Abaucin : le premier antibiotique découvert grâce à l’IA

Photo médicale

Roger-Luc Chayer, selon CNN (Photo: Matt Clarke/McMaster University)

Grâce à l’intelligence artificielle, des chercheurs affirment avoir mis la main sur un tout nouveau type d’antibiotique capable de s’attaquer à une bactérie redoutée, résistante à presque tous les traitements connus.

Lorsqu’ils l’ont testé sur des souris infectées par ce « supermicrobe », les résultats ont été prometteurs : la croissance de la bactérie a été freinée, ce qui laisse penser que la méthode pourrait servir à concevoir d’autres antibiotiques ciblés contre des pathogènes tout aussi coriaces.

Plus impressionnant encore, ce nouveau composé — baptisé abaucin — a montré son efficacité contre 41 souches différentes de Acinetobacter baumannii, une bactérie hospitalière tristement célèbre pour sa résistance. Évidemment, avant d’en arriver à une utilisation chez l’humain, des ajustements et des essais cliniques seront nécessaires.

Mais ce n’est pas tout : l’abaucin a un super-pouvoir rare. Contrairement aux antibiotiques à large spectre qui tuent un peu tout sur leur passage (y compris les bonnes bactéries), celui-ci ne s’en prend qu’à sa cible, sans bouleverser le reste du microbiote. En somme, c’est un tireur d’élite, pas un bulldozer.

Et selon les chercheurs, cette précision chirurgicale pourrait même ralentir l’apparition de nouvelles résistances, un problème majeur dans le monde médical.

L’étude a été publiée dans la revue Nature Chemical Biology. Pour l’instant, l’antibiotique n’a été testé que sur des modèles animaux, mais la méthode employée pour le découvrir pourrait bien révolutionner la recherche pharmaceutique.

Tout a commencé avec une bactérie particulièrement agressive : Acinetobacter baumannii. Présente surtout dans les hôpitaux, elle aime s’installer sur les poignées de porte, les surfaces métalliques ou les équipements médicaux. Elle est aussi championne du recyclage génétique : elle capte l’ADN d’autres bactéries pour s’armer contre les médicaments. C’est ce qu’on appelle, en laboratoire, un « pathogène professionnel ».

Elle provoque des infections sévères de la peau, du sang ou des poumons, et selon les CDC américains, elle fait partie des bactéries les plus urgentes à combattre avec de nouveaux traitements. Une étude récente a même révélé qu’un patient hospitalisé sur quatre infecté par cette bactérie résistante aux antibiotiques puissants mourait dans le mois suivant son diagnostic.

Pour trouver une arme efficace, les chercheurs de l’université McMaster (Canada), en collaboration avec le Broad Institute (MIT/Harvard), ont testé plus de 7 500 molécules sur des cultures de la bactérie en laboratoire. Résultat : 480 d’entre elles ont ralenti ou bloqué sa croissance.

Cette montagne de données a ensuite été digérée par un modèle d’intelligence artificielle, entraîné pour détecter les composés les plus prometteurs. Une fois « dressé », le modèle a passé en revue plus de 6 000 nouvelles molécules en quelques heures — un travail qui aurait pris des mois autrement.

Les chercheurs ont ensuite testé 240 de ces composés en laboratoire, puis réduit la liste à 9. Parmi eux, un seul sortait du lot : une molécule nommée RS102895, initialement étudiée pour traiter le diabète. Elle agit d’une manière totalement inédite : elle bloque un mécanisme interne de la bactérie, l’empêchant de faire circuler certains éléments essentiels à sa survie.

Et surtout, elle n’agit que sur Acinetobacter baumannii. Pas sur les autres bactéries. Contrairement aux antibiotiques classiques, elle ne déclenche donc pas une course à la survie chez toutes les bactéries de l’organisme — une course qui mène souvent à l’émergence de super-résistances.

Bref, l’intelligence artificielle vient peut-être de donner un coup d’accélérateur à la lutte contre les infections résistantes. Et abaucin, cette petite molécule venue du futur, pourrait bien être la première d’une longue série.

Pub

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *