
Roger-Luc Chayer (Image : IA / Gay Globe)
Médétomidine : une nouvelle drogue inquiétante détectée à Montréal et partout en Amérique du Nord
Une nouvelle drogue a fait son apparition à Québec en 2024 et a lentement fait son chemin vers Montréal, où elle est maintenant détectée dans plusieurs échantillons analysés par les autorités fédérales. La molécule n’est pas présente qu’au Canada : elle est actuellement disponible partout en Amérique du Nord et en Europe.
Non seulement elle est aussi toxique et potentiellement mortelle que les drogues dures actuellement disponibles dans la rue, mais elle provoque également des réactions inhabituellement sévères et, pire encore, elle ne répond pas à la naloxone. Il s’agit de la médétomidine.
Qu’est-ce que la médétomidine?
La médétomidine est un puissant sédatif vétérinaire utilisé principalement pour calmer ou anesthésier des animaux, notamment les chiens et les chats. Elle agit sur le système nerveux central en ralentissant fortement l’activité cérébrale, la respiration et le rythme cardiaque.
Cette substance appartient à la même famille que la xylazine, parfois surnommée « tranq », qui a déjà été détectée dans plusieurs drogues de rue en Amérique du Nord. Comme la xylazine, la médétomidine n’est pas un opioïde. Cela signifie que la naloxone, utilisée pour renverser les surdoses d’opioïdes comme le fentanyl, ne neutralise pas directement ses effets.
Depuis 2024, des autorités de santé publique et des laboratoires toxicologiques ont commencé à détecter la médétomidine dans des mélanges de drogues illicites, souvent combinée au fentanyl ou à d’autres substances. Les inquiétudes viennent du fait qu’elle peut provoquer une sédation extrême, une perte de conscience prolongée, une dépression respiratoire sévère, une chute importante de la pression artérielle et un ralentissement dangereux du cœur.
Les spécialistes craignent aussi que cette substance augmente le risque de décès lors des surdoses, parce qu’une personne peut continuer à souffrir d’une détresse respiratoire ou cardiovasculaire même après l’administration de naloxone. Dans plusieurs cas signalés aux États-Unis, les premiers répondants ont observé des victimes inconscientes qui ne réagissaient pas comme lors d’une surdose classique aux opioïdes.
Les autorités sanitaires recommandent malgré tout d’administrer la naloxone lorsqu’une surdose est suspectée, puisque des opioïdes sont souvent présents en même temps, puis d’appeler immédiatement les services d’urgence.
Le témoignage de Mathieu, 32 ans, de Beloeil
Mathieu, 32 ans de Beloeil, a vécu la pire expérience de sa vie.
« Je pensais avoir consommé la même chose que d’habitude. Quelques minutes plus tard, je ne me souviens plus de rien. On m’a raconté que je me suis effondré, que je ne respirais presque plus et que les secours ont dû intervenir rapidement. Les médecins m’ont ensuite expliqué que le mélange contenait de la médétomidine. Je suis resté dans le coma et, honnêtement, je ne pensais jamais me réveiller après ça. »
Aujourd’hui, il réalise à quel point cette drogue est dangereuse.
« Ce n’est pas juste un mauvais “trip”. Les effets sont violents, imprévisibles et beaucoup plus graves que ce que plusieurs personnes imaginent. Même la naloxone n’agit pas complètement quand cette substance est impliquée. Ça change tout. »
Il souhaite aujourd’hui lancer un avertissement clair aux consommateurs.
« Je veux vraiment dire aux consommateurs de prendre cette alerte très au sérieux. Peu importe votre expérience ou vos habitudes, personne n’est à l’abri. Faites vérifier vos substances si possible, ne consommez pas seul et assurez-vous que quelqu’un puisse appeler les secours rapidement si quelque chose tourne mal. Je suis vivant aujourd’hui grâce à l’intervention rapide des ambulanciers. Tout le monde n’aura pas cette chance. »
Une présence inquiétante dans les milieux de chemsex
La consommation de substances contenant de la médétomidine est parfois observée dans des contextes de chemsex, une pratique qui consiste à utiliser des drogues pour prolonger, intensifier ou désinhiber des relations sexuelles, souvent pendant plusieurs heures ou plusieurs jours.
Dans ces milieux, les consommateurs peuvent utiliser différentes substances — parfois sans connaître exactement leur composition — afin d’augmenter l’endurance, l’euphorie ou la sensation de détachement. Le problème est que le marché actuel des drogues illicites est extrêmement instable : plusieurs produits vendus comme du GHB, de la méthamphétamine, de la kétamine ou des opioïdes peuvent être coupés avec des substances beaucoup plus dangereuses, dont la médétomidine.
Cette réalité augmente considérablement les risques de surdose, surtout dans des contextes où plusieurs substances sont consommées simultanément, où la fatigue s’accumule et où les utilisateurs peuvent tarder à reconnaître les signes d’une détresse médicale grave.
Sous quelle forme la médétomidine circule-t-elle dans la rue?
Dans la rue, la médétomidine n’est généralement pas vendue sous son nom propre. Elle apparaît surtout comme substance de coupe dans des drogues déjà présentes sur le marché illicite, notamment le fentanyl et certains opioïdes synthétiques.
Les analyses toxicologiques effectuées en Amérique du Nord montrent qu’elle peut se retrouver sous différentes formes :
- poudre blanche ou beige mélangée à du fentanyl ;
- comprimés contrefaits ;
- résidus dans des sachets de poudre vendus comme héroïne, fentanyl ou « down » ;
- parfois dissoute dans des mélanges injectables.
Comme avec la xylazine, les consommateurs ignorent souvent sa présence. Elle est ajoutée pour prolonger ou modifier l’effet sédatif des opioïdes, mais cela augmente fortement les risques de perte de conscience prolongée, d’arrêt respiratoire et de complications cardiovasculaires.
Que faire en cas de détresse liée à la médétomidine?
Si une personne semble en détresse après avoir consommé une drogue pouvant contenir de la médétomidine, il faut considérer la situation comme une urgence médicale immédiate. Les symptômes peuvent inclure une perte de conscience profonde, une respiration très lente ou absente, des lèvres bleutées, un ralentissement important du cœur, une faiblesse extrême ou une incapacité à se réveiller.
Pendant ce temps, il faut appeler immédiatement le 911, surveiller la respiration et maintenir les voies respiratoires dégagées. Si la personne ne respire plus ou respire à peine, la respiration artificielle est essentielle. Les intervenants en réduction des méfaits recommandent souvent de privilégier la ventilation au masque ou le bouche-à-bouche lorsqu’une respiration artificielle est possible, car la dépression respiratoire demeure le principal danger.
Si la personne respire mais reste inconsciente, il faut la placer en position latérale de sécurité pour éviter l’étouffement en cas de vomissements. Il ne faut jamais la laisser seule.
Contrairement à certaines idées reçues, l’eau froide, les claques ou le fait de faire marcher la personne ne sont pas des solutions efficaces contre ce type d’intoxication sévère. Les effets peuvent durer longtemps et nécessiter une surveillance médicale avancée en milieu hospitalier.
Les conseils des organismes de réduction des méfaits
Les organismes de réduction des méfaits recommandent également d’éviter de consommer seul, d’utiliser des services de vérification des drogues lorsqu’ils sont disponibles, d’avoir de la naloxone accessible en tout temps et de tester une très petite quantité avant une consommation complète. Ils suggèrent aussi d’aviser les proches ou les intervenants lorsqu’un nouveau lot circule dans un secteur.
PUBLICITÉ

À LIRE AUSSI