
Arnaud Pontin avec Roger-Luc Chayer (Image : IA / Gay Globe)
Allons droit au but : le président américain Donald Trump est en train de provoquer un carnage inégalé pour les habitants de Cuba. À la suite de sa prise de position concernant le Venezuela et de l’interdiction de livrer du pétrole vénézuélien à Cuba, l’île est actuellement à court de pétrole et d’essence, ce qui entraîne la fermeture quasi totale du pays.
Impact sur l’industrie, les services et la vie quotidienne à Cuba
Toute l’industrie du pays, les hôpitaux, les transports publics et privés, les écoles ainsi que tout le secteur de l’alimentation n’ont plus d’électricité, habituellement générée par des centrales au mazout, ce qui provoque une pénurie historique de nourriture, de médicaments et de soins médicaux. C’est comme si le monarque des États-Unis avait décidé, du jour au lendemain, de débrancher le principal fil électrique de l’île, sans se soucier une seule seconde du sort des Cubains.
Les observateurs sur place, du moins ceux qui parviennent encore à communiquer avec l’extérieur, décrivent une scène digne des pires scénarios de science-fiction. Les habitants de Cuba seraient condamnés à une lente asphyxie, et Trump ne ferait rien pour alléger la situation, ne serait-ce que d’un point de vue humanitaire.
Aide internationale pour Cuba
Plusieurs pays tentent, tant bien que mal, de livrer des marchandises et du pétrole à la perle des Caraïbes. Selon les informations disponibles :
Mexique envoie de l’aide humanitaire à Cuba
Mexique envoie de l’aide humanitaire à Cuba : navires avec nourriture et produits de première nécessité — le gouvernement mexicain a envoyé de l’aide malgré les pressions des États-Unis.
Russie fournit du pétrole pour Cuba
La Russie prépare l’acheminement de pétrole brut et de carburant vers Cuba comme forme d’aide humanitaire malgré les menaces de sanctions américaines.
La Chine soutient Cuba dans la crise énergétique
La Chine a déclaré qu’elle était prête à aider Cuba face à la crise énergétique, avec un soutien diplomatique affirmé et des promesses d’assistance « dans la mesure de ses capacités ».
Le Venezuela et l’aide humanitaire à Cuba
Le Venezuela a expédié de l’aide humanitaire, notamment du matériel médical et des biens de première nécessité.
La Colombie envoie de l’aide alimentaire et énergétique
La Colombie a envoyé des tonnes d’aide comprenant nourriture, eau et combustibles pour aider la population touchée par les pénuries et les catastrophes naturelles.
Soutien de l’Union européenne et des organisations internationales
Des pays de l’Union européenne et d’autres pays (Inde, Qatar, Japon, République dominicaine, Panama, Suisse) figurent parmi ceux qui ont apporté ou coordonné des formes d’assistance internationale via leurs agences ou programmes.
Des organisations internationales comme le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et la Fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (IFRC) ont aussi fourni ou organisé des expéditions d’aide humanitaire.
Le Canada devrait se joindre à l’effort humanitaire sous peu, mais le président Trump bloque systématiquement ou sanctionne quiconque tente de venir en aide au pays, sous prétexte que les Cubains souhaiteraient changer de gouvernement. Or, personne à Cuba n’a été consulté à ce sujet. Pire encore, l’affirmation de Trump reviendrait à dire que le peuple cubain accepterait de se sacrifier pour provoquer un changement de régime, ce qui est faux.
Crimes contre l’humanité et génocide : analyse juridique
Est-ce que le président Trump et les États-Unis pourraient faire l’objet d’accusations de crimes contre l’humanité, voire de génocide ?
Pour répondre à votre question, il faut d’abord rappeler les définitions juridiques des crimes contre l’humanité et du génocide, telles qu’elles figurent dans le Statut de Rome de la Cour pénale internationale (CPI, 1998) et le droit international coutumier.
Définition des crimes contre l’humanité
Un crime contre l’humanité implique une attaque généralisée ou systématique contre une population civile, avec conscience de l’attaque. Cela peut inclure le meurtre, l’extermination, la réduction en esclavage, la déportation, la torture, la privation grave de liberté, les persécutions pour des motifs politiques, raciaux ou religieux, et d’autres actes inhumains. L’élément clé est que l’acte s’inscrit dans une politique ou pratique systématique, et non un incident isolé.
Définition du génocide
Le génocide, quant à lui, est défini par l’intention de détruire, totalement ou partiellement, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, en tout ou en partie. Cela inclut le meurtre de membres du groupe, la cause de graves atteintes physiques ou mentales, la soumission intentionnelle à des conditions de vie visant à détruire le groupe, la prévention des naissances ou le transfert forcé d’enfants. L’élément distinctif du génocide est donc l’intention spécifique de détruire un groupe protégé.
Application à la situation de Cuba
Appliqué à la situation évoquée avec Cuba : les sanctions et le blocage de l’aide humanitaire par les États-Unis pourraient être analysés sous l’angle du droit international si ces mesures causent des souffrances massives à la population civile et si elles s’inscrivent dans une politique délibérée visant à affaiblir ou punir le peuple cubain pour des motifs politiques. Cela pourrait relever des crimes contre l’humanité si les actes sont systématiques et causent des dommages graves à grande échelle.
Pour le génocide, il faudrait démontrer que l’objectif des actions est d’éradiquer, en tout ou en partie, le peuple cubain en tant que groupe national ou ethnique. La simple pression politique ou économique, même brutale, ne suffit pas légalement à qualifier de génocide sans preuve d’intention de destruction ciblée du groupe.
Les communautés LGBT à Cuba et la crise humanitaire
Est-ce que les communautés LGBT à Cuba, qui se sont tant épanouies ces dernières années, sont également en danger ?
Bien évidemment ! Il existe aujourd’hui à Cuba des communautés LGBT clairement visibles et organisées, bien qu’elles se situent dans un contexte social et politique encore complexe où l’organisation indépendante reste limitée.
Histoire du mouvement LGBT à Cuba
Le mouvement LGBT à Cuba a une histoire particulière. Pendant des décennies après la révolution de 1959, les personnes homosexuelles ont été ostracisées par l’État et envoyées dans des unités de travail forcé appelées UMAP dans les années 1960, où homosexuels et dissidents étaient internés (bien que l’État cubain minimise ce passé). L’homosexualité a été dépénalisée en 1979, mais la discrimination sociale et institutionnelle a persisté longtemps après.
Organisation et visibilité actuelles des communautés LGBT à Cuba
- Dans certaines villes, il existe aussi des espaces culturels LGBT bien établis, comme El Mejunje à Santa Clara, un centre culturel ouvert aux personnes LGBT et allié·es depuis les années 1980.
- Il existe des organisations et acteurs communautaires qui militent pour les droits LGBT, comme le Observatorio Cubano de los Derechos (OBCUD) à La Havane, qui travaille à promouvoir et défendre les droits de la communauté LGBT sur l’île.
- Le Centre national d’éducation sexuelle (CENESEX), financé par l’État, joue un rôle majeur dans la sensibilisation à la diversité sexuelle et dans les campagnes pour les droits LGBT, sous la direction de Mariela Castro Espín, une figure très visible de la cause LGBT à Cuba.
- Des événements publics ont lieu, tels que des marches contre l’homophobie / pour l’égalité LGBT et des parades similaires à une Gay Pride à La Havane, qui rassemblent des centaines ou parfois plus de participants pour célébrer les avancées légales et sociales envers les personnes LGBT.
La crise liée aux sanctions ne vise pas les personnes LGBT spécifiquement, mais elle affecte toute la population cubaine, y compris les communautés LGBT, en rendant plus difficile la vie quotidienne, l’accès aux services, et les efforts d’organisation communautaire. Mais les personnes LGBT peuvent souffrir plus fortement de la récession économique parce qu’elles sont souvent déjà socialement marginalisées ou économiquement vulnérables, mais pas à cause d’une répression ciblée liée à ces sanctions. Les difficultés proviennent surtout de facteurs économiques généraux imposés à toute la société cubaine.
Un monde en danger sous Donald Trump
Le monde vacille sous les décisions quotidiennes du président des États-Unis. Jusqu’où s’étendra la folie destructrice de Donald Trump, et combien de temps les Américains continueront-ils à le laisser mener son œuvre à bien ?
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