
Roger-Luc Chayer (Image : générée artificiellement / Gay Globe)
Montée des diagnostics de VIH chez les jeunes : ce que dit réellement Santé publique France
L’Organisation française Stop Homophobie publiait hier sur son compte Instagram une nouvelle alarmante, citant des données de Santé publique France, selon laquelle il y aurait une forte remontée des diagnostics de VIH chez les jeunes de 15 à 24 ans. Stop Homophobie ajoutait que les jeunes sont de plus en plus touchés par le VIH, évoquant une augmentation de 41 % en dix ans et précisant que les jeunes gays demeurent particulièrement exposés en raison d’un intérêt limité pour la PrEP.
Une augmentation présentée comme générale, mais nuancée
Bien que partiellement exacte, cette présentation mélange plusieurs éléments et il est inexact d’affirmer qu’il y aurait une augmentation généralisée chez les jeunes de 15 à 24 ans, pour les raisons suivantes :
Les données de Santé publique France sur 2014-2023
Selon Santé publique France, le rapport 2014-2023 montre qu’entre 2014 et 2023, le nombre de jeunes (15-24 ans) découvrant leur séropositivité VIH a effectivement augmenté de 41 %, tandis que chez les 25-49 ans, le nombre a diminué de 15 %, ce qui est une bonne nouvelle en soi.
En 2023, ce sont 906 jeunes dans cette tranche d’âge qui ont reçu un diagnostic de VIH, ce qui illustre clairement que l’épidémie progresse dans ce segment.
Une hausse concentrée dans certains sous-groupes
Par contre, cette hausse ne signifie pas nécessairement une explosion généralisée du VIH chez tous les jeunes : les tests VIH ont aussi fortement augmenté — ce qui peut conduire à repérer davantage de cas — et l’augmentation concerne principalement certains sous-groupes (notamment des jeunes nés en Afrique subsaharienne ou habitant hors Île-de-France).
Les chiffres détaillés pour 2023
Pour aller encore plus loin dans le rapport, en 2023, 906 jeunes âgés de 15 à 24 ans ont découvert leur séropositivité au VIH, ce qui correspond à un taux de 11,1 cas pour 100 000. Pour comparaison, chez les adultes de 25 à 49 ans, 3 347 diagnostics ont été enregistrés, soit un taux de 16,3 pour 100 000. Parmi les jeunes concernés, la grande majorité sont des hommes cisgenres, et très peu avaient moins de 18 ans au moment du diagnostic.
Origines et profils les plus touchés
L’origine géographique révèle une différence importante : environ la moitié des jeunes diagnostiqués en 2023 étaient nés en Afrique subsaharienne, alors qu’environ 37 % étaient nés en France. Comparativement aux adultes, les jeunes étaient moins souvent diagnostiqués à un stade avancé de l’infection, mais plus souvent co-infectés par une autre IST.
Un dépistage massif chez les 15-24 ans
Le dépistage joue également un rôle notable : près de 910 000 jeunes de 15 à 24 ans ont été testés pour le VIH au moins une fois en 2023, soit un taux d’environ 111 pour 1 000 dans cette tranche d’âge. L’ensemble de ces données montre que la hausse des diagnostics chez les jeunes ne s’explique pas uniquement par un dépistage plus fréquent, mais par des réalités variées liées au sexe, à l’origine, au stade de découverte et aux co-infections.
Une hausse qui doit être interprétée avec nuance
On ne peut pas dire que la hausse vient de l’immigration, mais les chiffres montrent qu’elle concerne surtout certains sous-groupes, notamment des jeunes nés en Afrique subsaharienne, ce qui nuance l’idée d’une augmentation générale chez tous les jeunes.
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