La mondialisation de l’homophobie d’État

Homophobie

Gérald Henri Vuillien (Image : IA / Gay Globe)

Il y a encore quelques décennies, voire deux ans, l’idée que les droits humains pourraient un jour s’étendre à tous, sans distinction de race, de sexe ou d’orientation sexuelle, semblait acquise. Pourtant, le XXIe siècle, plein de surprises et pas toujours des meilleures, nous confronte à une réalité au constat bien cruel : non seulement l’homophobie ne recule pas, mais elle se systématise, se légalise et devient, dans de nombreux pays, une propagande, constituant le socle même des régimes politiques. Cette évolution s’accompagne bien évidemment d’une explosion des agressions et des violences commises à l’encontre des personnes homosexuelles partout dans le monde, car le sentiment d’impunité est induit par le discours politique homophobe.

Comment en est-on arrivé là ? Que cache cette évolution sur l’état réel des démocraties ?

Depuis l’origine des temps, nous avons appris que les sociétés humaines cherchent un ennemi commun pour souder leur cohésion. L’histoire nous enseigne que des cibles sont définies par les gouvernements, par la vindicte populaire aussi, pour servir d’exutoire à un mal-être de la société ou à un échec de gouvernance. Certaines paraissent idéales et ressurgissent au gré des contextes économiques et politiques. Il en va ainsi des juifs, des francs-maçons et des homosexuels. En ce XXIe siècle, l’ennemi clairement désigné, ce sont les personnes LGBTQ+.

Dans quelques pays, on voit surgir un nouveau concept de ghetto : les « zones sans idéologie LGBT », ces espaces où toute allusion à l’idéologie LGBT est totalement prohibée, comme si l’existence même des minorités sexuelles menaçait l’ordre moral, l’éducation des enfants et donc leur équilibre. L’Europe, malheureusement, n’échappe pas à ce travers. À l’instar de la Russie, certains pays d’Europe de l’Est font de la lutte contre le « genre » un argument électoral, au mépris de toute rationalité. Comme si l’opprobre jeté sur la communauté LGBTQ+ ne suffisait pas, certains pays n’hésitent plus à mettre en place un arsenal répressif au nom du principe de sauvegarde des valeurs de la famille et de la part active que représenterait cette communauté dans la prétendue décadence des valeurs de la société occidentale.

Cette stratégie n’est pas nouvelle. Le pouvoir, depuis l’origine des temps, a toujours tenté de se maintenir en divisant pour mieux régner, en désignant un ennemi à abattre, allant jusqu’à falsifier les études et les statistiques. L’époque actuelle, avec les avancées technologiques de l’IA, offre des outils inégalés pour la désinformation. Le discours mensonger, appuyé par une propagande homophobe, donne une ampleur préoccupante à ce phénomène.

Autrefois cantonnée à des régimes ouvertement autoritaires, l’homophobie primaire s’est installée au sein de démocraties établies, le meilleur exemple étant les États-Unis, où certains États adoptent des lois liberticides et discriminatoires.

La vieille Europe n’est pas épargnée, hélas. En Angleterre, où, sous couvert de « protection de l’enfance », on constate des reculs importants sur les droits de la communauté homosexuelle, ouvrant la porte à une normalisation de l’intolérance.

Ce qui fait craindre le pire pour la communauté LGBTQ+, c’est la mondialisation de cette répression. C’est une pandémie qui contamine non seulement les régimes autoritaires, qu’ils soient religieux ou laïcs, mais également les démocraties les plus anciennes.

Le continent africain, dans son ensemble, n’est pas épargné ; pire encore, certains États ont inscrit la peine de mort pour « homosexualité ».

Les grandes religions ont suivi le mouvement. L’islam, en particulier, a vu s’installer, dans certains pays, une charia homophobe, avec une inhumanité impensable au XXIe siècle.

L’Asie n’est pas plus rassurante, avec la persécution des homosexuels qui s’inscrit dans une politique publique décomplexée.

Cette convergence n’est pas un hasard. Elle met au grand jour une coalition objective entre tous les régimes, qu’ils soient ouvertement autoritaires ou plus ou moins démocratiques, qu’ils soient islamistes, chrétiens, nationalistes ou communistes. Tous ont compris que la lutte contre une minorité bien ciblée était soit un excellent moyen d’obtenir l’adhésion du peuple, afin de discréditer l’Occident, accusé d’imposer une « idéologie woke » aux nations souveraines, soit un moyen de cibler un bouc émissaire responsable du malaise social. C’est ainsi que l’histoire se répète, comme si aucune leçon du passé n’était retenue. On se retrouve en 2026 face au choc des civilisations. Les conflits du XXIe siècle se nourrissent non seulement d’idéologies, mais aussi du culturel, dans cette fausse guerre des valeurs. Les droits LGBTQ+ sont devenus un symbole à combattre.

Force est de constater que les droits des minorités, et plus particulièrement des minorités sexuelles, sont souvent présentés comme un luxe réservé aux sociétés riches, libérales et décadentes. Pourtant, une démocratie ne se mesure pas seulement à sa prospérité économique, mais à sa capacité à protéger tous les citoyens dans une égalité absolue, dont, en particulier, les plus faibles, contre les abus du plus grand nombre.

Or, la dérive mondiale que nous observons aujourd’hui montre que les reculs des droits LGBTQ+ s’accompagnent aussi du recul des droits pour d’autres groupes, comme celui des femmes, avec la remise en cause du droit à l’avortement, par exemple. Souvent, il n’y a qu’un pas à franchir pour que la répression des homosexuels s’étende à celle des opposants politiques, des féministes et des journalistes indépendants. Les lois anti-LGBTQ+ peuvent être utilisées pour museler toute forme de contestation.

Cette politique de répression de la communauté LGBT s’étend aussi à l’univers de l’enseignement, qui se retrouve placé sous une tutelle très stricte.

Ainsi, les droits LGBTQ+ deviennent non seulement une question de morale ou de mode de vie, mais ils sont un indicateur de la santé démocratique d’un pays. Là où ils reculent, c’est tout un pays qui bascule vers l’autoritarisme.

Face à cette offensive contre la communauté LGBTQ+, une question se pose avec acuité : les droits humains sont-ils universels et définitivement acquis, ou bien doivent-ils s’adapter aux exigences politiques, à la santé économique, aux spécificités culturelles et aux traditions de chaque société ?

Pour se donner bonne conscience, les partisans du culturel « à géométrie variable », souvent soutenus par certains régimes autoritaires, affirment que l’Occident n’a pas à imposer ses valeurs aux autres civilisations. Mais cette position est profondément hypocrite.

D’abord, parce que les régimes autoritaristes, parfois faussement démocratiques, qui invoquent le « respect des traditions » pour justifier l’oppression, sont souvent ceux qui violent le plus les droits humains. Ensuite, parce que l’universalisme des droits n’est pas une invention occidentale, mais le fruit d’un long combat mené par des penseurs de toutes les cultures. L’idée de justice pour une dignité humaine est le cœur des grandes philosophies qui ont vu le jour en Inde, dans le monde arabe médiéval, aussi bien qu’en Europe à l’époque des Lumières.

Les régimes autoritaires refusent le relativisme culturel ; ils veulent que leurs crimes soient tolérés au nom du respect de leurs différences.

Quelle est la marge de manœuvre de la communauté LGBTQ+ face à cette montée de l’intolérance, de la discrimination, de la persécution ?

D’abord, refuser l’idée que les droits LGBTQ+ ne seraient pas un enjeu de société, mais seulement un privilège réservé à une élite progressiste, marginale.

Ensuite, s’engager dans le soutien pour la défense des droits de la communauté LGBTQ+, tant au niveau associatif que sur le plan politique. Individuellement, en apportant sa contribution à toute forme de lutte contre la répression, car c’est souvent sur le terrain que se joue le combat.

N’oublions jamais que les droits humains ne sont pas négociables : ils ne constituent pas des privilèges ou des faveurs accordés par les gouvernements, mais ils sont des libertés fondamentales qui appartiennent à chaque individu, sans distinction de sexe ou d’origines sociales ou ethniques, où qu’il soit.

Le XXIe siècle sera-t-il celui du retour des croisades contre les « invertis », comme on disait à la fin du XIXe siècle, ou celui d’un nouveau siècle des Lumières, marquant enfin la prise de conscience par l’humanité que la liberté de chacun est la condition sine qua non de la liberté de tous ? L’avenir est entre les mains de la communauté LGBTQ+ : saura-t-elle résister à cette vague funeste ? C’est par la révolte que la communauté LGBTQ+ pourra s’opposer à l’injustice, cette homophobie d’État.

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