Personnificateur, la suite

Si on a voulu que ce soit drôle et flamboyant de voir arriver une drag

queen à la Caisse populaire, c’est un peu raté. Moi, je l’ai déjà fait pour

les besoins d’un clip. Nous sommes partis habillés dans le genre Priscilla

les reines du désert et nous sommes allés magasiner au centre-ville, en

métro, puis nous sommes revenus à pied. Sauf que je ne me suis pas mis

un petit tailleur féminin, style «petite madame de bureau», avec la petite

sacoche assortie. Écoutez, je portais des plumes sur la tête, des talons

plate-formes, etc. Là, c’était flamboyant. Les gens ont alors remarqué

quelque chose et c’était drôle. Si je m’étais habillé en «madame de ban-

lieue», oui je me serais fait regarder, mais l’effet n’aurait pas été le même

et ça n’aurait pas été amusant du tout. Mais là, c’était vraiment drôle. Il y

avait même des touristes qui nous on pris en photo. L’effet était là. Donc,

tant qu’à vouloir surprendre et faire rire, la série aurait dû en mettre plus.

Par exemple, le gars est chez lui, il reçoit sa carte de crédit or et là, tassez-

vous, il s’en va faire son show à la Caisse!

Vous auriez souhaité plus d’extravagance?

Si Véronica, par exemple, s’était habillée en marquise ou en reine Eliza-

beth pour aller à la Caisse parce qu’elle a reçu une carte or, ça aurait été

bien plus amusant et beaucoup plus provocant, à mon avis, et là, les gens

auraient davantage fait la différence entre la comédie qu’est Covergirl et

la réalité.

Vous savez, tout le monde se bat pour essayer de faire comprendre sa

réalité, autant les transexuels que les drag queens, donc on aurait pu faire

un effort en ce sens, un peu comme le fait le film Priscilla les reines du

désert. Dans ce film-là, les gars font du spectacle et tout est tellement clair.

Il y a un transexuel parmi les personnages, c’est clairement défini. Il est

toujours vêtu en femme et le jour, il ne porte pas de tenues extravagantes.

Il vit simplement sa vie de femme.

Quant aux autres protagonistes, en dehors des spectacles, ils vivent une vie

d’homme. Selon moi, Covergirl se rapproche davantage du film À Wong

Foo merci pour tout, une version américanisée de Priscilla.  Je comprends

cependant que les auteurs n’ont pas à plaire aux 40 travestis-drag queens-

personnificateurs féminins du Québec. Ils doivent trouver quelque chose

de drôle qui va plaire à l’ensemble du public.

Quelles suggestions aimeriez-vous leur apporter?

Bien, je me disais: pourquoi ne sont-ils pas allés chercher des personni-

ficateurs ou des drag queens pour faire les maquillages dans l’émission

et pour donner des idées pour les costumes? Je ne veux pas dire que les

personnes qui ont travaillé sur l’émission ne sont pas bonnes, mais les per-

sonnages, sauf peut-être dans le générique, sont un peu maquillés comme

des «madames». Je me souviens qu’à une certaine époque, il y avait des

personnificateurs qui donnaient des cours de maquillage aux débutants. Il

y a un personnificateur que je connais qui a donné des conseils, mais ils

ont sûrement une équipe de maquilleurs par qui ils doivent absolument

passer..

Mais il faut comprendre que c’est tout un travail de maquiller un homme,

de le transformer en drag queen pour que ce soit spectacualaire. Ce n’est

pas donné à tout le monde d’avoir ce talent-là. Au Québec, vous savez,

une drag queen, c’est un personnage comme Madame Simone ou Mado.

Mais je sais qu’aux États-Unis, une drag queen, c’est un peu de tout: un

personnificateur, un travesti, etc.

Et dans le milieu des personnificateurs, comment la série est-elle

perçue?

C’est vraiment partagé. Il y a environ 50% des gens qui détestent l’émis-

sion, qui n’aiment vraiment pas ça et qui sont choqués, et  50% qui trou-

vent ça drôle. C’est soi l’un ou l’autre: on aime ou on aime pas. Mais il y

a tellement de petits détails que l’on reconnaît, des phrases, des chansons,

que l’on ne peut pas dire que c’est carrément éloigné de notre univers.

La télésérie Covergirl est présentée sur les ondes de Radio-Canada jus-

qu’au 31 mars. Et selon ce qu’on a pu apprendre, les auteurs travailleraient

présentement à une suite. On ne sait cependant pas si elle sera présentée

l’an prochain et si la SRC acceptera à nouveau de la diffuser. Quoi qu’il

en soit, les cotes d’écoute ont été plus que satisfaisantes et les commen-

taires, somme toute, assez positifs pour une série qui fait tomber bien des tabous face à une partie relativement méconnue de la comunauté gaie.