
Groupe Gay Globe Média (Image : IA / Gay Globe)
Un média fantôme dénoncé : une plainte vise le site Montréal-Minute.com
Le 26 janvier 2026, à Montréal, Roger-Luc Chayer, représentant de Gay Globe Média, a déposé une plainte auprès du Conseil de presse du Québec contre le site Montreal-Minute.com, qu’il décrit comme un « média fantôme ».
Une plainte contre un site qui se présente comme un média québécois
Selon lui, ce site se présente comme un média québécois d’actualité, mais n’existerait pas réellement en tant qu’organisation journalistique. Il l’accuse notamment d’utiliser l’apparence d’un média pour plagier des contenus provenant de plusieurs autres médias québécois.
Le site Montreal-Minute.com se présente comme une plateforme d’information couvrant divers sujets liés à Montréal, dont la politique, la société, la culture et les faits divers. À première vue, ses articles ressemblent à ceux d’un média indépendant ou d’un blog d’actualité.
Des données techniques qui soulèvent des questions
Cependant, une analyse des données techniques accessibles au public soulève plusieurs interrogations. Le nom de domaine aurait été enregistré en avril 2025, ce qui en fait une plateforme très récente. Les informations de propriété sont masquées par un service de protection de la vie privée, Privacy Protect, LLC, rendant impossible l’identification du propriétaire réel.
Un outil d’évaluation tiers, Scam Détecter, attribue au site un score de confiance de 22,9 sur 100, le qualifiant de « suspicious » ou potentiellement risqué, notamment en raison de l’anonymat du propriétaire et de la nouveauté du domaine.
Un manque total de transparence
Plusieurs éléments demeurent inconnus. Il est impossible d’identifier les personnes ou l’organisation derrière le site. Aucune équipe rédactionnelle ni aucun éditeur ne sont clairement mentionnés. On ignore également s’il s’agit d’un média professionnel, d’un projet personnel ou d’un site à vocation commerciale sans affiliation reconnue. Les sources des contenus publiés ne sont pas non plus précisées.
Un journaliste introuvable
Un autre élément soulevé concerne le seul auteur des articles publiés sur le site, nommé Brin Troussier. Toutes les publications lui sont attribuées, ce qui laisse croire qu’il serait le seul journaliste du média.
Or, aucune information vérifiable ne permet de confirmer l’existence de cette personne en dehors du site. Les recherches en ligne ne révèlent aucune présence dans des bases professionnelles de journalistes, sur LinkedIn, Wikipédia ou dans des médias reconnus. Une discussion sur un forum indépendant souligne également que ce nom semble uniquement associé à Montreal-Minute.com.
Une enquête menée par un média spécialisé dans l’analyse des faux médias locaux indique par ailleurs que des noms comme Brin Troussier, Matilda Honet ou Solden apparaissent fréquemment dans des contenus automatisés ou générés par intelligence artificielle, sans preuve qu’il s’agisse de véritables journalistes.
Des éléments de preuve présentés
Dans sa plainte, Roger-Luc Chayer présente plusieurs éléments à l’appui. Il affirme que l’adresse indiquée sur la page Facebook du site est fausse. Il mentionne également l’existence d’un article de Radio-Canada portant sur une enquête liée à Montreal-Minute.com et en tirant des conclusions jugées préoccupantes.
Il souligne que tous les articles sont signés par une seule personne dont l’existence ne peut être confirmée, que les tentatives de communication avec le site sont restées sans réponse et que le registre du nom de domaine ne permet pas d’identifier un propriétaire ou une adresse.
Selon lui, le compte X associé au site ne comporte que deux publications depuis sa création. De plus, aucune inscription de Montreal-Minute.com n’a été trouvée au Registre des entreprises du Québec. Enfin, le site lui-même ne fournirait aucune information permettant d’identifier un propriétaire, un éditeur ou une adresse.
Les dangers des médias fantômes
Au-delà du cas spécifique, la plainte soulève la question plus large des « médias fantômes ». Selon Roger-Luc Chayer, ces plateformes devraient être interdites en raison des risques qu’elles représentent pour l’information et le public.
Il évoque notamment la propagation possible de désinformation, en l’absence de processus rigoureux de vérification des faits. L’anonymat de ces sites rend difficile toute forme de responsabilité, ouvrant la porte à des manipulations ou à des conflits d’intérêts cachés.
Ces médias pourraient également perturber le paysage médiatique en concurrençant des organes de presse légitimes, parfois en reprenant leur contenu sans autorisation, ce qui fragilise leur modèle économique.
Il souligne aussi les impacts potentiels sur la démocratie, une information biaisée pouvant nuire à la capacité des citoyens de prendre des décisions éclairées. Enfin, l’absence de transparence complique toute démarche juridique en cas de diffamation ou de violation de droits.
Une demande adressée au Conseil de presse
Pour l’ensemble de ces raisons, Roger-Luc Chayer demande au Conseil de presse du Québec de recevoir sa plainte et de reconnaître Montreal-Minute.com comme un faux média, en mettant en lumière les dangers que ce type de plateforme peut représenter.
DÉCISION DU CONSEIL DE PRESSE DU QUÉBEC
Le Conseil de presse juge irrecevable une plainte visant un « média fantôme » généré par IA
Le 26 janvier 2026, Roger-Luc Chayer, représentant de Gay Globe Média, a déposé une plainte contre le site Web Montréal-Minute.com, qu’il qualifie de « média fantôme ». Il soutient que ce site ne possède ni adresse ni inscription au registre des entreprises, que son seul « journaliste » n’existe pas, qu’il a déjà fait l’objet d’enquêtes médiatiques et qu’il ne permet aucune interaction avec le public.
Une plainte jugée irrecevable par le Conseil de presse
Le dossier a été étudié par le comité de recevabilité du Conseil de presse du Québec, qui devait d’abord déterminer si Montréal-Minute.com pouvait être considéré comme un média d’information au sens du Guide de déontologie journalistique. Ce guide s’applique en effet autant aux journalistes qu’aux médias d’information, définissant ces derniers comme toute entité produisant ou diffusant du contenu journalistique destiné au public.
Dans sa décision rendue le 13 mars 2026, le comité conclut que Montréal-Minute.com ne répond pas à cette définition et ne peut donc pas être considéré comme un média d’information. Par conséquent, la plainte a été jugée irrecevable.
L’intelligence artificielle au cœur de la décision
Le Conseil de presse rappelle qu’il traite les plaintes liées au travail journalistique effectué par des êtres humains. La déontologie journalistique repose sur des principes moraux qui ne peuvent s’appliquer à des systèmes d’intelligence artificielle, dépourvus de conscience. Ainsi, un texte entièrement généré par l’IA ne constitue pas du contenu journalistique, puisqu’il ne résulte pas d’un travail original au service du public et ne peut respecter les normes déontologiques.
Le comité souligne que la prolifération de sites générés par intelligence artificielle représente un phénomène mondial. Ces plateformes, parfois qualifiées de « médias fantômes » ou de « pink slime journalism », imitent l’apparence de véritables médias locaux. Elles utilisent notamment des techniques de moissonnage de contenu (« scraping ») pour reprendre des articles existants, les reformuler automatiquement et générer du trafic ainsi que des revenus publicitaires.
Un phénomène mondial de désinformation
Selon le Conseil, ce type de production ne peut être assimilé à du journalisme. L’intelligence artificielle, qui se nourrit de contenus existants, ne peut ni effectuer de travail de terrain ni exercer un jugement éditorial. Elle constitue ainsi, dans ce contexte, l’antithèse du travail journalistique.
Le phénomène s’inscrit dans un environnement où la désinformation est en forte croissance. Des organisations comme NewsGuard ont recensé des milliers de sites d’information générés par IA en 2025, tandis que des initiatives comme Indicator cherchent à fournir au public des outils pour identifier ces contenus. Les réseaux sociaux contribuent à la diffusion rapide de ces fausses nouvelles, augmentant les risques de confusion pour les lecteurs.
Un site sans transparence ni crédibilité
Dans son analyse, le comité note le manque quasi total de transparence entourant Montréal-Minute.com. Le site ne fournit aucune information sur son organisation, ses propriétaires ou son équipe, et ne propose aucun moyen de contact. Le seul auteur identifié, nommé « Brin Troussier », ne semble pas exister en dehors du site.
De plus, le contenu publié semble provenir d’autres médias et avoir été généré à l’aide de l’intelligence artificielle. Aucun nouvel article n’a été publié depuis le 7 novembre 2025, date à laquelle la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) a dénoncé publiquement l’usage de l’IA pour tromper le public, mentionnant notamment ce site.
Dans ces conditions, le comité conclut qu’il est impossible de confirmer que le contenu du site est produit par des humains, ni d’identifier une structure éditoriale indépendante. Ces éléments sont essentiels pour reconnaître un média d’information au sens du Conseil de presse.
Une mise en garde au public
La décision finale est donc claire : la plainte de Roger-Luc Chayer est jugée irrecevable, puisque Montréal-Minute.com ne constitue pas un média d’information. Le Conseil de presse en profite pour mettre en garde le public et l’invite à faire preuve de vigilance face à ces faux sites qui imitent l’apparence de médias crédibles.
La décision a été rendue par un comité composé de Renée Madore, présidente du comité de recevabilité et représentante du public, Jessica Nadeau, représentante des journalistes, et Marie-Andrée Chouinard, représentante des entreprises de presse.
NDLR : La plainte de Gay Globe a été rejetée, le Conseil n’examinant que les plaintes concernant de véritables médias, Montréal-Minute étant reconnu comme un faux média. Toutefois, le Conseil a reconnu l’ensemble de l’argumentaire présenté par Gay Globe, validant nos observations.
PUBLICITÉ
