, et qui ne l’est pas. Cet avis du Conseil est-il justifié? A-t-il fait ses devoirs correctement?»

Il y a manifestement confusion dans l’esprit des membres du Conseil qui veulent d’une part encadrer la pratique du journalisme web (I.E. contrôler la liberté de presse) et d’autre part, voudrait ne pas reconnaître certains médias web sur la base de leur perception d’une réalité qui semble leur échaper et qui fait l’objet de commentaires sévères de la part des personnes engagées par le Conseil pour préparer cet avis. M. Cloutier était d’ailleurs membre du comité du CPQ sur le journalisme en ligne.

Le magazine RG dénonce son propre fonctionnement!

Dans la dernière sortie du magazine RG, publié par Alain Bouchard, on pouvait lire une décision du CPQ sur Le National à l’effet que ce dernier média n’en serait pas un parce que l’éditeur s’occuperait de la section publicitaire. Or, en adhérant ainsi à un avis général venant d’une organisation qui n’a pas juridiction ou autorité sur Le National, RG dénoncait son propre fonctionnement.

Au Magazine RG, l’Éditeur Alain Bouchard est responsable de la presque totalité des ventes publicitaires de la revue et signe même des textes sous un nom de plûme, André Simard. Est-ce que cette situation place Alain Bouchard en conflit d’intérêt face à ses lecteurs? D’après le Conseil de Presse, Oui! Toutefois, dans les faits, monsieur Bouchard pourrait être un exemple de neutralité et d’éthique, cela ne changerait en rien la perception du Conseil qui, si on devait se fier à son récent avis, place RG en situation de conflit d’intérêt majeur face à son public.

En adhérant ainsi à un avis du CPQ qui est lui-même dénoncé et critiqué par les plus grands spécialistes du journalisme web au Québec, RG tente de détourner l’attention du public de ses propres façons de faire et nuit du coup à tous les médias gais comme Fugues dont l’éditeur est aussi vendeur de pub, Être (même chose) et les autres médias gais sur le web! Que voulez-vous, les médias gais n’ont pas tous les moyens du Journal de Montréal ou de TVA et ça ne fait pas d’eux de mauvais médias pour autant!

Le privilége de réplique