Trump, les tarifs et les droits LGBT : un étrange parallèle international

Roger-Luc Chayer Journaliste, musicien et éditeur de Gay Globe Média. Fort de plus de 30 ans d’expérience, il se démarque par une écriture précise et un engagement constant envers les communautés LGBTQ+. Ancien président de l’Association canadienne des journalistes (section Montréal) et récipiendaire de la médaille du Jubilé de la Reine, il allie rigueur, analyse et sensibilité dans son traitement de l’information.
Trump

Roger-Luc Chayer (Photo : AP / Euronews)

Le président des États-Unis semble avoir développé une véritable histoire d’amour avec les tarifs douaniers. À défaut de respecter le vieux modèle économique international, Donald Trump préfère visiblement le dynamiter à coups de taxes, de menaces et de décisions prises au gré de ses humeurs commerciales.

Les accords internationaux? Fort utiles, semble-t-il, lorsqu’ils servent les intérêts de Washington, mais soudainement beaucoup moins contraignants lorsque le président décide qu’un tarif lui plaît. Même les ententes qui devraient normalement empêcher ce genre de manœuvre n’échappent pas à son enthousiasme douanier. Le Canada en sait quelque chose, tout comme de nombreuses autres nations.

Avec Trump, le libre-échange semble donc être devenu une vieille tradition que l’on célèbre surtout lorsqu’on a envie de l’abandonner. Les règles existent toujours, bien sûr. Mais à Washington, elles semblent désormais avoir découvert une curieuse propriété : elles sont parfaitement respectables jusqu’au moment où le président décide qu’elles ne le sont plus.

Le véritable « prétexte » de Trump n’est pas une faute unique commise par les pays visés. C’est l’utilisation extensive de différentes lois commerciales américaines permettant de présenter presque chaque différend comme une pratique commerciale déloyale, une discrimination contre les États-Unis ou une menace pour la sécurité nationale.

Mais une analyse plus pointue effectuée ce jour établit un drôle de parallèle entre le fait que les nations les plus taxées et tarifées sont souvent les plus ouvertes aux réalités des communautés LGBT, alors que celles qui sont les plus répressives sont souvent les moins tarifées. Le tableau plus bas en fait la démonstration :

Pour comparer les deux dimensions, j’au utilisé le LGBT Equality Index 2026 d’Equaldex, qui combine les droits légaux et l’opinion publique, et le barème des droits de douane additionnels américains actuellement en vigueur.

Important : le taux ci-dessous est le tarif additionnel général par pays, lorsqu’il existe. Il ne représente pas nécessairement le droit de douane total applicable à chaque produit. Des tarifs sectoriels de 25 %, 50 % ou 100 % peuvent s’ajouter dans certains secteurs.

Les 10 pays les plus favorables aux LGBTQ+

Rang LGBTQ+ mondialPaysScore Equaldex /100Tarif additionnel US 2026
1🇮🇸 Islande93Aucun tarif général
2🇳🇴 Norvège8912,5 %
3🇺🇾 Uruguay8712,5 %
4🇪🇸 Espagne8310 %
5🇩🇰 Danemark8210 %
6🇲🇹 Malte8010 %
7🇨🇱 Chili8012,5 %
8🇦🇩 Andorre80Aucun tarif général
9🇩🇪 Allemagne8010 %
10🇳🇿 Nouvelle-Zélande7812,5 %

Les classements LGBTQ+ et les scores sont ceux publiés par Equaldex en 2026. Les taux tarifaires actuels proviennent du tableau de suivi des droits américains vérifié le 10 septembre 2026.

Les 10 pays les moins favorables aux LGBTQ+

Rang LGBTQ+ mondialPaysScore Equaldex /100Tarif additionnel US 2026
188🇲🇻 Maldives8Aucun tarif général
189🇶🇦 Qatar712,5 %
190🇰🇼 Koweït612,5 %
191🇮🇷 Iran6Aucun tarif général
192🇸🇳 Sénégal5Aucun tarif général
193🇬🇲 Gambie3Aucun tarif général
194🇧🇳 Brunei2Aucun tarif général
195🇴🇲 Oman212,5 %
196🇦🇫 Afghanistan1Aucun tarif général
197🇸🇴 Somalie0Aucun tarif général

Equaldex place effectivement la Somalie dernière avec 0, suivie de l’Afghanistan, Oman, Brunei, Gambie, Sénégal, Iran, Koweït, Qatar et Maldives.

C’est quand même fascinant vous ne trouvez pas ? Dans les 10 pays les plus favorables aux LGBTQ+ :

  • 6 ont un tarif additionnel général de 10 à 12,5 %;
  • 2 n’ont pas de tarif général;
  • les autres sont également soumis à différentes mesures commerciales selon les produits.

Dans les 10 pays les plus répressifs :

7 n’ont pas de tarif général additionnel.

3 ont également 12,5 %;

Il faut vraiment se questionner sur ce drôle de hasard qui n’en est peut-être pas un. Parallèlement à cette recherche, nous connaissons tous le niveau d’intolérance du président des États-Unis à l’endroit des homosexuels, des lesbiennes, des bisexuels et, encore plus, des personnes trans.

Une hostilité politique devenue une véritable stratégie

L’intolérance attribuée à Donald Trump envers les réalités LGBT ne repose pas uniquement sur des déclarations controversées. Elle se mesure surtout à travers les politiques mises en place par son administration depuis son retour à la Maison-Blanche.

Et sur ce terrain, les faits sont difficiles à ignorer. La question des personnes trans est devenue l’une des cibles privilégiées de l’administration Trump : remise en cause de la reconnaissance de l’identité de genre, restrictions concernant les soins d’affirmation de genre, mesures visant les athlètes trans et recul de certaines protections gouvernementales accordées aux personnes LGBTQ+.

Cette offensive s’inscrit dans une stratégie politique plus large. Trump a fait de la lutte contre ce qu’il appelle l’idéologie de genre et l’idéologie progressiste un élément important de sa guerre culturelle. Les personnes LGBT, et particulièrement les personnes trans, sont ainsi devenues un symbole commode de ce que son mouvement politique veut présenter comme les excès du progressisme américain.

Il faut toutefois faire une distinction importante : rien ne permet de démontrer sérieusement que Donald Trump éprouve personnellement le même degré d’hostilité envers chaque composante de la communauté LGBT. En revanche, les décisions de son administration permettent clairement de documenter une orientation politique beaucoup plus hostile aux droits et aux revendications LGBT, particulièrement lorsqu’il est question des personnes trans.

Et c’est là que le parallèle avec les tarifs douaniers devient particulièrement intrigant. D’un côté, une administration qui s’attaque ouvertement à plusieurs avancées sociales défendues par les communautés LGBT. De l’autre, une politique commerciale qui frappe notamment plusieurs pays parmi les plus progressistes de la planète en matière de droits LGBT.

Hasard? Peut-être. Mais en politique américaine sous Donald Trump, les coïncidences commencent parfois à faire beaucoup de bruit.

Un mauvais exemple donné au monde

L’enjeu dépasse largement les frontières des États-Unis. À travers ses politiques envers les personnes LGBT, et particulièrement envers les personnes trans, Donald Trump ne fait pas que modifier les règles américaines : il contribue à normaliser une vision politique dans laquelle des droits acquis peuvent être remis en question, des minorités peuvent devenir des cibles électorales et la reconnaissance de certaines réalités sociales peut être effacée par décret.

C’est probablement là que se trouve le danger le plus important. Lorsqu’une puissance comme les États-Unis choisit de revenir sur des protections accordées aux personnes LGBT, de remettre en question la reconnaissance des personnes trans et de présenter les revendications de ces communautés comme une menace pour la société, elle ne parle pas seulement à ses propres électeurs. Elle donne aussi des arguments et parfois même une permission politique à ceux qui, ailleurs dans le monde, souhaiteraient emprunter la même voie.

Et c’est précisément ce qui fait de la politique de Donald Trump un mauvais exemple à l’échelle internationale. Les États-Unis ont longtemps prétendu défendre les libertés individuelles et les droits humains. Lorsque leur président choisit plutôt de faire de certaines minorités une cible politique, il contribue à banaliser une régression que d’autres dirigeants pourraient être tentés d’imiter.

Le danger n’est donc pas seulement ce qui arrive aux LGBT aux États-Unis. Le véritable danger est que d’autres pays regardent Washington et se disent : si les États-Unis peuvent revenir en arrière, pourquoi pas nous?

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