FIFA, guerre mondiale et français à la cour : les petites phrases du roi Charles III face à Trump

King

Carle Jasmin (Photo : Kevin Dietsch / Getty Images)

On doit l’admettre, le roi Charles III a démontré un formidable sens de l’humour lors de sa rencontre avec le président Trump dans le cadre du voyage officiel qu’il effectue actuellement aux États-Unis en compagnie de la reine Camilla.

Une blague sur la FIFA et les rôles d’État

La première blague, tout en subtilité mais ô combien pleine de sens, est survenue lorsqu’il a évoqué la venue prochaine des équipes internationales pour la Coupe de la FIFA. Il aurait alors déclaré au président Trump : « Comme le Canada et les États-Unis recevront bientôt les équipes pour la FIFA et comme nous sommes chefs d’État tous les deux, autant dire que nous sommes co-organisateurs », a-t-il déclaré en riant, laissant sous-entendre qu’il était aussi le roi du Canada.

Une réplique historique sur la Seconde Guerre mondiale

Pendant la réception d’État donnée en son honneur, lorsqu’il a évoqué la déclaration de Trump selon laquelle, sans les États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale, l’Europe parlerait aujourd’hui allemand, le roi a déclaré : « Oserais-je dire que, sans nous, vous parleriez français », dit-il en riant, en référence au rôle historique du Royaume-Uni en Amérique du Nord face à la présence française.

Le français, langue de prestige à la cour britannique

Et sur ce point, même si le grand public le sait peu, il convient de préciser que le français a longtemps été une langue de prestige à la cour britannique, notamment dans les usages diplomatiques et aristocratiques. Cela explique pourquoi la reine Élisabeth II, le prince Philip et leurs enfants, dont le roi Charles III, parlent un français courant.

L’histoire du français à la cour britannique est ancienne, prestigieuse et parfois contre-intuitive si on imagine l’anglais comme langue “naturelle” du pouvoir en Angleterre.

Tout commence après 1066, avec la conquête normande menée par Guillaume le Conquérant. À partir de ce moment, la noblesse qui gouverne l’Angleterre parle essentiellement une forme de français ancien, le normand. Pendant plusieurs siècles, le français devient la langue de l’élite, du droit et de la cour, tandis que le peuple parle anglais. Cette séparation linguistique est si forte que certains mots anglais fondamentaux viennent directement du français de cette époque, notamment dans la justice, la cuisine ou la politique.

Le basculement progressif vers l’anglais commence à partir du XIVe siècle, notamment après la guerre de Cent Ans, lorsque les tensions entre la France et l’Angleterre rendent l’usage du français moins central. L’anglais gagne alors du terrain dans l’administration et la littérature, jusqu’à devenir la langue dominante de l’État.

Mais le français ne disparaît jamais totalement de la cour. Il reste pendant longtemps la langue de la diplomatie européenne et des échanges aristocratiques. Même après son recul comme langue administrative, il conserve un statut de langue de prestige culturel. À la cour britannique, le français reste une langue enseignée aux élites, utilisée dans certains contextes formels et diplomatiques.

Aux XIXe et XXe siècles, parler français fait encore partie de la formation classique des membres de la famille royale et de l’aristocratie britannique. C’est dans cette tradition que s’inscrivent des figures comme la reine Élisabeth II, le prince Philip et le roi Charles III, tous formés à des langues étrangères, dont le français, considéré comme essentiel pour les relations internationales.

Aujourd’hui encore, le français conserve une présence symbolique dans certains usages officiels de la monarchie britannique. Lors de l’assentiment royal, c’est-à-dire la sanction formelle des lois par le souverain, une formule traditionnelle en français normand est utilisée : « La Reyne le veult » ou « Le Roy le veult », selon le monarque. Par ailleurs, la devise figurant sur les armoiries royales du Royaume-Uni est également en français : « Dieu et mon droit », un héritage médiéval qui rappelle l’influence durable de la langue française dans l’histoire institutionnelle britannique et son rôle ancien comme langue de prestige et de pouvoir.

Mais, de tout cela, M. Trump n’en sait rien !

Pub

LIRE AUSSI

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *