
Opinion par Carle Jasmin (Image : IA / Gay Globe)
Oubliez les termes « gays et lesbiennes », oubliez même le désormais classique LGBTQ+. Désormais, selon Leah Gazan, il faudrait employer le gigantesque acronyme MMIWG2SLGBTQQIA+ pour désigner les réalités concernées. Une proposition qui illustre à elle seule les dérives d’une inclusion poussée jusqu’à la caricature et qui suscite de vives réactions à travers le pays.
MMIWG désigne les Missing and Murdered Indigenous Women and Girls (femmes et filles autochtones disparues et assassinées), une crise nationale tragique largement documentée par l’Enquête nationale. Le 2S fait référence aux personnes Two-Spirit (bispirituelles), un concept culturel autochtone spécifique. Vient ensuite la longue liste LGBTQQIA+ : lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres, queer, en questionnement, intersexes, asexuels et le « + » qui englobe toutes les autres identités possibles.
Le problème n’est pas de reconnaître la légitimité de chacune de ces réalités, mais de les fusionner dans un même sigle comme s’il s’agissait d’un bloc homogène et indissociable. D’un côté, une crise sociale et historique spécifique touchant les communautés autochtones ; de l’autre, des questions d’orientation sexuelle, d’identité de genre et de caractéristiques sexuelles. Les juxtaposer dans un seul acronyme relève davantage d’une stratégie d’alliances politiques que d’une équivalence logique ou factuelle.
Cette approche divise profondément l’opinion publique. Sur les réseaux sociaux, l’acronyme est devenu viral et est souvent tourné en dérision sous le nom d’« alphabet soup ». Beaucoup y voient une complexité inutile qui rend le message inaccessible au grand public et dilue les enjeux concrets. Même dans certains milieux progressistes, des voix s’élèvent pour critiquer cette fusion qui risque de transformer des luttes précises en une grande catégorie fourre-tout.
Daniel Godbout, Montréalais ouvertement gay, exprime une exaspération partagée par de nombreux membres de la communauté : « À un moment donné, il faut garder un minimum de bon sens. On additionne des réalités complètement différentes sans lien direct et on prétend que ça forme un tout cohérent. Ce n’est pas sérieux. On parle en notre nom sans nous consulter. »
Cette inflation acronymique soulève une question essentielle : jusqu’où peut-on étirer le langage inclusif avant qu’il ne devienne contre-productif ? Au Canada, l’inclusion ne devrait pas signifier la confusion.
Un langage clair, précis et accessible demeure la meilleure façon de faire avancer des causes légitimes tout en conservant l’appui du public. L’excès symbolique et la complexité excessive risquent aujourd’hui d’affaiblir les combats qu’ils prétendent défendre, en générant moquerie, incompréhension et désengagement. Il devient nécessaire de revenir à l’essentiel : des mots justes pour des réalités distinctes.
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