
Roger-Luc Chayer (Image : IA / Gay Globe)
Dans le vaste système stellaire des acronymes liés aux LGBTQ — notre collègue Carle Jasmin en parlait récemment ici — apparaît un nouveau joueur qui vient compliquer encore davantage le sens de ce que signifie la communauté gaie et lesbienne : les personnes « agenrées ».
Je sais que cette prolifération de lettres regroupant toutes les minorités et sous-minorités possibles, de l’orientation sexuelle à l’identité de genre, devient difficile à comprendre — pour moi le premier. Il faut quand même expliquer ce qu’est l’agenrisme puisque, hier, le 19 mai, avait lieu la Journée de la fierté agenrée.
Selon les dictionnaires en ligne, car je n’avais jamais entendu parler de ce terme, le terme « agenré » désigne généralement une personne qui ne s’identifie à aucun genre, ou qui considère ne pas avoir d’identité de genre. Cette réalité est habituellement incluse dans les catégories plus larges des identités trans et non binaires, souvent regroupées sous l’acronyme LGBTQ+.
Cela dit, la question de l’appartenance à la communauté LGBT n’est pas uniquement théorique ou administrative. Certaines personnes agenrées se sentent pleinement concernées par les enjeux LGBT — discrimination, reconnaissance juridique, identité, représentation — tandis que d’autres ne souhaitent pas nécessairement être associées à une communauté militante ou identitaire particulière.
D’après plusieurs sociologues qui ont une expertise quant à la question de l’orientation sexuelle, historiquement, les mouvements LGBT étaient centrés surtout sur l’orientation sexuelle (gays, lesbiennes, bisexuels). Avec le temps, les questions liées à l’identité de genre ont été intégrées plus largement, notamment avec les personnes trans et non binaires. L’inclusion des personnes agenrées découle donc de cette évolution contemporaine du concept de diversité de genre.
Là où je reviens souvent dans mon commentaire éditorial sur la question des acronymes, c’est que tout se fait et se décide sans que l’on demande jamais l’opinion des gays et des lesbiennes. Je suis journaliste spécialisé et éditeur depuis 1993, et on ne m’a pas encore demandé une seule fois mon avis sur la structure et l’identité de la communauté à laquelle je m’identifie et à laquelle je m’adresse.
En 1993, je m’adressais aux gays et aux lesbiennes. Aujourd’hui, en 2026, on inclut aussi les victimes de violences des Premières Nations. Bien que cette réalité existe bel et bien et qu’il faille dénoncer ces gestes du passé, je ne vois pas en quoi cela est lié à ma vie, à mon orientation, et encore moins à mes lecteurs.
L’évolution historique du LGBTQ+ et les débats sur la représentation
Selon mes recherches, l’acronyme LGBTQ+ s’est construit de façon historique et sociale, pas institutionnelle. À l’origine, il a évolué à partir des luttes pour les droits des personnes homosexuelles, puis il s’est élargi au fil du temps pour inclure d’autres réalités de genre et d’orientation sexuelle. Chaque nouvelle lettre ou ajout (trans, bisexuel, queer, intersexe, non binaire, etc.) provient généralement de mouvements militants, d’organisations locales, d’universitaires ou de revendications communautaires spécifiques, plutôt que d’une instance représentative unique qui déciderait de la structure globale.
C’est là que se crée une tension : il n’existe pas de « parlement LGBT » ou de porte-parole unique capable de valider ou refuser ces évolutions. Les organisations LGBTQ+ elles-mêmes sont très diverses, parfois en désaccord entre elles sur la manière de nommer ou de regrouper les identités. Certaines privilégient des acronymes plus courts (LGBT, LGB), d’autres des formes plus inclusives (LGBTQIA2S+, etc.), et d’autres encore refusent carrément l’idée d’un acronyme figé.
Dans ce contexte, les personnes gays et lesbiennes ne sont pas « exclues de la consultation » au sens formel : elles font partie des réseaux militants, associatifs et politiques où ces débats existent. Mais il n’y a pas de mécanisme unique où une catégorie de la communauté aurait un droit de veto sur l’évolution du langage. C’est davantage un processus diffus, conflictuel et évolutif, où différentes sensibilités cherchent à être reconnues dans un même espace symbolique.
Ce qui explique aussi pourquoi le résultat peut donner l’impression d’être imposé ou incohérent : il ne vient pas d’une décision globale, mais d’une accumulation progressive de revendications identitaires et politiques, sans arbitre central.
Nous avons quand même tous le choix d’utiliser l’acronyme qui nous représente le mieux et, dans mon cas, celui qui est le plus représentatif des lecteurs de Gay Globe et de ma vie en général. Il est difficile de trouver un juste milieu sans exclure certaines minorités, et l’exclusion n’est pas la bonne solution selon moi. Par où commencer ? Voilà la question…
Vous pouvez commenter au bas de ce texte si vous souhaitez apporter un éclairage à mon questionnement.
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