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Carle Jasmin (Image : IA / Gay Globe)
Quand on parle de fortunes gays, on imagine souvent un club fermé, glamour, influent… presque une sorte d’élite bien alignée. La réalité est beaucoup plus nuancée, et franchement plus intéressante.
Peter Thiel
Le nom qui revient presque toujours en tête, c’est Peter Thiel. Cofondateur de PayPal et premier investisseur majeur de Facebook, il est souvent présenté comme l’homme gay le plus riche du monde. Mais ce qui frappe chez lui, ce n’est pas seulement sa fortune. C’est le fait qu’il ne correspond pas du tout à l’image qu’on se fait habituellement d’un milliardaire gay. Discret sur sa vie privée, avec des positions politiques parfois à contre-courant, il casse un peu les clichés. Ce n’est pas une icône pop ou militante, et c’est justement ce qui rend son profil intrigant.
Peter Thiel est une figure atypique du monde des affaires, autant pour son influence que pour la manière dont il aborde sa vie personnelle. Né en 1967 en Allemagne et élevé en partie aux États-Unis, il se fait connaître comme cofondateur de PayPal avant de devenir l’un des premiers investisseurs de Facebook.
Pendant longtemps, Thiel reste très discret sur son orientation sexuelle. Ce n’est qu’en 2007 qu’il est publiquement identifié comme gay, sans mise en scène ni déclaration militante. Fidèle à son style, il ne transforme pas cet aspect de sa vie en étendard, préférant le considérer comme un élément privé plutôt qu’un engagement public.
Sur le plan personnel, il a épousé son partenaire de longue date, Matt Danzeisen, en 2017 lors d’une cérémonie discrète. Là encore, peu de médiatisation, peu de commentaires : Thiel maintient une séparation nette entre sa vie privée et son rôle public.
David Geffen
Dans un registre complètement différent, il y a David Geffen. Là, on est dans un univers beaucoup plus proche de ce que les gens associent spontanément à la culture gay : la musique, le cinéma, les grandes soirées hollywoodiennes. Fondateur de Geffen Records et cofondateur de DreamWorks SKG avec Steven Spielberg et Jeffrey Katzenberg, Geffen a construit sa fortune en travaillant avec des artistes, en produisant des films, en façonnant la culture populaire. Son parcours est plus “visible”, plus narratif aussi. Et il a beaucoup donné à des causes sociales, ce qui renforce son image publique.
Pendant une grande partie de sa carrière, Geffen reste discret sur sa vie personnelle, à une époque où l’homosexualité est encore largement taboue dans les hautes sphères d’Hollywood. Ce n’est qu’au début des années 1990 qu’il s’affiche plus ouvertement comme gay, sans en faire un geste militant spectaculaire, mais avec une forme de normalisation progressive.
Contrairement à certaines figures plus réservées, il évolue dans un univers — la musique et le cinéma — où la présence de personnalités LGBTQ+ est plus visible, même si elle reste souvent implicite. Sa réussite s’inscrit donc aussi dans cette transition culturelle, où être gay devient peu à peu compatible avec une position de pouvoir publique.
Geffen n’a jamais construit son image autour de son orientation sexuelle, mais il a soutenu de nombreuses causes, notamment liées à la santé et à la lutte contre le VIH / sida, particulièrement dans les années où la crise du sida frappait durement la communauté gay.
Sur le plan personnel, il est resté relativement privé, malgré quelques relations médiatisées au fil des années. Comme pour sa carrière, il a toujours privilégié le contrôle de son image et de son récit.
Jon Stryker
Puis il y a des profils comme Jon Stryker, moins connus du grand public mais tout aussi puissants. Héritier de Stryker Corporation, une entreprise de matériel médical, il a choisi de consacrer une partie importante de sa fortune à des causes progressistes, notamment liées aux droits LGBTQ+. C’est un autre type d’influence, plus discrète, plus ancrée dans le long terme.
Jon Stryker incarne un profil plus discret, mais tout aussi influent, parmi les grandes fortunes ouvertement gays. Contrairement à d’autres milliardaires, Stryker n’a jamais cherché la lumière médiatique. Ouvertement gay, il ne fait pas de son orientation un élément de mise en scène, mais l’intègre naturellement à son parcours, notamment à travers ses engagements. C’est surtout dans la philanthropie qu’il s’impose, en consacrant une part importante de sa fortune à des causes sociales et progressistes.
Il est notamment connu pour son soutien actif aux droits LGBTQ+, à la justice sociale et à certaines initiatives politiques, principalement via des fondations qu’il finance. Son approche est pragmatique : agir en coulisses, soutenir des organisations, influencer sur le long terme plutôt que par des prises de position publiques spectaculaires.
Une diversité de trajectoires
Ce qui est fascinant, c’est que ces hommes n’ont presque rien en commun, à part leur richesse et le fait d’être ouvertement gays. Ils n’évoluent pas dans les mêmes milieux, ne partagent pas les mêmes idées, ni les mêmes priorités. Il n’existe pas une “façon d’être” un milliardaire gay. Et surtout, ils ne forment pas un groupe uni ou organisé. Ce n’est pas une communauté économique soudée, contrairement à ce que certains pourraient imaginer.
Il y a aussi un point important qu’on oublie souvent : on parle ici uniquement des hommes qui sont publiquement gays. Dans les très hautes sphères de pouvoir, beaucoup de gens restent discrets sur leur vie privée. Donc il est tout à fait possible — même probable — que certains hommes encore plus riches soient gays sans que cela soit connu. Autrement dit, le classement est forcément incomplet.
Autre réalité intéressante : la majorité de ces grandes fortunes visibles vient des États-Unis. Ce n’est pas un hasard. C’est un pays où, malgré toutes les contradictions, il est plus facile d’assumer publiquement son orientation sexuelle tout en restant dans les cercles du pouvoir. Dans d’autres régions du monde, ce serait beaucoup plus risqué, voire impossible. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de milliardaires gays ailleurs, mais simplement qu’ils restent dans l’ombre.
Une image médiatique contrastée
Et puis il y a l’image qu’on se fait de tout ça. Pendant longtemps, les médias ont adoré raconter des histoires de réussite “inspirantes” : des hommes gays partis de rien, qui réussissent, qui s’assument, qui deviennent des symboles. C’est un récit qui fonctionne bien, qui rassure aussi. Mais la réalité est plus contrastée. Tous ne sont pas militants, tous ne cherchent pas à représenter qui que ce soit, et certains préfèrent même rester en retrait.
Ce qui crée parfois un décalage, c’est l’idée que ces grandes fortunes représenteraient la communauté dans son ensemble. En réalité, c’est loin d’être le cas. La vie quotidienne de beaucoup de personnes LGBTQ+ n’a rien à voir avec celle de milliardaires. Il existe encore des inégalités importantes, de la précarité, des situations d’isolement. Le succès de quelques-uns ne doit pas masquer ces réalités.
Cela dit, leur présence au sommet reste significative. Il y a quelques décennies, il aurait été très difficile, voire impossible, d’imaginer des hommes ouvertement gays atteindre un tel niveau de richesse tout en restant visibles. Aujourd’hui, c’est une réalité. Cela ne veut pas dire que tout est réglé, mais ça montre que certaines barrières ont bougé.
Au fond, la question “qui est l’homme gay le plus riche du monde ?” est presque un point de départ. Derrière, il y a quelque chose de plus intéressant : une diversité de parcours, de visions et de choix de vie. Certains utilisent leur fortune pour influencer la politique, d’autres pour soutenir des causes, d’autres encore pour rester totalement en dehors du regard public.
Et c’est peut-être ça, la vraie réponse : il n’y a pas un modèle, pas une histoire unique, mais une multitude de trajectoires qui, mises ensemble, racontent une évolution plus large de la place des personnes gays dans les sphères de pouvoir.
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