Sida Ces jeunes en fin de vie

Au Québec, de jeunes hommes, âgés de moins de 22 ans, meurent régulièrement des suites du SIDA, à l’ère de la trithérapie unidose. Est-ce que la prévention aurait pu sauver leur vie?

Depuis bientôt 17 ans, je pratique le journalisme au sein de la communauté gaie québécoise. Depuis le début, j’ai vite été confronté à la question du SIDA et à la fin de vie de collègues de travail et d’amis. Toutefois, ce qui me choque le plus en 2009, c’est d’être le témoin impuissant de la fin de vie de jeunes hommes de moins de 22 ans qui sont seuls et qui profitent de mon statut d’éditeur de médias gais pour se confier et partager le drame de leur condition. Je me fais toujours un devoir de vous rapporter mes rencontres, parce que ces récits sont encore le meilleur moyen de faire de la prévention.

Le cas de Sébastien est touchant. Pas seulement parce qu’il est atteint d’une forme de SIDA très virulente, qui ne lui laisse aucun répit, mais aussi parce qu’il vit cette condition dans une solitude qui ne peut laisser personne indifférent. Sébastien a 21 ans, bien éduqué et fier de sa personne, il est hébergé chez une vieille dame de la région de Montréal, qui s’occupe du mieux qu’elle peut de son jeune pensionnaire vu son âge avancé. Elle lui prépare ses repas, elle l’aide à se lever et veille à ses besoins hygiéniques mais elle est bien seule pour s’occuper d’un jeune homme en fin de vie.

Sébastien ne répond pas à la médication. Les médecins tentent différents cocktails de médicaments mais on ne semble pas pouvoir le stabiliser et compte tenu de sa grande faiblesse et de son système immunitaire dévasté par le virus, il passe ses journées à combattre diverses infections et bactéries qui le laissent dans un état terrible de maigreur. Malgré tout, il lui reste encore assez d’énergie et de courage pour me recevoir et m’accorder une entrevue sur ses conditions de vie.

“Au milieu de ce visage creusé et déformé par la souffrance, se trouvent les plus beaux yeux du monde”

“Oublie mes parents et ma famille, je viens d’une région éloignée, de la grosse campagne, ils ont honte de moi, c’est comme si je n’existais pas, que je n’étais pas né pour eux. J’ai demandé à ma mère de m’aider mais elle ne retourne même pas mes appels. Je me sens si seul, j’ai loué cette chambre il y a 4 mois mais je suis tombé malade tout de suite après, je suis chanceux d’avoir cette gentille logeuse pour s’occuper de moi. Je ne sais pas comment la remercier”, nous raconte un Sébastien visiblement déprimé de son sort.

“Je me suis retrouvé atteint de cette maladie-là quelques mois après une expérience risquée, avec un mec de passage et je ne pensais pas être si malade. Je me disais que le SIDA ça se traite de toute façon mais je me suis vite aperçu que les médicaments n’agissaient pas dans mon cas, il parait que j’ai une forme virulente et agressive du SIDA, mon médecin m’a dit de songer à m’installer dans une résidence spécialisée en soins palliatifs. Je ne savais pas que ça voulait dire, que j’allais y penser”.

Sébastien a décidé de s’isoler, il a préféré vivre en chambre chez une dame âgée plutôt que d’aller dans un centre de soins spécialisés, comme s’il voulait déjouer le sort et reporter l’échéance de la fin. Il ne prononce d’ailleurs jamais le mot “mort” mais ses yeux sont si expressifs, d’un bleu magique, qu’ils laissent transparaître non seulement son désespoir, mais sa grande tristesse de savoir qu’il ne survivra peut-être pas aux prochains mois. Tout cela pour une passe de quelques heures sous l’effet des drogues de l’heure. Sébastien, qui juste avant d’être plus malade était un sportif accompli en natation, son corps découpé bien qu’amaigri démontre qu’il a fait un entraînement intensif, voulait être ingénieur informatique et fonder une famille avec son petit mari. Sa vie se terminera avant qu’il puisse en profiter. Le SIDA ne pardonne toujours pas en 2009, le message de la clinique l’Actuel à la page suivante le prouve. La prévention est encore le meilleur moyen de sauver sa vie et sa qualité de vie!