Le trollisme anti-LGBTQ+ : quand la haine devient une stratégie sur Facebook

Carle Jasmin Collaborateur de Gay Globe Média, Carle Jasmin contribue régulièrement à la production de contenus journalistiques sur l’actualité et les enjeux contemporains des communautés LGBTQ+. Son travail se caractérise par une démarche de recherche rigoureuse : vérification des faits, consultation de sources variées et mise en perspective des sujets. Il accorde une attention particulière aux dossiers humains et à l’accessibilité de l’information.
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Carle Jasmin (Image : Compte Facebook de Brenda Lopez)

Le trollisme vous connaissez ? Le trollisme, c’est l’art de lancer une provocation sur Internet et de regarder les autres s’énerver. Le troll ne débat pas toujours pour faire avancer une idée : il cherche souvent à provoquer, ridiculiser, exagérer ou pousser son interlocuteur à bout.

Le phénomène est particulièrement visible sur les réseaux sociaux, où une publication volontairement outrancière peut obtenir en quelques minutes des centaines de réactions. Plus les internautes s’indignent, plus le troll considère généralement avoir réussi. La colère devient alors son carburant et l’algorithme, son meilleur allié.

Le trollisme peut prendre plusieurs formes : fausses informations lancées volontairement, commentaires insultants, provocations politiques, attaques personnelles ou affirmations tellement absurdes qu’elles semblent conçues uniquement pour déclencher une réaction. Certains trolls utilisent même une stratégie bien connue : prétendre sérieusement quelque chose qu’ils savent faux, puis accuser ceux qui les contestent de manquer d’humour.

Le problème est que la frontière entre le trollisme, la désinformation et la simple mauvaise foi est parfois très mince. Une provocation répétée peut rapidement contaminer une conversation normale, détourner l’attention du sujet initial et donner une visibilité disproportionnée à celui qui crie le plus fort.

Dans le cas présent, nous avons affaire à une personne qui se présente sous le nom de Brenda Lopez, une identité qui demeure impossible à vérifier puisque son profil Facebook est verrouillé. Ce qui est beaucoup plus facile à vérifier, en revanche, ce sont les nombreux signaux homophobes laissés sur des groupes LGBTQ+, dont Les P’tits LGBT, ainsi que les provocations répétées visant les membres de ces communautés à coups de propos et d’images haineux à notre encontre.

Et voilà comment fonctionne le trollisme : on prend une information réelle, on lui retire volontairement une partie de son contexte, on ajoute une petite dose de provocation et, surtout, on termine par un triomphant « Bonne nouvelle ! ». Pendant la nuit, notre internaute publiait ainsi une nouvelle affirmant que Toyota cessait de commanditer les événements LGBTQ+ pour réorienter ces budgets vers l’innovation et l’éducation. Présentée de cette façon, la nouvelle pouvait évidemment sembler réjouissante pour ceux qui souhaitent voir disparaître tout engagement envers les personnes LGBTQ+.

Sauf qu’il y avait un petit problème : l’information, datant de 2024, était présentée sans plusieurs éléments essentiels à sa compréhension. Toyota n’annonçait pas l’abandon de ses politiques internes de « Diversité, Équité et Inclusion » et ne mettait pas fin à ses engagements envers les personnes LGBTQ+. Il était plutôt question d’une réorientation de certains budgets externes vers de nouveaux programmes internes.

Autrement dit, il fallait simplement lire l’information au complet plutôt que de sélectionner les quelques mots permettant de fabriquer le message souhaité.

C’est précisément là que le trollisme devient plus qu’une simple provocation. Il transforme une information réelle en outil de désinformation par omission. Le but n’est plus d’informer, mais de provoquer une réaction, de susciter l’indignation ou de conforter un public déjà convaincu.

Et lorsque la cible est une communauté LGBTQ+ et que les mêmes procédés sont répétés sur ses propres espaces de discussion, il ne s’agit plus d’un simple débat d’opinions. C’est une stratégie de provocation parfaitement prévisible : lancer l’hameçon, attendre les réactions et se nourrir ensuite de la colère provoquée.

Il y a quatre jours, toujours dans le but apparent de susciter la haine envers les personnes des communautés LGBTQ+, elle publiait un second message au sujet d’un prétendu père d’un garçon de 11 ans qui aurait surpris un jeune de 18 ans en train d’avoir une relation sexuelle avec son fils. Elle allait jusqu’à affirmer que le père l’aurait battu presque à mort, sans toutefois avoir été accusé par les tribunaux, et accompagnait le tout de la mention : « Toujours ces enculés d’homosexuels, bravo à ce papa ».

Une publication qui a évidemment suscité de nombreuses réactions d’indignation de la part des membres du groupe Facebook en question.

Les images publiées sur sa page sont également éloquentes. Dans son image principale, en entête de sa page, elle montre une personne donnant un coup de pied à une autre personne, cette dernière étant représentée avec les couleurs LGBTQ+. Sa photo de profil montre quant à elle des parents avec des enfants sous un parapluie, tentant de se protéger d’une pluie aux couleurs LGBTQ+.

Et lorsqu’elle répond aux questions des membres du groupe qui lui demandent pourquoi elle publie ce genre de contenu, elle répond notamment : « xxx, parce que vous n’êtes que des gros connards », accompagné d’un doigt d’honneur, etc.

Cette personne est l’exemple parfait de l’utilisation des réseaux sociaux, sous couvert d’anonymat, pour susciter la haine contre certains éléments de la société, une situation que Facebook, dans le cas présent, laisse malheureusement passer. Devant de telles situations, il est important de ne pas réagir, de signaler la ou les publications aux administrateurs du groupe et de les signaler également à Facebook dans la section consacrée aux messages haineux.

Au mieux, son compte sera fermé. Au pire, rien ne se passera.

Et bonne nouvelle : avant même que j’aie terminé la rédaction de cet article, le message haineux publié dans le groupe Les P’tits LGBT avait été retiré, soit par les administrateurs du groupe, soit par Facebook à la suite de notre signalement.

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