Main basse sur les gènes…L’Office national du Film présentait dernièrement à l’Université du Québec à Rimouski

 

Par Le National
© Roger-Luc Chayer / Le National

Main basse sur les gènes…

Par Sylvio Gauthier, correspondant à Rimouski

L’Office national du Film présentait dernièrement à l’Université du Québec à Rimouski, un documentaire sur les organismes génétiquement modifiés (OGM).

Le film, intitulé « Main basse sur les gènes« , a été réalisé conjointement par Karl Parent et Louise Vandelac. Les deux réalisateurs y dépeignent un scénario où les humains d’aujourd’hui sont les cobayes, malgré eux, d’organismes génétiquement modifiés.

Le documentaire, d’une durée de 52 minutes, se veut un outil d’analyse sur les enjeux du transgénisme. On y apprend qu’il y a maintenant une appropriation de la vie et que ce n’est plus la propriété de la terre qui est importante, mais bien celle du vivant.

Aujourd’hui, des gènes de poissons se trouvent dans des fraises, des gènes de scorpions dans des tomates et des gènes de grenouilles dans des pommes de terre. Pour Louise Vandelac, sociologue à l’UQAM, «il y a des raisons de s’inquiéter puisque le consommateur se retrouve devant le fait accompli».

Présentement, les organismes génétiquement modifiés ne sont pas étiquetés. Les premiers aliments OGM sont apparus il y a une quinzaine d’années et on calcule que d’ici 2005, les cultures d’OGM occuperont presque toutes les terres arables. Le problème est de connaître les effets à long terme de ces OGM. Une seule étude indépendante a été produite sur les OGM par un scientifique de renom de la Grande-Bretagne. Ses recherches révélèrent des modifications à plusieurs organes vitaux de souris ayant ingurgité des pommes de terre génétiquement modifiées.

Après la publication des résultats de cette étude, le scientifique fut congédié et ses résultats saisis. Le documentaire nous apprend par ailleurs, que le privé veut s’emparer du capital de la vie. Il y a 15 ans, on ne pouvait breveter le vivant. Pour Louise Vandelac, «il faut faire valoir que cette technologie n’apporte rien de neuf aux agriculteurs et que l’être humain est inappropriable par nature».

Présentement, de grandes multinationales de « l’agro-business » tenteraient de breveter des organismes vivants. Pour Louise Vandelac, «il faut commencer par informer et lire: Du poisson dans les fraises». Questionnée par des auditeurs, madame Vandelac a mentionné qu’une pétition circulait présentement afin que l’étiquetage des OGM soit obligatoire, puisqu’il est présentement facultatif. Il devra y avoir plus d’information sur les tests qui se feront sur les OGM, a soutenu la sociologue.

Louise Vandelac se demande si «c’est l’ensemble de la population qui va supporter pendant 30 ans les essais transgéniques?». Anciennement il y avait les pesticides a mentionné la réalisatrice, mais «la grande difficulté des OGM, c’est que la preuve n’est pas encore suffisante». Mentionnant que chaque être humain a à peu près 2000 produits chimiques dans le corps, madame Vandelac a déploré le fait qu’un nouveau miracle des biotechnologies soit promis par les multinationales de l’alimentation. Dernièrement, le protocole sur la biosécurité a achoppé à Montréal et les pays pourraient donc refuser d’importer des aliments transgéniques. Le Canada, de son côté, n’a rien signé, bien qu’il investisse énormément dans les OGM.

Louise Vandelac a mentionné que «l’UPA s’intéresse au débat. C’est un type de développement industriel de l’agriculture. Les agriculteurs sont coincés et se sentent poussés à adopter ces types de développements». Pour la réalisatrice, «il faudrait développer des stratégies citoyennes avec les agriculteurs». La question importante, selon la sociologue, est de savoir quels sont les impacts des OGM sur la santé humaine. La controverse scientifique à ce sujet pourrait durer une dizaine d’années. Pour Louise Vandelac, «la santé est le salut maintenant, et on est omnibulé. On est rendu dans des dérives exceptionnelles». Pour la sociologue, la révolution verte devait nourrir les pays en voie de développement, mais le problème c’est «qu’on arrive plus à penser autrement que par les conditions du marché».