Sébastien Bovet : un retour aux sources du journalisme d’excellence à Radio-Canada

Sébastien Bovet

Opinion par Roger-Luc Chayer (Photo : Radio-Canada)

Journaliste et ancien président de l’Association canadienne des journalistes

En tant que journaliste et ancien président du chapitre montréalais de l’Association canadienne des journalistes, je m’exprime très rarement sur le travail d’autres journalistes. Comme je le dis souvent, chacun a son style : certains excellent dans la communication des nouvelles, d’autres dans le débat. Mais dans le cas présent, en tant que téléspectateur régulier des infos de 18 h tous les jours sur la chaîne de Radio-Canada, je suis souvent confronté à deux personnalités très différentes : Sébastien Bovet, d’une part, et Patrice Roy, d’autre part.


Le style Patrice Roy

Patrice Roy est un journaliste québécois reconnu, surtout pour son rôle de présentateur principal au téléjournal de 18 h sur Radio-Canada. Avec une carrière de plusieurs décennies, il s’est imposé comme une figure emblématique du journalisme télévisé au Québec.

Son style est souvent marqué par une grande rigueur dans la présentation des nouvelles, mais il suscite parfois des débats sur son approche.

Si je prends la parole aujourd’hui, c’est parce que je suis souvent dérangé et déçu par ce que propose Patrice Roy, qui, à la base, devrait être un présentateur de nouvelles, et non un manipulateur d’effets spéciaux pour donner plus d’importance à des sujets qui n’en ont parfois pas.

Que ce soit dans la présentation d’une nouvelle ou dans les commentaires qu’il adresse à ses invités, il cherche toujours à provoquer l’indignation, jouant avec son crayon ou coupant ses phrases au beau milieu pour donner l’impression qu’il réfléchit. Pour la télévision, c’est mauvais.

C’est d’ailleurs ce type de télévision qui m’a fait quitter TVA et LCN, et qui me pousse à presque ne jamais écouter QUB. Ces médias de Québecor, comme le Journal de Montréal que je ne lis plus non plus, cherchent à indigner leurs lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs pour orienter la perception de l’actualité plutôt que de la livrer simplement, sans artifices.

Quand Patrice Roy présente les nouvelles, j’ai tendance à me contenter des grands titres, pour passer le plus vite possible à NBC, ABC ou CBS, qui savent encore transmettre l’information avec rigueur.

Un autre point qui m’agace sincèrement chez Monsieur Roy, c’est qu’à la fin de certains reportages, il invite les auditeurs à envoyer leurs commentaires par courriel alors que, dans les faits — et je l’ai expérimenté à plusieurs reprises — il ne donne jamais suite, ne répond jamais et ne confirme même pas la réception des messages.


Le style Sébastien Bovet

Sébastien Bovet est un journaliste québécois réputé pour son approche authentique et approfondie du reportage. Travaillant notamment à Radio-Canada, il se distingue par son souci du détail et sa capacité à traiter les sujets avec nuance et rigueur. Plutôt que de se limiter à la surface de l’information, Bovet privilégie un journalisme d’investigation et d’analyse, offrant ainsi un regard critique et réfléchi. Son style, plus discret et posé, contraste avec certains présentateurs traditionnels.

La différence entre Patrice Roy et Sébastien Bovet est immense. Bovet sait livrer la nouvelle sans artifice ni formalités, mais toujours avec sincérité dans le regard. Il maîtrise visiblement le rôle de présentateur de nouvelles, et j’aurais tendance à le comparer à Bernard Derome, qui a forgé le style unique de Radio-Canada au Québec.

Par ailleurs, lorsque Sébastien Bovet interroge un invité ou débat d’un sujet d’actualité avec des politiciens ou des personnes en position de pouvoir, c’est là qu’il révèle sa plus grande force : une connaissance approfondie de ses dossiers. Il ne laisse rien passer, devine vos intentions à des kilomètres, et remet rapidement à leur place ceux qui tentent de tromper ses téléspectateurs.


Recommandation pour Radio-Canada

En tant que consommateur des nouvelles de Radio-Canada et de nombreuses autres chaînes, ainsi qu’éditeur d’un groupe média ayant le devoir de livrer l’information telle qu’elle se présente, je souhaite souligner ici l’excellence de Sébastien Bovet. Je recommanderais à Radio-Canada de s’en inspirer davantage afin de restaurer un style qui fait actuellement défaut, notamment au niveau de l’information : un sérieux authentique, sans chercher à créer la nouvelle, mais simplement à la transmettre avec rigueur.

Note additionnelle : Je ne connais personnellement ni Patrice Roy ni Sébastien Bovet, et je ne tire aucun avantage de la publication de cette opinion.

6 comments to “Sébastien Bovet : un retour aux sources du journalisme d’excellence à Radio-Canada”
  1. Je suis tout à fait d’accord avec votre commentaire, M. Chayer. Nous avions l’habitude d’écouter le téléjournal de Radio-Canada mais depuis plusieurs mois, comme vous nous écoutons les grands titres et c’est tout.
    Et j’ajouterais que la place donnée aux nouvelles américaines est disproportionnée par rapport aux nouvelles du Québec et du Canada.
    Et comme vous, je trouve que M. Bovet est plus calme et plus neutre autant dans ses propos que dans ses gestes.

    • Merci Suzanne pour votre commentaire, je suis surpris de voir autant d’opinions similaires à la mienne. Hier l’entrevue avec Claude Charron était excellente du point de vue de Monsieur Charron, j’aurais aimé un peu moins d’effet de toge de la part de Monsieur Roy.

  2. Bonjour, je suis tellement en accord avec ces commentaires. Patrice Roy est un journaliste d’expérience mais il est devenu malheureusement un peu suffisant voulant prendre la vedette exagérément. De ce fait il devient agaçant de le voir manipuler ses lunettes et crayons. Les coupures et les parenthèses dans ces phases nous détourne de la base de l’info qu:il a à livrer.

    Quant à Sébastien Bovet, je suis un fan. Dans chacune de ses interventions on sent le professionnalime et l’inltelligence journalistique. Son ton posé mais ferme dégage une grande possession de ses dossires.

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