Quand l’homophobie décide des vies

Homophobie

Roger-Luc Chayer (Image : IA / Gay Globe)

La haine.

Parce que c’est de ça qu’on parle quand on dit vouloir lutter contre et dénoncer l’homophobie, la biphobie, la transphobie et toutes les peurs ou phobies des autres, de ceux qui sont différents, de ceux qui ne sont pas exactement comme nous, même si nous ne sommes pas le melon le plus frais de la boîte.

Vivre avec ces peurs des autres au quotidien, c’est affreux. Pour les homophobes, c’est une souffrance innommable qui guide leur vie et leurs décisions.

Et pour survivre, les homophobes, quels qu’ils soient, développent évidemment des mécanismes de défense. Ils cherchent autour d’eux, dans la société, des responsables à leur minable vie passée à haïr les autres, et c’est là que l’homophobie se propage. Je l’ai vécu au premier degré il y a quelques années. Comme éditeur d’un groupe média gay, je suis bien sûr régulièrement en contact avec des agences de publicité. Un jour, j’ai envoyé par courriel à une série d’agences une invitation à considérer le Magazine Gay Globe dans le développement des affaires et des stratégies publicitaires de leurs clients.

Depuis le début de ma carrière journalistique, je n’avais jamais été confronté à de l’homophobie de la part d’agences de publicité. Je ne m’attendais donc pas à la réponse reçue d’un patron d’agence de l’Est du Québec, qui disait : « Jamais je n’achèterai de publicité dans un magazine homosexuel et jamais je ne recommanderai à mes clients de le faire. »

Je ne connaissais pas cette personne ni son agence. Il ne me connaissait pas non plus et je ne lui avais jamais rien fait. Sa haine m’a été envoyée en pleine face et, du simple fait d’être éditeur d’un média s’adressant aux communautés LGBT, je venais d’apprendre que je serais privé de revenus potentiels à vie et que de nombreuses entreprises n’entendraient jamais parler de nous à cause de la haine d’un seul homme. Quel pouvoir !

Au Québec, nous avons la chance d’avoir une Charte des droits et libertés qui, à l’article 10, interdit toute discrimination basée sur plusieurs critères, dont l’orientation sexuelle. J’ai donc fait appel à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse dans le cadre d’une plainte pour discrimination.

Le patron de la boîte publicitaire, après s’être fait expliquer certaines réalités de la vie par un agent de la Commission, s’est empressé de me faire parvenir un maigre chèque de 500 $ censé me compenser. Mais, par la suite, il n’a jamais donné suite au dossier ni recommandé le magazine à ses clients.

L’homophobie, cette haine des homosexuels, est insidieuse.

J’ai vécu un autre événement homophobe assez inusité il y a environ 20 ans, toujours dans le cadre du magazine. Nous avions un contrat publicitaire avec un salon de beauté tenu par une personne très croyante.

Un jour, lors de la sortie d’une édition, j’ai reçu un message téléphonique sur le répondeur de Gay Globe de la part de cette cliente, qui tenait un langage ordurier d’une rare violence à mon endroit. J’étais, selon elle, ni plus ni moins que la bave d’un chacal, du vomi de chameau mort, et je méritais d’être enterré vivant pour ce que j’avais fait.

Qu’est-ce que j’avais fait, me demanderez-vous ? J’avais placé par hasard sa carte d’affaires dans une page où l’on parlait du VIH/sida et des avancées de la recherche. Elle croyait, à tort, que je l’avais intentionnellement associée à des pratiques sexuelles menant au VIH. C’est ce qu’elle affirmait, et elle mettait fin à son contrat.

C’est violent, vous ne trouvez pas ?

C’est pourtant ça, l’homophobie : être haï et détesté non pas pour ce que vous faites, mais pour ce que vous êtes. Je ne connaissais pas la cliente du salon en question. Je ne lui avais jamais parlé ni rencontrée, puisque c’est un représentant publicitaire de Gay Globe qui s’occupait de son dossier. Et pourtant…

Personnellement, au quotidien, je ne suis pas vraiment confronté à l’homophobie, mais c’est ce que j’en sais, car de nombreuses décisions peuvent être prises, homophobes et haineuses, sans que j’en aie connaissance.

Et c’est pour ça qu’il faut lutter contre l’homophobie. À la guerre comme à la guerre ! Parce que la subir fait un mal indescriptible, et la faire vivre aux autres est tout aussi destructeur.

Aujourd’hui, le 17 mai, c’est la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie. Les temps présents sont pires que jamais, avec certains leaders mondiaux et certains États qui légifèrent pour rendre l’homophobie légale et, pire encore, pour punir non pas ceux qui la commettent, mais ceux qui la subissent.

Et c’est aussi pour ces raisons qu’il faut remercier et apprécier nos alliés, qui nous traitent dignement, qui nous considèrent comme des personnes ordinaires, dans le bon sens du terme. Je profite de ma tribune pour remercier tout l’écosystème qui gravite autour du groupe Gay Globe, de mon équipe et de nos partenaires.

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