Quand l’indignation se croit courage : analyse d’une publication méprisante signée Richard Morneau

Témiscouata-sur-le-Lac

Éditorial et opinion par Roger-Luc Chayer (Photo: Témiscouata-sur-le-Lac – Wikipédia)

Propos irrespectueux envers les itinérants : un cas révélateur au Québec

“Cool ! Je vais devenir itinérant. Je suis logé, nourri pi mon chèque reste entier pour ma drogue ou mon alcool. En plus… on me donne les seringues. Ça c’est la vie. Gagne de fénéants… oui. C’est encore nous autre qui va payer l’entretien, le chauffage et l’électricité. 600 millions pour du monde qui aime avoir de la misère alors qu’on a des enfants autistes qui ont pas de services, des personnes âgés qui ont des besoins spéciaux, des jeunes qui aimeraient faire du CÉGEP ou l’université qui n’ont pas les moyens, etc… etc… Moi les itinérants… plus capable. Pi ! Pensez de mois ce que vous voulez. Au moins je suis pas hypocrite” (SIC)

Le 24 novembre dernier, Richard Morneau, un québécois de Témiscouata-sur-le-Lac, réagissait ainsi à un message publié sur la page Facebook du montréalais Daniel Matte au https://www.facebook.com/dnl.matte dans lequel Monsieur Matte se réjouissait de l’annonce possible d’un investissement de 600 millions du secteur privé et non avec l’agent public pour bâtir environ 2500 logements pour sortir des montréalais de l’itinérance.


Propos méprisants et déconnexion de la réalité montréalaise

Ce genre de propos est non seulement méprisant, mais aussi inacceptable dans une société démocratique comme la nôtre, d’autant plus que cet habitant d’une municipalité située à 500 km de Montréal semble totalement déconnecté de la réalité vécue dans la métropole québécoise.


Discours haineux et Code criminel canadien

Le droit canadien et québécois encadre strictement la question des discours haineux. Le Code criminel prévoit des infractions liées à la propagande haineuse, notamment l’incitation publique à la haine prévue à l’article 319(1) et la promotion volontaire de la haine à l’article 319(2), comme l’explique la Bibliothèque du Parlement ainsi que diverses analyses universitaires. Pour qu’une infraction soit reconnue, les propos doivent viser un groupe identifiable selon la définition du Code criminel, par exemple un groupe déterminé par la race, la religion ou l’origine ethnique, tel que le rappelle le Centre for Free Expression.

La peine maximale peut atteindre deux ans d’emprisonnement selon les circonstances, et des défenses sont prévues dans la loi, notamment lorsque l’auteur des propos peut démontrer la véracité de ceux-ci ou qu’il s’agit d’une opinion exprimée de bonne foi dans le cadre d’un débat d’intérêt public, comme le précise encore la Bibliothèque du Parlement.

Le Code criminel prévoit également que certains crimes peuvent être aggravés lorsqu’ils sont motivés par la haine, un biais ou un préjugé envers un groupe identifié (dans le cas présent, les itinérants, les assistés sociaux, les utilisateurs de drogues), selon le Ministère de la Justice.

Par ailleurs, des réformes législatives sont en discussion, notamment le projet de loi C-9 présenté par le Ministère de la Justice, qui vise à renforcer le régime encadrant les discours haineux. Ces propositions incluent notamment une définition plus précise de la haine, comprise comme un sentiment de détestation ou de vilification, et non comme une simple offense ou blessure émotionnelle, afin de clarifier les critères permettant de déterminer ce qui constitue légalement un discours haineux.


Défi lancé par l’éditeur de Gay Globe

Lorsque ce commentaire a été découvert, l’éditeur de Gay Globe s’est immédiatement empressé de remettre monsieur Morneau à sa place et de lui lancer le défi de venir passer une journée avec lui afin de vivre pleinement la réalité d’un itinérant.

On lui aurait d’abord demandé de se dénuder pour tenter de trouver quelque part des vêtements, comme le font de nombreux itinérants. Il aurait ensuite dû fouiller dans les poubelles ou mendier pour manger un simple snack ou prendre un café. On lui aurait aussi demandé de se trouver un refuge malgré le froid et l’humidité actuels et, comme tout média digne de ce nom, nous l’aurions interviewé vingt-quatre heures plus tard, notamment après une nuit passée dehors, pour voir si son mépris des pauvres et ses préjugés avaient changé et pour savoir s’il avait trouvé réconfort dans l’alcool ou les drogues, puisque selon lui, TOUS les itinérants sont des alcooliques et des drogués sur l’aide sociale.

Mais voilà, Richard Morneau a refusé de relever notre défi.

Gay Globe à M. Morneau : “Vous acceptez mon défi?”
Richard Morneau à Gay Globe : “Ton défi n’est pas le mien. Garde le… moi j’en veux pas” (SIC)


La réalité de l’itinérance à Montréal

Alors aujourd’hui, monsieur Richard Morneau deviendra célèbre grâce au même outil qu’il a utilisé pour cracher son venin sur les itinérants de toutes origines, qui ne sont pas tous drogués ni sur l’aide sociale, il faut le rappeler.

À Montréal, l’itinérance trouve son origine dans un ensemble de facteurs humains, sociaux et économiques qui s’entrecroisent. Beaucoup de personnes se retrouvent à la rue après une succession de ruptures dans leur vie : perte d’emploi, séparation, problèmes de santé physique ou psychologique, absence de réseau familial ou encore hausse du coût des logements qui crée une pression constante sur les personnes les plus vulnérables.

Pour certains, un simple événement déclencheur suffit à faire basculer une situation précaire vers la rue, surtout dans une ville où les loyers augmentent plus vite que les revenus de ceux qui vivent déjà au seuil de la pauvreté. D’autres arrivent à Montréal parce qu’ils espèrent y trouver des services plus accessibles, un refuge, un repas chaud ou un soutien que leur propre région n’offre pas, mais ils découvrent parfois que les ressources sont saturées, ce qui les laisse livrés à eux-mêmes.

Il est important de rappeler que l’itinérance n’a jamais été un phénomène homogène. Beaucoup d’itinérants ne consomment aucune drogue, n’ont pas d’alcoolisme sévère et ne vivent pas nécessairement d’aide sociale. Plusieurs travaillent ou ont travaillé, mais ne gagnent pas assez pour se loger. D’autres souffrent de maladies mentales non traitées parce qu’ils n’ont pas accès aux soins ou qu’ils peinent à s’y maintenir. Certains sont d’anciens professionnels qui ont tout perdu après un deuil, une faillite ou un burn-out. Et il existe aussi des personnes qui ont grandi dans des milieux violents ou institutionnels et pour qui la rue représente paradoxalement une forme de liberté ou d’échappatoire.

Réduire les itinérants à l’image caricaturale du toxicomane ou du « cas social » occulte cette diversité de parcours et empêche de comprendre que l’itinérance est un échec collectif, celui de loger, soutenir et accompagner les citoyens vulnérables avant qu’ils ne glissent dans la marginalité.

Pire encore, les jeunes LGBT sont surréprésentés parmi ces itinérants et, pour plusieurs d’entre eux, ils n’ont pas droit à l’aide sociale et sont loin d’être des alcooliques.


Merci, Richard Morneau, de nous avoir donné l’occasion de rétablir les faits à la suite de votre publication irrespectueuse envers la misère du monde.

Page Facebook de Monsieur Morneau : https://www.facebook.com/lairdrichard.morneau

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