Le militantisme encore nécessaire?

“Le problème avec les homosexuels commence avec le militantisme homosexuel”
«Là encore, au départ, le mouvement est tout à fait légitime, nécessaire et utile. Cʼest un fait que le principe de respect absolu de la sexualité des individus nʼest pas accepté par lʼensemble de la société. Avant, à ce chapitre, cʼétait pire. Aujourdʼhui, ça sʼest amélioré, mais ce nʼest pas encore terminé. Cependant, les aspects suivants du militantisme peuvent être remis en question: lʼexhibitionnisme, lʼagressivité, la provocation, et parfois, un certain intégrisme. On pourra élaborer, on pourra toujours revenir sur tout cela…»
Ainsi sʼexprime notre confrère Haytoug Chamlian, éditeur et journaliste à Armenews.com, sur le comportement de certains militants homosexuels sur les forums de son site médiatique. La question est posée: Est-ce que le militantisme homosexuel est encore nécessaire et est-ce quʼil a sa place dans une société où les droits individuels minoritaires sont protégés et garantis par les lois?
Il y a 30 ans, des précurseurs comme Alain Bouchard de la revue RG, Martin Hamel de Fugues ou Bernard Rousseau de Priape se concertaient et décidaient de mettre en commun leurs efforts visant à forcer un peu lʼacceptation des gais et lesbiennes par un militantisme musclé. Sur la question du SIDA, ils avaient définitivement raison, sur les améliorations de la condition des homosexuels en milieu de travail, là-aussi, sur le mariage gai peut-être un peu moins diront certains mais la question nʼest pas de savoir ce qui était nécessaire ou pas, mais de savoir si aujourdʼhui, en 2006, les techniques de persuasion dʼune autre époque ont encore leur place. Les Panthères Roses (lespantheresroses.org), une organisation regroupant de jeunes gais et lesbiennes qui se mutinent contre lʼestablishment gai traditionnel, proposent une nouvelle vision de la question.

Dʼaprès leurs représentants, qui souhaitent garder lʼanonymat afin de ne pas nuire à leur action militante, les anciens de la communauté homosexuelle ne sont plus dʼactualité et leurs méthodes nuiraient au plein épanouissement de la communauté.
Dans les années ʻ70, ʻ80 et même pour la première partie des années ʻ90, de nombreux groupes militants menaçaient régulièrement de représailles les personnes qui nʼadhéraient pas à leurs thèses et allaient jusquʼà intimider par la menace de «Outing» les homosexuels au pouvoir qui ne parleraient pas en faveur des droits des gais. Lʼactuel chef du Parti Québécois avait par exemple fait lʼobjet de rumeurs voulant quʼil soit dénoncé comme homosexuel à une époque où il était jeune député à Québec et quʼil ne prenait pas position dans certains dossiers sur le SIDA. Aujourdʼhui ouvertement homosexuel, il a alors évité de peu ce Outing.
À partir du moment où la communauté homosexuelle a été en mesure de faire le constat que les choses évoluaient, et pour le mieux, dans de très nombreux dossiers, que les chances de reculer étaient devenues inexistantes voire nulles au Québec du moins, pourquoi continuer à militer sans cause à défendre?
«Jʼai été des premières guerres ouvertes contre la société hétérosexuelle et je me souviens que nous nous battions à lʼépoque pour que les homosexuels puissent simplement se promener main dans la main sans se faire harceler par la police, imaginez aujourdʼhui si les choses ont changé. On peut se marier, on fait des jeux gais à Montréal, à tous les niveaux, nous sommes présents, représentés et nos droits reconnus, je ne vois plus aucune utilité au militantisme gai.», affirme en entrevue au Point un ex-militant qui souhaite garder lʼanonymat lui aussi de peur de réveiller de vieux réflexes chez ses collègues de lʼépoque.
Interrogée sur cette question précise, la plupart des personnes consultées sont dʼavis que le militantisme ne sert maintenant quʼà quelques individus qui en profitent pour se donner de lʼemploi et motiver les quelques maigres subventions encore données par les divers gouvernements aux groupes gais.
Depuis le mariage gai, on assiste en effet à un désintéressement général quant aux droits des gais et lesbiennes, comme si la question nʼavait plus aucun sens. Normal direz-vous, tout ce quʼil était possible dʼobtenir lʼa été et depuis deux ans, les militants ne semblent plus avoir de causes à défendre sauf celles de leur loyer à payer et de leurs services qui ne semblent intéresser personne. De cet avis, tous sont toutefois unanimes pour exclure la question des personnes vivant avec le VIH, les statistiques quant à la transmission de la maladie sont éloquentes sur le fait quʼil manque définitivement dʼinformation auprès des jeunes au Québec.
Si le militantisme gai agressif et arrogant nʼa plus sa place, il reste pourtant des questions sur lesquelles il faudra quand même se prononcer un jour. Pourquoi est-ce que les couples homosexuels ne peuvent habiter la même chambre en CHSLD alors que les hétéros le peuvent? Pourquoi est-ce que la sexualité des aînés homosexuels est un sujet tabou dans les hôpitaux et chez les fournisseurs de services de maintien à domicile? À quand lʼabolition de la discrimination basée sur lʼorientation sexuelle chez Héma Québec? À quand un vrai débat sur la présence des homosexuels dans lʼarmée canadienne? Nous pourrions débattre de ces questions pendant des mois puisque tout reste à faire dans ces quelques exemples. Est-ce que la concertation et la main tendue seraient de nouvelles stratégies qui feraient moins peur aux interlocuteurs et décideurs qui auraient à traiter ces questions? Pourquoi pas…