Hommage et controverse : Didier Castell-Jacomin et Matthew Shepard

Photo Didier Castell-Jacomin

Roger-Luc Chayer ( Photo : Didier Castell-Jacomin / didiercastelljacomin.com)

L’empathie parfois excessive

Il y a des moments dans la vie où l’empathie peut parfois être excessive, au point de ne plus refléter la réalité. Dans certains cas, notamment lorsqu’il s’agit de personnalités publiques ou de personnes comme Matthew Shepard, assassiné brutalement en 1998 par deux individus simplement parce qu’il était homosexuel, il devient essentiel de rétablir les faits, au moins pour préserver la mémoire et la réputation de Matthew Shepard.

Le 12 octobre dernier, le monde commémorait la date de sa mort, et les messages de sympathie se multipliaient sur les réseaux sociaux. Sur la page de Gay Globe et celle du groupe Facebook Village Montréal Officiel, ma publication seule a généré plus de 130 000 interactions.

Un pianiste bien empathique qui étire un peu la sauce

Selon son CV publié en ligne, Didier Castell-Jacomin est un pianiste français né à Marseille le 1er mai 1970. Dès l’âge de quatre ans, il commence l’étude du piano, une passion nourrie par son grand-père. Après des études au Conservatoire de Nice, il poursuit sa formation auprès de Catherine Collard et Fausto Zadra, disciple de Vincenzo Scaramuzza.

Sa carrière prend un tournant majeur en 1991 lorsqu’il interprète le concerto K.414 de Mozart lors de concerts d’amitié France-Québec à Nice, dirigés par Roger-Luc Chayer. Ce premier succès l’amène à se produire dans des salles prestigieuses telles que la Philharmonie de Berlin, le Concertgebouw d’Amsterdam et le Carnegie Hall de New York. Sa discographie comprend des œuvres de Mozart, Beethoven, Schumann, ainsi que des compositrices comme Clara Schumann et Mel Bonis.

En 2020, il rejoint le cercle des « Steinway Artists ». Parallèlement, il fonde la Klassika International Foundation et le festival « Wave of Art » à Maastricht, mettant en avant des artistes internationaux. Sa vision artistique combine virtuosité technique et engagement culturel, faisant de lui une figure incontournable de la scène musicale contemporaine.

Une relation personnelle avec Didier Castell-Jacomin

Je connais Didier personnellement depuis 1991 et nous avons eu de nombreuses interactions depuis lors, notamment en produisant en 2012 deux de ses CD sous le label Disques A Tempo, une division de Gay Globe.

Didier est un musicien profondément sensible, doté d’un cœur généreux, et sa générosité se manifeste autant dans sa carrière que dans sa vie privée.

Captures d’écran de la page Facebook de Didier Castell-Jacomin

Des affirmations inexactes

Le 12 octobre à 13h06, Didier Castell-Jacomin publiait un message pour commémorer la mémoire de Matthew Shepard, accompagné d’une série d’affirmations pour le moins surprenantes. Dans les commentaires sous sa propre publication, il ajoutait « I knew him personels », semblant vouloir dire qu’il avait connu Matthew Shepard personnellement. Un cœur venait d’ailleurs d’être ajouté à ce commentaire, également par lui-même, suivi d’un autre commentaire en réponse au premier, où il se répondait à lui-même avec « Me as well », signifiant « Moi aussi ».

Il se parlait donc à lui-même. Jusque-là, on peut simplement questionner son état d’esprit, publier de tels commentaires auto-soutenus et s’auto-apprécier, mais le plus préoccupant reste l’affirmation, répétée deux fois, selon laquelle il aurait connu Matthew Shepard personnellement. Rappelons que Matthew Shepard est décédé en 1998 dans le Wyoming.

Bien que Matthew ait fréquenté des institutions scolaires en Arabie Saoudite et en Suisse, rien ne permet d’affirmer que Didier et Matthew se connaissaient personnellement.

Comme je le mentionnais plus haut, je connais très bien Didier Castell-Jacomin, ayant été le chef d’orchestre qui a dirigé l’orchestre à Nice en 1991 pour le concert inaugural de Didier. Malheureusement, ce n’est pas la première fois que Didier est impliqué dans des affirmations inexactes ayant eu des conséquences sur ma propre carrière.

Par exemple, il y a de nombreuses années, Didier m’avait fait parvenir une trame musicale symphonique rendant hommage à l’amour homosexuel, me disant qu’il en était l’auteur. Heureux d’entendre ce qui me semblait être un chef-d’œuvre et souhaitant l’encourager, j’avais publié cette trame sur mon site personnel, jusqu’à ce que je reçoive une réclamation sévère d’une importante société américaine d’Hollywood m’informant que j’utilisais illégalement la trame d’un de leurs films. Quelle horreur. J’ai dû expliquer la situation à la société concernée, m’excuser et retirer ma publication.

Quelle est la frontière entre une saine empathie et une empathie toxique ?

Il est plausible qu’une empathie excessive, combinée à un désir de se rapprocher émotionnellement d’une figure symbolique comme Matthew Shepard, puisse amener quelqu’un à exagérer ou même à inventer une relation personnelle. Dans le cas de Didier Castell-Jacomin, ses commentaires sur les réseaux sociaux laissant entendre qu’il connaissait Matthew Shepard pourraient refléter ce type de mécanisme psychologique : le besoin de se sentir connecté à l’histoire ou à la cause qu’il commémore, plutôt qu’un lien réel et vérifiable.

Cela ne justifie pas l’affirmation inexacte, mais cela peut expliquer son comportement sous l’angle de l’empathie maladive ou d’un désir de s’identifier à un événement ou à une personne qui suscite une forte émotion. Ce type de situation montre comment l’émotion et l’ego peuvent parfois se mêler à la mémoire historique, produisant des affirmations fausses malgré une intention peut-être sincère de rendre hommage.

Quelques faits importants à savoir

Il est toutefois important de noter que Didier éprouve une réelle préoccupation pour le sort qui a été réservé à Matthew Shepard. En 2019, il a commandé à la compositrice Véronique Bracco une œuvre pour piano solo, Plus fort que la haine, en mémoire de Matthew Shepard, qu’il a ensuite interprétée dans plusieurs concerts. C’est là que s’arrête le lien entre Matthew Shepard et Didier Castell-Jacomin.

On peut d’ailleurs entendre l’oeuvre interprétée par Véronique Bracco elle-même en concert ici.

On peut aussi entendre un extrait de l’oeuvre interprétée par Didier Castell-Jacomin lui même ici.

On peut voir la vidéo du concert inaugural de Didier, en 1991, sous ma direction symphonique ici.

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