
Opinion par Roger-Luc Chayer (Photo Annegret Hilse/Reuters)
Quand, dans les médias, on explique que la Fierté et l’émancipation des communautés LGBTQ+ sont associées à une augmentation marquée des actes homophobes visant les minorités sexuelles à travers le monde, et que cette folie haineuse gagne du terrain sous l’impulsion de dirigeants politiques qui encouragent cette haine, souvent pour détourner l’attention de leurs propres comportements, l’attaque survenue hier lors de la Christopher Street Day, la marche des Fiertés de Berlin, en constitue un triste exemple.
Pire encore, lorsque la religion s’en mêle, cette haine devient d’une redoutable efficacité. C’est notamment pour cette raison que Gay Globe publie régulièrement des textes critiques à l’égard des religions. Notre position est que les institutions religieuses ont, au fil de l’histoire, trop souvent servi de vecteurs de haine, de domination et d’exclusion envers les personnes LGBTQ+. De plus, elles ne peuvent perdurer que parce qu’elles bénéficient de structures de pouvoir et de ressources qui assurent leur pérennité. ET je parle du fric !
Hier, lors de la marche des Fiertés de Berlin, le suspect, un jeune homme que les autorités soupçonnent d’avoir été radicalisé par l’islamisme, a utilisé un camion pour foncer dans la foule. Parmi les victimes se trouvaient des personnes LGBTQ+, mais aussi des alliés, des enfants et de simples spectateurs, sans la moindre distinction quant à leur orientation sexuelle ou à leur identité. Cette attaque a coûté la vie à une personne et a fait seize blessés graves.
Comment un être humain peut-il en venir à haïr les autres au point de vouloir les tuer, alors qu’il n’a souvent aucun lien personnel avec eux? Comment une idéologie, qu’elle soit politique, religieuse ou extrémiste, peut-elle convaincre quelqu’un que des inconnus méritent d’être massacrés simplement parce qu’ils représentent une réalité qu’il refuse d’accepter? Ce sont des questions auxquelles nos sociétés doivent continuer de réfléchir si elles veulent combattre efficacement la haine et la violence.
Il n’existe jamais une seule explication, et il serait imprudent de conclure à la motivation d’une personne avant la fin de l’enquête. Cela dit, la recherche en psychologie, en criminologie et sur la radicalisation montre que plusieurs facteurs peuvent se combiner chez un jeune adulte de 21 ans.
D’abord, la radicalisation idéologique. Lorsqu’un jeune est exposé de façon répétée à des discours extrémistes, qu’ils soient religieux, politiques ou d’une autre nature, il peut progressivement en venir à considérer certains groupes comme des ennemis ou comme des personnes qui méritent d’être attaquées. Ce processus de déshumanisation est un élément récurrent dans de nombreux actes de violence de masse.
Ensuite, il peut y avoir une quête d’identité et d’appartenance. À 21 ans, certaines personnes traversent une période où elles cherchent un sens à leur vie. Les groupes extrémistes savent exploiter ce besoin en offrant une identité forte, des réponses simples à des problèmes complexes et un sentiment de communauté.
Les réseaux sociaux jouent également un rôle important. Les algorithmes peuvent enfermer un individu dans une chambre d’écho où les discours haineux sont constamment renforcés, donnant l’impression que la violence est légitime ou même héroïque.
Des facteurs psychologiques peuvent aussi être présents, comme un profond sentiment de frustration, d’humiliation, d’isolement ou de colère. Toutefois, il est important de préciser que la très grande majorité des personnes ayant des problèmes de santé mentale ne deviennent jamais violentes. Les troubles psychiatriques, à eux seuls, n’expliquent généralement pas ce type d’attentat.
Enfin, certains auteurs de violences de masse recherchent une forme de notoriété ou souhaitent marquer l’histoire, même de manière tragique. Ils veulent parfois que leur nom ou leur geste fasse la une des médias.
Dans le cas précis d’une attaque visant une marche des Fiertés, si l’enquête établit qu’il s’agissait bien d’un acte motivé par la haine envers les personnes LGBTQ+, cela s’inscrirait dans un phénomène plus large observé depuis plusieurs années : les communautés LGBTQ+ sont devenues des cibles privilégiées de certains mouvements extrémistes qui les présentent comme des symboles de changements sociaux qu’ils rejettent.
Quels sont les politiciens, les dirigeants religieux et les personnalités publiques qui, par leurs déclarations ou leurs actions, ont le plus contribué à alimenter les discours hostiles envers les personnes LGBTQ+?
Il n’existe pas de classement officiel des personnes qui « expriment le plus de haine » envers les personnes LGBTQ+. En revanche, plusieurs dirigeants politiques, responsables religieux et personnalités publiques sont régulièrement critiqués par des organisations de défense des droits humains pour leurs déclarations ou leurs politiques.
Parmi les responsables politiques les plus souvent cités figurent :
- Viktor Orbán, pour ses lois limitant la visibilité des personnes LGBTQ+ et sa rhétorique assimilant les questions LGBTQ+ à un danger pour les enfants.
- Vladimir Poutine, dont le gouvernement a adopté des lois interdisant la « propagande LGBTQ+ » et a fortement restreint les droits des personnes LGBTQ+.
- Yoweri Museveni, qui a promulgué l’une des lois anti-LGBTQ+ les plus sévères au monde.
- Ron DeSantis, dont certaines politiques, notamment en matière d’éducation, ont été dénoncées par les associations LGBTQ+.
Du côté religieux, plusieurs responsables sont également au cœur des critiques :
- Pat Robertson (décédé), qui a tenu pendant des décennies des propos très hostiles envers les personnes homosexuelles.
- Franklin Graham, connu pour ses prises de position contre le mariage entre personnes de même sexe.
- Certains dirigeants de régimes théocratiques, notamment en Iran et sous le régime des Taliban en Afghanistan, défendent des interprétations religieuses qui justifient des peines extrêmement sévères contre les personnes LGBTQ+.
On retrouve également des personnalités publiques, influenceurs ou commentateurs médiatiques qui diffusent régulièrement des discours anti-LGBTQ+, mais leur influence varie selon les pays et les époques.
Il est toutefois important de distinguer la critique de certaines revendications ou politiques d’un discours de haine. Les organismes de défense des droits humains considèrent généralement qu’un discours devient particulièrement préoccupant lorsqu’il :
- déshumanise les personnes LGBTQ+ ;
- les présente comme une menace pour la société ou les enfants sans fondement ;
- encourage leur exclusion de la vie publique ;
- ou légitime la discrimination ou la violence à leur encontre.
L’histoire montre que lorsque de tels discours sont repris par des responsables politiques, des autorités religieuses ou des personnalités très influentes, ils peuvent contribuer à créer un climat propice aux discriminations et, dans certains cas, aux actes de violence contre les minorités sexuelles.
Nous sommes en pleine saison des Fiertés et plusieurs grandes villes à travers le monde s’apprêtent à accueillir leurs célébrations. Or, il est impossible de déployer des policiers ou même des militaires sur l’ensemble du parcours des marches ainsi qu’à chacun des événements connexes. Dès lors, une question s’impose : comment mieux se protéger contre ces individus qui souhaitent s’en prendre aux personnes LGBTQ+ et à leurs alliés?
La réponse passe sans doute par une combinaison de mesures : un meilleur renseignement, une surveillance accrue des individus radicalisés, une collaboration étroite entre les organisateurs et les forces de l’ordre, ainsi que la vigilance du public. Préserver le caractère festif et inclusif des célébrations tout en renforçant leur sécurité constitue aujourd’hui l’un des plus grands défis auxquels sont confrontés les organisateurs des événements de la Fierté partout dans le monde.
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