
Roger-Luc Chayer (Photo : Trump par AFP)
Donald Trump à Davos : un monologue qui réécrit l’histoire
Une grande séance de plusieurs heures de n’importe quoi vient de se produire à Davos, en Suisse, alors que le président des États-Unis, Donald Trump, s’est lancé dans un monologue réécrivant l’histoire de l’humanité, allant jusqu’à déclarer que, depuis l’Empire romain, seul lui aurait réussi à changer la face du monde.
Il a parlé de tout sans rien laisser de côté, aussi bien des affaires internes américaines que de chaque pays du monde, qualifiant certains territoires de zones noires sans gouvernement, affirmant que l’ensemble des pays de la planète n’existeraient pas sans les États-Unis, et confirmant même qu’il n’utiliserait pas la force militaire pour conquérir le Groenland, une première confirmation officielle qu’il a répétée à plusieurs reprises.
Donald Trump et l’OTAN : une affirmation contestée
Ce qui a toutefois le plus choqué les observateurs présents est l’affirmation, qu’il répète continuellement, selon laquelle l’OTAN n’aurait jamais rien fait pour les États-Unis, alors que ce seraient les États-Unis qui feraient en sorte que l’OTAN existe. Une affirmation absurde que ses conseillers lui ont probablement demandé de cesser de répéter, mais à laquelle il s’entête. Sur ce point, non seulement il ment et il le sait, mais la seule fois de l’histoire de l’OTAN où l’article 5 a été invoqué remonte à septembre 2001, lorsque les États-Unis ont été attaqués.
Qu’est-ce que l’article 5 de la charte de l’OTAN
L’article 5 de la charte de l’OTAN est le principe central de l’Alliance atlantique. Il stipule qu’une attaque armée contre l’un des États membres est considérée comme une attaque contre l’ensemble des membres, chacun s’engageant alors à assister le pays attaqué par les moyens qu’il juge nécessaires, y compris, le cas échéant, l’usage de la force armée. Cet article incarne la notion de défense collective et constitue le fondement même de l’existence et de la crédibilité de l’OTAN.
L’unique invocation de l’article 5 dans l’histoire de l’OTAN
Le seul moment de l’histoire de l’OTAN où l’article 5 a été invoqué a été en septembre 2001, à la suite des attentats du 11 septembre perpétrés contre les États-Unis. Pour la première et unique fois depuis la création de l’Alliance en 1949, les alliés ont reconnu que l’attaque contre un État membre constituait une attaque contre l’ensemble de l’OTAN, déclenchant ainsi le principe de défense collective prévu par la charte.
Les actions concrètes de l’OTAN pour défendre les États-Unis
À la suite de l’invocation de l’article 5 en septembre 2001, les membres de l’OTAN ont pris une série de mesures concrètes pour soutenir et défendre les États-Unis, marquant la première mise en œuvre réelle du principe de défense collective. Dès les jours qui ont suivi les attentats, les alliés ont renforcé la sécurité aérienne nord-américaine en déployant des avions de surveillance et de combat au-dessus du territoire américain dans le cadre de l’opération Eagle Assist, permettant ainsi de soulager l’US Air Force et d’assurer la protection de l’espace aérien des États-Unis.
Parallèlement, des moyens navals ont été engagés en Méditerranée afin de prévenir toute autre menace terroriste, avec des patrouilles destinées à sécuriser les routes maritimes et à surveiller les mouvements suspects. Les alliés ont également partagé massivement des renseignements, intensifiant la coopération en matière de lutte antiterroriste et de sécurité intérieure, ce qui a joué un rôle clé dans l’identification et le démantèlement de réseaux liés à Al-Qaïda.
Sur le plan militaire, cette solidarité s’est traduite par un soutien direct aux opérations menées par les États-Unis en Afghanistan. De nombreux pays membres ont participé à l’intervention et, par la suite, à la Force internationale d’assistance à la sécurité sous commandement de l’OTAN, fournissant troupes, équipements, logistique et appui opérationnel pendant de nombreuses années. Ces engagements ont représenté un coût humain, financier et politique important pour plusieurs alliés.
OTAN, États-Unis et réalité historique
L’ensemble de ces actions démontre que, contrairement à certaines affirmations, l’OTAN n’a pas seulement exprimé un soutien symbolique aux États-Unis, mais a bel et bien agi de manière militaire, opérationnelle et stratégique pour leur défense, conformément aux obligations prévues par l’article 5 de sa charte.
Quand Donald Trump répète continuellement que l’OTAN n’a strictement jamais rien fait pour les États-Unis, c’est une humiliation qu’il inflige lui-même aux États-Unis, qui ont été les seuls bénéficiaires de l’article 5 dans l’histoire de l’organisation.
OTAN et droits LGBT : une évolution institutionnelle
Selon le site web de l’OTAN et la documentation présente, les contributions de l’OTAN aux droits LGBT ne prennent pas la forme d’un militantisme politique direct, mais s’inscrivent dans une évolution institutionnelle profonde visant l’égalité, la non-discrimination et la protection des droits humains au sein des forces armées et des structures de sécurité. Depuis les années 2000, l’Alliance a progressivement intégré le principe selon lequel l’orientation sexuelle et l’identité de genre ne peuvent en aucun cas justifier l’exclusion, la discrimination ou le harcèlement au sein des armées des pays membres, considérant que ces pratiques nuisent à la cohésion, à l’efficacité opérationnelle et aux valeurs démocratiques que l’OTAN affirme défendre.
Sur le plan interne, l’OTAN a mis en place des politiques explicites de diversité et d’inclusion applicables à son personnel civil et militaire, interdisant toute discrimination fondée sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre. Des formations obligatoires sur le respect, l’égalité et la prévention du harcèlement sont devenues courantes dans les structures de commandement, et les cadres sont tenus de garantir un environnement de travail sûr pour les personnes LGBT.
L’Alliance reconnaît également les partenaires de même sexe pour les affectations internationales, les avantages sociaux et les protections administratives, ce qui a constitué une avancée importante dans un contexte militaire historiquement conservateur.
Au niveau opérationnel et stratégique, l’OTAN a intégré les droits humains, y compris ceux des personnes LGBT, dans ses cadres normatifs, notamment à travers la mise en œuvre de l’agenda Femmes, paix et sécurité et l’approche dite de sécurité humaine. Lors de missions à l’étranger, l’Alliance encourage ses forces à respecter et à promouvoir les droits fondamentaux, à prévenir les violences sexuelles et à comprendre les dynamiques de vulnérabilité qui touchent les minorités, y compris les personnes LGBT, dans les zones de conflit. Bien que l’OTAN n’impose pas de politiques sociales aux États partenaires, elle insiste sur le respect minimal des droits humains comme condition de coopération durable.
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