Montréal barricade le Village : commerçants et résidents à bout de patience

Roger-Luc Chayer Journaliste, musicien et éditeur de Gay Globe Média. Fort de plus de 30 ans d’expérience, il se démarque par une écriture précise et un engagement constant envers les communautés LGBTQ+. Ancien président de l’Association canadienne des journalistes (section Montréal) et récipiendaire de la médaille du Jubilé de la Reine, il allie rigueur, analyse et sensibilité dans son traitement de l’information.
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Roger-Luc Chayer (Photos : Gay Globe Média et Régis Menetrey)

Encore une fois, dans la liste des aberrations conçues et mises en place par la Ville de Montréal, un peu n’importe comment, on a procédé cette semaine à la fermeture, un mois à l’avance, de la rue Sainte-Catherine Est entre Alexandre-DeSève et Papineau, ainsi que de la rue Champlain entre Sainte-Catherine et René-Lévesque, pour effectuer des travaux majeurs. La portion de Sainte-Catherine étant toutefois fermée simplement pour faire de la place à la machinerie.

L’annonce avait été faite d’avance, donc pas de surprise. Mais encore une fois, c’est dans la façon de procéder que le plus grand génie de la Ville a fait son œuvre.

Encore une fois, dans la longue liste des aberrations imaginées et mises en place par la Ville de Montréal, souvent avec une logique qui semble avoir été laissée en option, on a procédé cette semaine à la fermeture, un mois à l’avance, de la rue Sainte-Catherine Est entre Alexandre-DeSève et Papineau, ainsi que de la rue Champlain entre Sainte-Catherine et René-Lévesque, afin de permettre la réalisation de travaux majeurs.

Jusque-là, rien de bien surprenant : l’annonce avait été faite à l’avance. Les Montréalais étaient donc prévenus. Là où le génie municipal entre véritablement en scène, c’est dans la façon de procéder. La portion de Sainte-Catherine est notamment fermée simplement pour faire de la place à la machinerie.

Parce qu’à Montréal, apparemment, fermer une rue un mois à l’avance pour des travaux qui pourraient être planifiés autrement est devenu une forme d’art administratif. On annonce, on barricade, on détourne la circulation et, surtout, on demande aux citoyens de s’adapter.

Après tout, pourquoi chercher la solution la plus simple lorsqu’on peut choisir celle qui compliquera la vie du plus grand nombre?

Le plus remarquable n’est donc pas la fermeture de ces rues. Ce sont les décisions qui l’accompagnent, cette impression persistante que chaque chantier doit nécessairement venir avec son lot de détours, de congestion et d’inconvénients parfaitement évitables.

Même si la saison de la piétonnisation n’est pas terminée, on a barricadé tout le secteur derrière des grillages, comme pour un camp de concentration, en retirant tout le mobilier urbain et en allant même jusqu’à sabler l’asphalte pour effacer les couleurs gaies. Elles dérangeaient qui, au juste, ces couleurs? Et pourquoi ne pas avoir donné le contrat au même moment que pour le reste du Village? Deux factures?

Une toilette juste devant une boulangerie

Toilette

Un autre exemple de drôle de décision a été l’installation d’une toilette chimique, certes nécessaire pour le personnel qui travaille à la réfection de Champlain, mais on a décidé de la placer directement devant la porte d’une boulangerie, avec les odeurs nauséabondes qui viennent avec ce type d’installation.

Pourquoi devant la boulangerie alors que la porte de son commerce est toujours ouverte jusqu’à l’automne? C’est pourtant normal : les fours qui font cuire le pain, les croissants ou les muffins chauffent l’endroit, et c’est une bonne pratique commerciale de ne pas faire mourir ses clients de chaleur.

Pire encore, le décideur qui a choisi de mettre une toilette qui sent mauvais devant la boulangerie n’a visiblement pas remarqué que tous les commerces autour et de l’autre côté de la rue Sainte-Catherine sont inoccupés.

Il aurait très bien pu la mettre devant un commerce vide. Noooooon! Il fallait que ce soit juste devant la porte du seul commerce ouvert!

Les commerces ouverts habituellement continuent leurs activités

Malgré les grillages installés pour ne plus permettre l’accès à la rue comme telle, aucun panneau n’indique que les commerces qui sont habituellement ouverts continuent leurs activités et qu’ils ne sont accessibles que par les trottoirs.

Ailleurs, on se serait donné le devoir de faire imprimer quelques panneaux indiquant gentiment que les commerces sont toujours ouverts et qu’il faut les encourager pendant les travaux. Mais non, rien ne l’indique. Alors, je profite de la publication de cet article pour dire que les commerces suivants SONT OUVERTS, comme à l’habitude :

Boulangerie La Mie Matinale

L’Hôtel Sainte-Catherine et le bureau de change

Le resto africain 30 juin

La Banque de Montréal

Le magasin de bières

Postes Canada

Bar Le Diamant Rouge

La Grotte de la Couscoussière

Le Bar Rocky

Le Cocktail

S’il manque un commerce, prière de nous en aviser afin que nous puissions l’ajouter.

Témoignage d’André J., résidant du secteur

« Franchement, je commence à être tanné. À Montréal, on a toujours l’impression que les travaux sont organisés sans que personne ne réfléchisse à leurs conséquences pour ceux qui vivent ici.

Je comprends très bien qu’il faut refaire les rues, les infrastructures et les réseaux. Je ne suis pas contre les travaux. Mais il faudrait peut-être commencer à les organiser intelligemment. Fermer des rues, installer des barrières partout et compliquer l’accès au secteur, ça finit par avoir des conséquences très concrètes.

Moi, je viens en voiture. C’est mon moyen de transport, je suis à mobilité réduite et je veux pouvoir continuer à circuler et à fréquenter les commerces du secteur. Mais avec les rues fermées et les détours, ça devient tellement compliqué que tu finis par te demander si tu vas simplement aller ailleurs.

Et après, on va nous dire qu’il faut encourager les commerces locaux! Comment voulez-vous qu’on les encourage si on rend leur accès de plus en plus difficile?

Ce qui me dépasse surtout, c’est qu’on semble toujours découvrir les problèmes une fois que les travaux sont commencés. Les commerçants sont là, les résidents sont là, les clients sont là. Ce n’est quand même pas compliqué de comprendre qu’il faut maintenir un minimum d’accès.

À Montréal, on dirait qu’on sait très bien comment fermer une rue, mais qu’on n’a toujours pas appris comment permettre aux gens de continuer à vivre normalement pendant les travaux. Moi, je demande simplement qu’on pense un peu aux citoyens avant de sortir les barricades. Parce qu’à force de tout compliquer, on finit par décourager les gens de venir ici. Et ce sont les commerces qui vont encore payer le prix. »

Témoignage d’un commerçant du secteur

« Là, franchement, ça suffit! Je suis en colère, et je ne comprends pas comment on peut organiser des travaux de cette façon sans penser deux secondes aux commerçants qui doivent continuer à travailler pendant qu’on leur bloque pratiquement la porte.

On nous répète que les travaux sont nécessaires. Très bien! Personne ne demande de les arrêter. Mais est-ce que quelqu’un à la Ville s’est donné la peine de réfléchir à ce qui se passe après la fermeture de la rue? Parce que nous, pendant ce temps-là, il faut continuer à faire fonctionner nos commerces.

Moi, j’ai des fournisseurs qui doivent venir me livrer. Ils arrivent avec des camions, des horaires précis et des marchandises. Ce ne sont pas des livreurs à vélo qui peuvent déposer des caisses sur le trottoir! Il faut pouvoir approcher du commerce, décharger et repartir. Avec une rue bloquée, des barrières partout et des accès qui changent constamment, je fais quoi? Je demande à mes fournisseurs de laisser leurs camions à trois rues d’ici et de transporter la marchandise à bras?

Et si mes fournisseurs refusent de perdre leur temps dans ce cirque, qu’est-ce qui arrive? Je ne reçois pas mes marchandises. Je ne peux pas servir mes clients. Je perds des ventes. Et malgré ça, mon loyer, mes employés, mes assurances et mes factures, eux, ne sont pas bloqués par des barricades. Ils continuent d’arriver!

C’est ça qui me met hors de moi. La Ville peut fermer une rue et repartir tranquillement en disant que les travaux sont planifiés. Nous, on reste ici pour absorber les conséquences.

On nous parle constamment d’encourager les commerces locaux. Quelle hypocrisie! On nous demande de survivre pendant qu’on rend l’accès à nos commerces de plus en plus compliqué. Les clients ont de la difficulté à venir, les automobilistes ne savent plus par où passer et maintenant il faut même se demander comment les fournisseurs vont réussir à nous livrer.

Est-ce que quelqu’un a parlé aux commerçants avant de décider ça? Est-ce que quelqu’un a demandé comment on reçoit nos marchandises? Comment on fait nos livraisons? Comment on fait fonctionner notre entreprise?

À un moment donné, il faudrait que quelqu’un à la Ville comprenne qu’un commerce ne fonctionne pas avec des beaux plans sur papier. Il faut des clients, des marchandises et des accès. Et présentement, on nous complique les trois. »

Sur des dépliants collés aux portes de certains immeubles du secteur, on nous informe que les travaux sur la rue Champlain devraient durer un an et demi. Un an et demi pour un seul tronçon : est-ce vraiment raisonnable, ou doit-on simplement considérer qu’à Montréal, un chantier est désormais une résidence à long terme?

Et comme si ce n’était pas suffisant, on m’informe, au moment même de conclure la rédaction de cet article, que l’accès aux dizaines de places de stationnement des condos Bourbon sera bloqué pendant environ trois semaines. Encore une fois, tout semble avoir été soigneusement planifié… sauf les conséquences pour ceux qui vivent et travaillent dans le secteur.

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