MMIWG2SLGBTQQIA+ : L’inclusion jusqu’à l’absurde : le casse-tête des acronymes au Canada / Inclusion pushed to absurdity: Canada’s acronym puzzle

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Opinion par/by Carle Jasmin (Image : IA / Gay Globe)

Oubliez les gays et lesbiennes, oubliez même les LGBTQ+, voilà que nous serions maintenant MMIWG2SLGBTQQIA+. Clairement, il y a une perte de contrôle de la part de personnes et d’élus qui parlent beaucoup trop en notre nom sans connaître exactement ce que nous sommes à l’origine.

Selon la députée Leah Gazan du Nouveau Parti démocratique du Canada (NPD), il faudrait dorénavant utiliser l’acronyme MMIWG2SLGBTQQIA+ pour parler de nous-mêmes, mais en matière de caricature d’inclusion, c’est le top !

Que signifie MMIWG2SLGBTQQIA+ ?

Mais que signifie au juste MMIWG2SLGBTQQIA+ ?

L’acronyme MMIWG2SLGBTQQIA+ est une forme étendue qui regroupe plusieurs réalités, principalement issues du contexte canadien et autochtone, tout en incluant la diversité des identités sexuelles et de genre.

La première partie, MMIWG, signifie Missing and Murdered Indigenous Women and Girls, soit en français « femmes et filles autochtones disparues et assassinées ». Il s’agit d’un enjeu majeur reconnu au Canada, notamment depuis l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées.

Le segment 2S renvoie à Two-Spirit (bispirituel), un terme propre à certaines cultures autochtones pour désigner des personnes qui incarnent à la fois des identités ou rôles masculins et féminins.

Ensuite, LGBTQQIA+ élargit l’acronyme plus connu LGBTQ+ :
L : lesbiennes
G : gays
B : bisexuels
T : transgenres
Q : queer
Q : en questionnement (questioning)
I : intersexes
A : asexuels (ou parfois alliés)
+ : inclut d’autres identités et orientations

Un mélange de réalités distinctes

Mais en quoi ces identités et ces victimes ont-elles quoi que ce soit à voir avec l’orientation sexuelle des gays et des lesbiennes ?

Dans le cas de MMIWG2SLGBTQQIA+, on juxtapose en effet deux dimensions distinctes. D’un côté, MMIWG renvoie à une crise sociale précise liée aux femmes et filles autochtones disparues et assassinées, documentée notamment par l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées. De l’autre, LGBTQQIA+ concerne l’orientation sexuelle et l’identité de genre.

Le lien qui est avancé par ceux qui utilisent cet acronyme n’est pas une équivalence directe, mais plutôt une logique d’alliances entre groupes perçus comme marginalisés ou vulnérables. Dans cette optique, certaines personnes considèrent qu’il est pertinent de rassembler ces réalités pour souligner des enjeux communs comme la discrimination, la violence ou l’exclusion sociale.

Une opinion publique divisée

L’opinion publique autour de cet acronyme est loin d’être consensuelle — et elle est même assez révélatrice d’un clivage assez net.

D’un côté, il y a eu une réaction très critique, voire moqueuse, surtout sur les réseaux sociaux. Le terme est devenu viral après une intervention de Leah Gazan, et beaucoup d’internautes ont réagi en soulignant sa longueur et sa complexité, certains parlant d’« alphabet soup » ou de terme incompréhensible. Des figures publiques ont amplifié cette perception, ce qui a contribué à transformer l’acronyme en objet de débat, mais aussi de dérision.

D’un autre côté, il existe aussi des critiques plus nuancées, y compris dans des milieux progressistes. Certains reprochent non pas la volonté d’inclusion, mais le fait de fusionner des réalités différentes — notamment la crise des femmes autochtones disparues et assassinées avec les identités LGBTQ+ — ce qui peut brouiller les enjeux plutôt que les clarifier.

Enfin, une minorité de voix défend l’usage de ce type d’acronyme en expliquant qu’il vise à inclure explicitement des groupes historiquement invisibilisés, même si cela le rend plus lourd et moins accessible.

Des impacts concrets soulevés

Mais dans les faits, concrètement, vous vous rendez compte des critères théoriques à respecter pour qu’une organisation offrant des services aux hommes gays ou aux femmes lesbiennes reçoive des subventions ? Les demandeurs devront prouver qu’ils vont aussi défendre les victimes autochtones de meurtres alors qu’ils n’ont aucune expertise dans ce domaine, de même que les personnes en questionnement, qui relèvent bien davantage d’une aide psychologique que d’une orientation sexuelle.

Témoignage de Daniel Godbout

Daniel Godbout, Montréalais, observe la situation avec un mélange d’incrédulité et d’exaspération. Pour lui, ce qui se joue actuellement dépasse largement la simple question du langage inclusif. « À un moment donné, il faut garder un minimum de bon sens », lance-t-il, visiblement agacé. Il explique ne plus reconnaître les revendications qui, selon lui, étaient autrefois claires et compréhensibles.

Il insiste sur le fait qu’il a toujours appuyé les droits des gays et des lesbiennes, mais qu’il a aujourd’hui l’impression que tout se mélange. « On additionne des réalités complètement différentes, sans lien direct, et on prétend que ça forme un tout cohérent. Ce n’est pas sérieux », affirme-t-il. Pour Daniel Godbout, cette accumulation d’acronymes finit par nuire à la cause elle-même, en la rendant difficile à comprendre pour le grand public.

Il va plus loin en évoquant une forme de déconnexion chez certains décideurs. « J’ai l’impression que certains ont perdu les pédales. Ils parlent au nom de groupes sans vraiment savoir ce que vivent les gens sur le terrain », dit-il. Selon lui, cette approche risque surtout d’alimenter le cynisme et de détourner l’attention des enjeux réels.

Sans remettre en question l’importance de chaque réalité mentionnée, Daniel Godbout estime qu’il serait plus pertinent de les traiter séparément, avec des outils adaptés à chaque situation. « Vouloir tout inclure dans une seule étiquette, ce n’est pas de l’inclusion, c’est de la confusion », conclut-il.

Et évidemment, la députée en question et sa cohorte n’ont encore une fois consulté personne des communautés gay et lesbienne avant de se donner le pouvoir de nous considérer comme la poubelle où foutre tous les maux de la société. Rendu là, pourquoi ne pas ajouter D pour drogués, I pour itinérants ? Non, mais tant qu’à inclure tout le monde…

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Forget gay and lesbian, forget even LGBTQ+, we are now being referred to as MMIWG2SLGBTQQIA+. Clearly, there is a loss of control from individuals and elected officials who speak far too often on our behalf without truly understanding who we are at the core.

According to MP Leah Gazan of the New Democratic Party (NDP) of Canada, the acronym MMIWG2SLGBTQQIA+ should now be used to refer to ourselves, but in terms of inclusive caricature, this is the ultimate example.

What does MMIWG2SLGBTQQIA+ actually mean?

But what exactly does MMIWG2SLGBTQQIA+ stand for?

The acronym MMIWG2SLGBTQQIA+ is an expanded form that brings together several realities, mainly rooted in the Canadian and Indigenous context, while also including a wide range of sexual and gender identities.

The first part, MMIWG, stands for Missing and Murdered Indigenous Women and Girls. In French, this refers to “Indigenous women and girls who are missing and murdered.” This is a major issue recognized in Canada, notably since the National Inquiry into Missing and Murdered Indigenous Women and Girls.

The segment 2S refers to Two-Spirit, a term used in some Indigenous cultures to describe people who embody both masculine and feminine identities or roles.

Then LGBTQQIA+ expands the more commonly known acronym LGBTQ+:
L: lesbians
G: gays
B: bisexuals
T: transgender people
Q: queer
Q: questioning
I: intersex
A: asexual (or sometimes allies)
+: includes other identities and orientations

Why combine these realities?

But what do these identities and victims have to do with the sexual orientation of gay and lesbian people?

In the case of MMIWG2SLGBTQQIA+, two distinct realities are being combined. On one side, MMIWG refers to a specific social crisis involving missing and murdered Indigenous women and girls, documented in the National Inquiry into Missing and Murdered Indigenous Women and Girls. On the other side, LGBTQQIA+ refers to sexual orientation and gender identity.

The connection made by those who use this acronym is not one of equivalence, but rather an attempt to build alliances between groups considered marginalized or vulnerable. From this perspective, some argue that grouping these realities highlights shared issues such as discrimination, violence, or social exclusion.

A divided public opinion

Public opinion on this acronym is far from unanimous — and it reveals a clear divide.

On one side, there has been strong criticism, often mixed with mockery, especially on social media. The term went viral after remarks by Leah Gazan, with many users pointing out its length and complexity, sometimes referring to it as “alphabet soup” or an unintelligible term. Public figures further amplified this reaction, turning the acronym into a subject of both debate and ridicule.

On the other side, more nuanced criticism also exists, including within progressive circles. Some argue not against inclusion itself, but against merging very different realities — particularly the crisis of missing and murdered Indigenous women and girls with LGBTQ+ identities — as this may blur rather than clarify each issue.

Finally, a smaller group supports the use of such an acronym, arguing that it explicitly includes historically marginalized communities, even if it becomes less accessible and harder to use in practice.

Practical concerns raised

But in practical terms, have you considered the theoretical criteria organizations must meet to receive funding for services aimed at gay men or lesbian women? Applicants may be required to demonstrate that they also address issues related to Indigenous victims of homicide, despite having no expertise in that field, as well as individuals who are questioning their identity — a category that may relate more to psychological support than to sexual orientation.

Testimony of Daniel Godbout

Daniel Godbout, a Montreal resident, observes the situation with a mix of disbelief and frustration. For him, what is happening goes far beyond inclusive language. “At some point, we need to keep a minimum of common sense,” he says, visibly irritated. He no longer recognizes what he feels were once clear and understandable social claims.

He stresses that he has always supported the rights of gay and lesbian people, but now feels everything is being mixed together. “We are adding completely different realities with no direct link, and pretending they form a coherent whole. That’s not serious,” he says. For Godbout, this accumulation of acronyms ultimately harms the cause by making it harder for the general public to understand.

He goes further, pointing to what he sees as a disconnect among some decision-makers. “I feel like some people have lost touch. They speak on behalf of groups without really knowing what people are experiencing on the ground,” he says. In his view, this approach risks fueling cynicism and distracting from real issues.

Without denying the importance of each issue mentioned, Godbout believes they should be addressed separately, with tailored tools for each situation. “Trying to include everything under one label isn’t inclusion — it’s confusion,” he concludes.

And of course, the MP in question and her cohort once again consulted no one from the gay and lesbian communities before giving themselves the authority to treat us as a dumping ground for all of society’s problems. At this point, why not add D for drug users and I for homeless people? If we’re including everyone…

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🇬🇧 Article in English

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