Rosemont : qui remportera le comté aux élections de 2026?

Roger-Luc Chayer Journaliste, musicien et éditeur de Gay Globe Média. Actif dans le journalisme depuis plus de 30 ans, il est reconnu pour sa plume incisive et son engagement de longue date envers les communautés LGBTQ+. Ancien président de l’Association canadienne des journalistes (section Montréal), il a également reçu la médaille du Jubilé de la Reine pour l’ensemble de sa carrière. Son approche combine rigueur journalistique, analyse et sensibilité sociale.
Rosemont

Roger-Luc Chayer (Image : Wikipédia)

Rosemont : une circonscription montréalaise profondément urbaine

La circonscription provinciale de Rosemont est située dans l’est de Montréal et correspond essentiellement à une partie importante de l’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie. Elle est entièrement située sur l’île de Montréal. La circonscription actuelle a été créée en 1972, à partir de territoires provenant notamment des anciennes circonscriptions de Gouin et de Jeanne-Mance. Ses limites ont été modifiées à quelques reprises, notamment en 1980 et en 2001, avant de demeurer inchangées depuis 2017.

Le nom de Rosemont remonte à l’ancien village de Rosemont, fondé au début du XXe siècle dans un secteur qui s’est développé rapidement avec l’implantation des ateliers Angus du Canadien Pacifique. Le village a été annexé à Montréal en 1910. Cette histoire industrielle a profondément marqué le quartier, dont l’identité s’est ensuite transformée avec la fermeture progressive des grandes installations industrielles et la reconversion de plusieurs secteurs.

Aujourd’hui, Rosemont est un territoire essentiellement résidentiel et urbain, caractérisé par une forte densité, des quartiers de duplex et de triplex, des artères commerciales et une importante vie communautaire. La circonscription est également marquée par une tradition politique progressiste et par une population particulièrement mobilisée autour des questions de logement, d’environnement, de transport collectif et de services publics.

Une présence LGBTQ+ qui s’étend du Village vers Rosemont

La présence LGBTQ+ à Rosemont peut être comprise dans le contexte de l’évolution géographique de la communauté montréalaise. Pendant plusieurs décennies, le Village gai, autour de la rue Sainte-Catherine Est, a constitué le principal pôle commercial, social et culturel de la communauté LGBTQ+ montréalaise. Mais cette concentration n’a jamais signifié que les personnes LGBTQ+ vivaient exclusivement dans ce secteur. Au fil des années, une partie de la population LGBTQ+ s’est installée dans les quartiers environnants, notamment dans le Centre-Sud, Hochelaga-Maisonneuve et Rosemont–La Petite-Patrie.

Ce phénomène correspond à une évolution plus générale de Montréal : alors que le Village demeure un important territoire identitaire et communautaire, la population LGBTQ+ est aujourd’hui beaucoup plus dispersée dans l’ensemble de la métropole. Le déplacement vers les quartiers résidentiels de l’est montréalais a notamment été favorisé par la transformation du marché immobilier, la recherche de logements plus grands et plus abordables et l’évolution des modes de vie des générations LGBTQ+.

Rosemont apparaît ainsi comme l’un des territoires où cette présence s’est progressivement renforcée. Le mouvement est particulièrement perceptible autour de la rue Masson, devenue l’une des principales artères commerciales et sociales de Rosemont. La Ville décrit d’ailleurs Masson comme une artère commerciale majeure regroupant plus de 150 commerces et services et desservant un bassin de quelque 88 000 personnes.

La rue Masson et ses rues résidentielles environnantes offrent aujourd’hui un environnement urbain particulièrement propice à cette diversification : commerces de proximité, restaurants, cafés, espaces publics, vie culturelle et forte participation citoyenne. La Ville a elle-même développé le concept de « village Masson », avec des projets communautaires et des espaces de rencontre autour de l’artère.

Recherches effectuées à l’aide de ChatGPT

Élection québécoise 2026 : les candidats de Rosemont et leurs engagements

La circonscription de Rosemont sera particulièrement surveillée lors de l’élection québécoise du 5 octobre 2026. Après deux victoires consécutives de Québec solidaire, le député sortant Vincent Marissal ne sollicite pas un troisième mandat sous la bannière solidaire. Il siège comme député indépendant depuis son départ de Québec solidaire en 2025 et ne se représente pas en 2026. La course s’ouvre donc dans une circonscription où le vote progressiste, souverainiste et libéral pourrait être fortement disputé.

Cinq candidats sont actuellement au centre de la course : Nour Aliyah Attié pour la Coalition avenir Québec, David Lavoie pour le Parti libéral du Québec, Pierre-Luc Brillant pour le Parti québécois, Gisèle Pouhe Njall pour Québec solidaire et Mildred Mathieu pour le Parti conservateur du Québec.

Nour Aliyah Attié — Coalition avenir Québec

Nour Aliyah Attié est une jeune candidate de la Coalition avenir Québec. Née en Côte d’Ivoire, elle est arrivée au Canada en 2007, à l’âge de quatre ans, et a grandi à Rosemont, où elle vit toujours. Elle termine actuellement un baccalauréat en littérature à l’Université McGill et s’intéresse notamment à la politique, à la démographie et au marketing.

La CAQ présente sa candidature comme celle d’une jeune leader profondément enracinée dans Rosemont. Son profil tranche avec celui de plusieurs adversaires par son âge et son absence d’expérience politique élective.

Ses engagements

Les engagements locaux publiés pour Nour Aliyah Attié sont encore moins détaillés que ceux de certains autres candidats. Son discours s’inscrit toutefois dans les grandes orientations de l’équipe de Christine Fréchette, notamment la poursuite d’une approche axée sur l’économie, la gestion des services publics, la santé, le pouvoir d’achat et le développement du Québec.

Pour Rosemont, les enjeux de la santé et particulièrement de l’avenir de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont devraient occuper une place importante dans la campagne, tout comme le coût du logement et la qualité des services publics.

La CAQ cherchera surtout à transformer son implantation dans l’est de Montréal en gains électoraux, dans une circonscription où elle a obtenu un résultat beaucoup plus faible que les principales formations de gauche et souverainistes lors des dernières élections.

David Lavoie — Parti libéral du Québec

David Lavoie possède une longue expérience dans les domaines de la gestion, de la gouvernance et du développement organisationnel. Il a notamment dirigé le Festival TransAmériques et a participé à la création du Théâtre Aux Écuries et du Festival du Jamais Lu. Formé en administration, en gestion et en relations internationales, il souhaite mettre son expérience institutionnelle au service des citoyens de Rosemont.

Sa candidature donne au Parti libéral du Québec un profil fortement associé à la culture, à l’économie créative et au développement des institutions culturelles.

Ses engagements pour Rosemont

David Lavoie a publié une série d’engagements particulièrement précis pour la circonscription.

En matière de logement et de coût de la vie, il veut réduire la pression financière exercée sur les ménages afin que les familles puissent continuer à vivre dans leur quartier.

En santé, il promet d’accélérer la construction du nouvel Hôpital Maisonneuve-Rosemont et d’améliorer l’accès aux soins de proximité, notamment en santé mentale.

Sur le plan des transports, il veut améliorer le service d’autobus et faire progresser un important projet de transport collectif pour l’est de Montréal.

Il entend également soutenir la vie de quartier et les commerces de proximité de la Promenade Masson, des rues Beaubien, Bélanger et Rosemont, ainsi que l’entrepreneuriat local.

Enfin, il place l’immigration et l’inclusion parmi ses priorités, en affirmant vouloir favoriser la cohésion sociale et reconnaître la contribution des personnes immigrantes au Québec.

Son programme local est donc fortement axé sur les enjeux très concrets de Rosemont : logement, santé, transport, commerces de proximité et qualité de vie.

Pierre-Luc Brillant — Parti québécois

Pierre-Luc Brillant est probablement le candidat le plus connu du grand public dans cette élection. Comédien, musicien, auteur-compositeur-interprète et vice-président de l’Union des artistes depuis 2023, il est notamment connu pour ses rôles dans C.R.A.Z.Y., La disparition des lucioles, Indéfendable et d’autres productions québécoises. Il détient également un baccalauréat en philosophie de l’UQAM.

Il avait déjà représenté le Parti québécois dans Rosemont lors de l’élection de 2022 et revient en 2026 avec une expérience politique supplémentaire. Le PQ a officiellement annoncé sa candidature le 8 août 2026.

Ses engagements

La culture québécoise constitue l’un des principaux axes de son engagement. En tant qu’artiste et dirigeant de l’Union des artistes, Brillant affirme que la protection de la culture et de la création québécoises est intimement liée à son projet politique.

Il défend également l’indépendance du Québec, qu’il considère comme essentielle à la pérennité de la culture québécoise.

Mais son principal engagement local est très concret : la reconstruction de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont. Brillant considère ce projet comme une priorité pour Rosemont et pour tout l’est de Montréal, et affirme que le chantier doit être considéré comme un projet d’intérêt national.

Sa campagne devrait donc s’articuler autour de trois thèmes majeurs : la culture, l’indépendance du Québec et la relance de l’est de Montréal, avec l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont comme dossier local prioritaire.

Gisèle Pouhe Njall — Québec solidaire

Gisèle Pouhe Njall est la candidate de Québec solidaire. D’origine franco-camerounaise, elle est arrivée au Québec en 2008 pour étudier le journalisme. Elle s’est finalement établie à Montréal et a choisi Rosemont comme milieu de vie où elle élève sa famille.

Son parcours est fortement associé au milieu communautaire, à l’éducation et à la prévention des violences sexuelles. Depuis 2024, elle est directrice générale du Collectif Social, un organisme qui travaille notamment avec les établissements d’enseignement postsecondaire et les milieux festifs sur la prévention des violences sexuelles chez les 18 à 35 ans.

Elle s’est également impliquée dans différents dossiers touchant les jeunes, l’éducation et les communautés.

Ses engagements

Son discours pour Rosemont met notamment l’accent sur l’abordabilité du logement, l’éducation, les familles, les déplacements sécuritaires et la protection de l’environnement. Elle s’intéresse particulièrement aux enjeux de logement et d’accès à l’alimentation, qu’elle considère comme des questions fondamentales de dignité.

Elle suit également le dossier de la reconstruction de l’école des Monarques et du projet de rue-école qui l’accompagne.

À l’échelle provinciale, sa campagne s’inscrit dans la plateforme de Québec solidaire, qui place notamment la justice sociale, le logement, la transition écologique, les services publics et la redistribution de la richesse au centre de son programme. Le parti propose notamment de renforcer le filet social, d’investir massivement dans le transport collectif et d’augmenter la contribution fiscale des grandes fortunes.

Gisèle Pouhe Njall tente ainsi de faire de Rosemont une nouvelle circonscription solidaire après les deux victoires de Vincent Marissal.

Mildred Mathieu — Parti conservateur du Québec

Mildred Mathieu est étudiante à la maîtrise en science politique et engagée dans le milieu communautaire montréalais. Son parcours l’a amenée à travailler auprès de différentes populations et à s’intéresser particulièrement aux réalités vécues par les familles, les aînés et les personnes vulnérables.

Elle souhaite représenter Rosemont en mettant l’accent sur la proximité avec les citoyens et sur des solutions qu’elle qualifie de concrètes.

Ses engagements

Ses principales priorités sont l’accès aux soins de santé, la réduction du fardeau fiscal des familles, l’accès à la propriété et l’amélioration de la qualité de vie.

Ces engagements correspondent aux grandes orientations du Parti conservateur du Québec, qui privilégie notamment une réduction de la pression fiscale et une plus grande place accordée aux choix individuels et au secteur privé.

Mathieu apporte donc à la course de Rosemont une proposition nettement différente de celle de Québec solidaire et du Parti québécois, en mettant davantage l’accent sur le pouvoir d’achat, la fiscalité, la propriété et l’efficacité des services publics.

Une course où l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont pourrait devenir déterminant

Un dossier traverse pratiquement toute la campagne : la reconstruction de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont. Le projet est particulièrement important dans une circonscription où les enjeux de santé sont intimement liés à ceux de tout l’est de Montréal.

Le PQ en fait explicitement une priorité nationale. Le PLQ promet d’accélérer le projet. Pour les autres formations, le dossier s’inscrit également dans les enjeux plus larges d’accès aux soins et de services publics.

À cela s’ajoutent les préoccupations liées au logement, au coût de la vie, aux transports collectifs, à la mobilité, à la vitalité commerciale de la rue Masson, à l’environnement et à la protection des services de proximité.

Une nouvelle bataille politique à Rosemont

La course de 2026 est particulièrement intéressante parce que le siège est ouvert. Vincent Marissal avait remporté Rosemont pour Québec solidaire en 2018 puis en 2022, mais il ne sera pas sur le bulletin de vote cette fois-ci.

Le scrutin opposera donc cinq profils très différents : une jeune candidate caquiste profondément enracinée dans Rosemont, un gestionnaire culturel représentant le PLQ, un artiste engagé dans la défense de la culture et de l’indépendance du Québec pour le PQ, une intervenante communautaire portant les couleurs de Québec solidaire et une candidate conservatrice issue du milieu communautaire.

Rosemont pourrait ainsi devenir l’une des circonscriptions les plus révélatrices de l’évolution du vote montréalais en 2026. La question sera notamment de savoir si Québec solidaire peut conserver son implantation sans son député sortant, si le PQ peut reprendre une circonscription qu’il a déjà représentée, ou si le PLQ ou la CAQ peuvent profiter de la division du vote progressiste et souverainiste.

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