Jean-Sébastien Bourré
Le plus grand combat que mènent les communautés LGBT+, depuis maintenant 50 ans, en est indéniablement un pour la liberté. Ce qui n’est pas un choix doit être vécu au grand jour et il faut faire en sorte que le moins de gens possible refoulent leur identité de genre ou leur orientation sexuelle. On s’attendrait à ce que les jeunes intègrent les rangs d’un combat qu’ils n’ont pas vu naître en prenant leur place, pas TOUTE la place, et en respectant celle de leurs prédécesseurs. Dans ma vision des choses, il faudrait que jeunes et moins jeunes marchent main dans la main pour revendiquer les mêmes choses, que nos quêtes communes se transmettent dans l’amour, la communication, la joie et la reconnaissance. Les plus vieux devraient nécessairement enseigner leur Histoire et leurs valeurs communautaires aux plus jeunes. Ce devrait être vu comme un immense privilège, pour la jeunesse, de côtoyer ceux qui ont traversé et marqué l’Histoire.
Actuellement, les combats sont menés dans les extrêmes. Les plus jeunes souhaitent, à leur tour, provoquer et attirer l’attention, sans doute des caractéristiques propres à la jeunesse. Mais est-ce encore utile? Quand on navigue sur les réseaux sociaux, on constate à quel point la vision du monde de certains militants est décousue et polarise le débat. Ils s’isolent – nous isolent – et ne donnent pas l’envie à cette grande majorité « hétéronormative » qu’ils détestent tant, si on se fie à leurs commentaires, de s’intéresser à nos combats et de les soutenir. Ils suscitent tantôt un mépris, tantôt un désintérêt, et ce, même au sein de nos propres communautés! Prix Janette-Bertrand de la Fondation Émergence : défini par plusieurs comme une insulte. Janette Bertrand a milité contre le voile et les signes religieux en 2012-2013, ce qui leur fait oublier tout ce qu’elle a fait pour le Québec avec, entre autres, L’Amour avec un grandA, où il a été question de l’homosexualité et du sida, en 1988, et ce, pendant deux émissions. Saga queer de 2015: je trouvais horripilant de lire les commentaires de jeunes qui affirmaient « ne rien devoir aux vieux », horrifiant, même, de voir des murs se dresser entre les générations par le refus des jeunes de comprendre ce qui blessait les plus vieux dans l’utilisation identitaire du mot « queer ». L’homme blanc et gai : il est maintenant devenu une tare d’être un homme blanc gai dans nos communautés. Pour ma part, je dois être chanceux d’être bisexuel… mais cela ne cache pas ma blancheur! Blague à part, on m’a aussi taxé d’homme blanc, lors de la parution de mon premier livre, « TRANSition ». Rire des morts: une jeune trans a réagi en mettant un bonhomme qui rit sur ma page en dessous de l’article faisant état du décès de Laurent McCutcheon. Sans des hommes comme lui dans nos communautés, dans nos médias, il est probablement certain que nos combats ne seraient pas là où ils en sont aujourd’hui. Même celui des trans.
Pour mieux exprimer leur point de vue, ils oppressent, à leur tour. Ils soufflent sur les braises de l’intolérance, crachent sur nos bâtisseurs, renient l’Histoire. Leur militantisme est négatif, dégradant et porteur de haine. En fait, la haine est le moteur même de leurs actions. Est-ce vraiment ce genre de militantisme que nous souhaitons désormais voir en action dans nos communautés? Pas moi, je ne m’y reconnais pas et je refuse même d’y être associé. En conclusion, je souhaite que la communication intergénérationnelle se rétablisse pour que les plus jeunes sachent ce qu’impliquent de mener nos combats. Il faut les guider pour éviter les dérives auxquelles nous assistons présentement. Surtout, respectons nos pionniers et cessons d’ajouter des lettres à notre acronyme, car nous ne nous y retrouvons pas dans toutes ces fausses nuances.