Ce nouvel antiviral japonais contre la COVID-19 relance le débat sur les tests rapides et la COVID longue

ensitrelvir

Arnaud Pontin (Image : News-medical.net)

Une situation quelque peu saugrenue est survenue avec la mise au point récente d’un nouveau médicament, fabriqué au Japon et portant le nom d’ensitrelvir.

L’ensitrelvir est un médicament antiviral contre la COVID-19 commercialisé sous le nom de marque Xocova. Il a été développé par Shionogi, une entreprise pharmaceutique japonaise.

Son mécanisme d’action ressemble à celui du Paxlovid : il bloque une enzyme essentielle à la réplication du SARS-CoV-2, appelée protéase principale (Mpro ou 3CLpro). En empêchant le virus de se multiplier, il réduit le risque d’infection ou la charge virale.

Ce médicament est particulièrement intéressant parce qu’il est le premier antiviral oral à avoir démontré une efficacité significative pour prévenir l’apparition d’une COVID-19 symptomatique après une exposition récente à une personne infectée. Dans un essai clinique de phase 3, le risque de développer une COVID symptomatique a été réduit d’environ 67 % chez les personnes traitées comparativement au placebo.

Parmi les effets secondaires les plus fréquents figurent les maux de tête, la diarrhée et la toux, généralement légers.

L’ensitrelvir suscite également beaucoup d’intérêt dans la recherche sur la COVID longue, mais les données demeurent préliminaires et il n’est pas actuellement approuvé pour ce traitement.

Là où cela devient un peu saugrenu, c’est que ce médicament doit être utilisé dans les trois premiers jours suivant un contact avec une personne atteinte de la COVID-19. Or, comme nous n’avons plus accès aux tests rapides COVID, comment obtenir une prescription?

C’est justement l’une des critiques qui ont été formulées à propos de l’utilisation des antiviraux contre la COVID-19 depuis que les tests rapides sont moins distribués et que le dépistage systématique a diminué.

L’intérêt de l’ensitrelvir dépend du contexte.

Pour une personne qui développe soudainement des symptômes compatibles avec la COVID-19 après une exposition connue (par exemple un conjoint ou un collègue infecté), un médecin peut parfois poser un diagnostic clinique sans exiger un test positif.

Dans certains pays, le médicament est envisagé comme prophylaxie après exposition, c’est-à-dire après un contact étroit avec une personne infectée, même avant l’apparition des symptômes.

Chez les personnes à risque élevé de complications, les médecins peuvent être plus enclins à traiter rapidement lorsqu’il existe une forte suspicion clinique.

Cela dit, en pratique, l’absence de tests de dépistage facilement accessibles complique effectivement l’utilisation de ce type de médicament. Les antiviraux contre la COVID fonctionnent surtout lorsqu’ils sont administrés très tôt, généralement dans les premiers jours de l’infection. Sans confirmation diagnostique rapide, il devient plus difficile d’identifier les bons candidats au traitement et d’éviter de traiter des infections qui sont en réalité causées par d’autres virus respiratoires comme la grippe, le VRS ou les rhinovirus.

Toutefois, l’intérêt potentiel de l’ensitrelvir dans la COVID longue repose sur une hypothèse qui fait encore l’objet de recherches : chez certaines personnes, des fragments viraux ou une faible persistance du SARS-CoV-2 pourraient continuer à stimuler le système immunitaire pendant des mois après l’infection initiale.

Si cette hypothèse est correcte, un antiviral comme l’ensitrelvir pourrait contribuer à éliminer les dernières traces du virus et ainsi réduire certains symptômes persistants, notamment la fatigue chronique, le brouillard cérébral, les troubles de concentration ou l’essoufflement.

Cependant, il faut rester prudent. La COVID longue est probablement un syndrome complexe qui ne s’explique pas par une seule cause.

À ce jour, les données sont encore limitées. Quelques essais cliniques évaluent l’ensitrelvir et d’autres antiviraux chez des personnes atteintes de COVID longue, mais il n’existe pas encore de preuve solide permettant d’affirmer qu’il s’agit d’un traitement efficace. Les résultats préliminaires sont intéressants, mais ils ne sont pas suffisamment concluants pour que le médicament soit recommandé en routine pour cette indication.

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