Sida Découverte importante

Un mécanisme de protection naturelle contre le SIDA existerait et serait fondamental dans la lutte contre la maladie, selon les chercheurs français responsables de l’étude.

Juste en amont de la Journée mondiale du Sida, une équipe de l’Unité de régulation des infections rétrovirales de l’Institut Pasteur (dirigée par le Pr. Françoise Barré-Sinoussi), avec l’Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales (ANRS) et d’autres organismes de recherche (CEA, CNRS, INSERM…), montre, pour la première fois, l’existence d’un contrôle rapide de l’activation immunitaire chez le singe vert d’Afrique infecté par le virus simien du sida ou SIV. Ce singe est l’un des hôtes naturels du SIV, lui-même à l’origine du VIH. Une étude à ce sujet paraît dans le Journal of Clinical Investigation.

Du fait que, contrairement à ce qu’on voit chez l’homme, le singe SIV-positif ne développe pas un «sida», alors que sa charge virale  est élevée, il est un modèle unique d’étude des mécanismes de protection naturelle contre le sida humain. L’étude française montre que ce singe développe une réponse immunitaire innée en réponse à l’infection,  mais que cette réponse est rapidement «freinée», ce qui empêche les effets délétères – c’est-à-dire ceux que l’on connaît chez les patients humains infectés.

“Le SIDA est le pire fléau ayant touché les hommes gais dans le monde et a décimé près de 30% des gais dans les années 80”

Comme l’expliquent les chercheurs, chez l’homme, le VIH induit en effet rapidement une activation chronique et généralisée des cellules de l’immunité, responsable de dysfonctionnements majeurs du système immunitaire, principalement la raréfaction progressive des lymphocytes T CD-4. Le niveau d’activation immunitaire observé chez les patients dans les premières semaines de l’infection est de ce fait le meilleur marqueur biologique prédictif de l’évolution du sujet VIH-séropositif vers le sida (apparition de maladie opportuniste).

Les chercheurs de l’Institut Pasteur ont étudié cette activation immunitaire à l’aide de puces à ADN sur des CD-4 du sang et des ganglions lymphatiques prélevés sur des singes verts et des macaques rhésus qui, comme les humains, progressent vers le sida, dans le but de comparer l’évolution de la réponse immunitaire dans chaque espèce avant et après infection par le SIV.

Les résultats montrent qu’il existe, très tôt après l’infection des deux modèles simiens, une forte activation immunitaire, révélée par une augmentation importante de l’expression des gènes stimulés par l’interféron alpha, une des premières molécules produite par le système immunitaire en réponse à une infection virale. En revanche, on a observé que 28 jours après l’infection, l’expression de ces gènes retombe à un niveau basal chez le singe vert alors qu’elle reste élevée chez le macaque. «Nos résultats apportent pour la première fois la preuve qu’il existe un mécanisme actif de contrôle de l’activation immunitaire chez le singe vert, explique Michaela Müller-Trutwin, responsable de ce projet à l’Institut Pasteur, il nous faut à présent déterminer quel est ce mécanisme».

Des résultats similaires d’équipes américaines observés sur un autre modèle, le singe mangabey, paraîtront simultanément dans la même édition de la revue. Ce mécanisme de contrôle de l’activation serait la conséquence d’une évolution commune vers une résistance au sida de ses hôtes naturels (ce que n’a pas encore développé l’Homme ?). Ces résultats confirment la nécessité de rechercher de nouvelles stratégies thérapeutiques et/ou vaccinales visant à maîtriser rapidement l’activation immunitaire après l’entrée du VIH. L’induction de tels mécanismes, similaires à ceux observés chez les singes, est donc envisageable pour le bénéfice thérapeutique des patients humains….