
(English below)
Roger-Luc Chayer (Image : IA 1 Gay Globe)
Une controverse amplifiée par les réseaux sociaux
On en parle partout : la nouvelle est importante pour les personnes des communautés LGBT, surtout aux États-Unis. Est-ce que la Cour suprême des États-Unis a vraiment autorisé les thérapies de conversion dans un jugement récent en annulant tous les interdits judiciaires antérieurs ?
Malheureusement, trop souvent, les journalistes et internautes, surtout sur les réseaux sociaux, ne prennent pas le temps de lire les jugements en entier et, dans ce cas-ci, ils auraient dû le faire avant de soulever l’opprobre international sur une question très sensible.
Ce que dit réellement la décision
Que dit réellement la décision de la Cour suprême des États-Unis dans ce jugement ?
Selon les informations disponibles, la décision rendue le 31 mars 2026 ne dit pas que les thérapies de conversion sont « autorisées » au sens large, mais elle invalide une loi précise — celle du Colorado — pour des raisons constitutionnelles.
La Cour, dans une décision majoritaire de 8 juges contre 1 (incluant démocrates et républicains), estime que cette loi viole le Premier Amendement de la Constitution américaine, qui protège la liberté d’expression. Plus précisément, les juges considèrent que la loi du Colorado constituait une forme de discrimination fondée sur le point de vue, car elle autorisait certains discours thérapeutiques (affirmant l’identité de genre ou l’orientation sexuelle) tout en en interdisant d’autres (les remettant en question).
Autrement dit, la Cour ne s’est pas prononcée directement sur la validité scientifique ou morale des thérapies de conversion. Elle ne s’est même pas prononcée sur les thérapies de conversion. Elle a plutôt jugé que l’État ne peut pas interdire un type de discours professionnel uniquement parce qu’il n’est pas d’accord avec son contenu.
Une décision juridique, pas une validation
La décision précise également une distinction importante : les autorités peuvent réglementer des actes médicaux ou des pratiques concrètes, mais elles disposent de beaucoup moins de latitude lorsqu’il s’agit de restreindre la parole elle-même, même dans un cadre professionnel comme la psychothérapie.
Un point clé souvent mal compris : la Cour n’a pas imposé la légalisation des thérapies de conversion partout aux États-Unis. Elle a invalidé une loi spécifique parce qu’elle était jugée mal formulée sur le plan constitutionnel. Cela signifie que d’autres États pourraient tenter d’adopter des lois différentes, mieux rédigées, qui respecteraient les exigences du Premier Amendement.
Que sont les thérapies de conversion ?
Une thérapie de conversion, c’est ce qu’on appelle parfois « thérapie de réorientation sexuelle » ou « thérapie de réparation ». En gros, ce sont des pratiques qui tentent de changer l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une personne. L’idée derrière, c’est de rendre quelqu’un hétérosexuel ou cisgenre, comme si être LGBTQ+ était un problème à résoudre. Dit comme ça, ça paraît déjà absurde, mais c’est pourtant ce que ces méthodes cherchent à faire, avec des conséquences souvent dramatiques.
Ces thérapies de conversion prennent plusieurs formes. Certaines sont psychologiques : des séances de conseil ou de psychothérapie où la personne est encouragée à renier ses sentiments et à se conformer à des normes hétérosexuelles. D’autres sont plus extrêmes et heureusement plus rares aujourd’hui : pseudo-sciences, chocs électriques, aversions comportementales, voire traitements hormonaux. Tout ça sous couvert de « thérapie », alors qu’en réalité, ce n’est pas une aide mais une pression pour changer qui on est.
Le terme lui-même est un euphémisme. « Thérapie » laisse penser à quelque chose de légitime, alors que la science est claire : ça ne marche pas et c’est dangereux. L’Organisation mondiale de la santé et l’American Psychological Association l’ont dit et répété. Les personnes qui passent par ces pratiques souffrent souvent d’anxiété, de dépression, de stress post-traumatique, et certaines peuvent même développer des tendances suicidaires. Les traumatismes sont réels et durables.
Des pratiques dénoncées à l’échelle mondiale
Historiquement, ces méthodes ont été très répandues au XXᵉ siècle, surtout en Occident, mais dans le monde entier aussi. Elles étaient souvent justifiées par la religion ou la morale, sur l’idée que l’homosexualité ou la non-conformité de genre était un péché ou une maladie. Même si la médecine moderne a cessé de considérer l’homosexualité comme un trouble mental, certains groupes religieux ou conservateurs continuent de promouvoir ces pratiques, parfois de manière clandestine.
Aujourd’hui, plusieurs pays ont interdit les thérapies de conversion, surtout pour les mineurs. Ces lois protègent la dignité, la santé mentale et l’autonomie des personnes. Mais certaines pratiques persistent sous couvert de « coaching » ou de programmes religieux, souvent loin des yeux du public.
Les victimes sont souvent jeunes : adolescents ou même enfants. Et ce sont ces témoignages, bruts et bouleversants, qui ont fait avancer la lutte contre ces pratiques. Ils montrent comment la stigmatisation, la pression familiale et sociale, ou la peur religieuse peuvent pousser quelqu’un à subir quelque chose d’aussi destructeur.
Un enjeu humain avant tout
Pour un journaliste comme moi, parler des thérapies de conversion, ce n’est pas juste décrire des méthodes absurdes ou cruelles. Il s’agit de montrer l’impact humain, de raconter le contexte social qui les autorise, et de rappeler les droits fondamentaux menacés. Informer sur ce sujet, c’est aussi contribuer à protéger les personnes LGBTQ+ et à dénoncer des pratiques archaïques et dangereuses.
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A controversy amplified by social media
It’s everywhere in the news: the story matters for LGBTQ communities, especially in the United States. Has the United States Supreme Court really authorized conversion therapy in a recent ruling by overturning all previous legal bans?
Unfortunately, too often, journalists and internet users—especially on social media—do not take the time to read court decisions in full. In this case, they should have done so before fueling international outrage over a very sensitive issue.
What the decision actually says
What does the United States Supreme Court’s decision really say in this case?
According to available information, the ruling issued on March 31, 2026 does not state that conversion therapy is broadly “authorized,” but rather invalidates a specific law—Colorado’s—on constitutional grounds.
In an 8–1 majority decision (including both Democratic and Republican-appointed judges), the Court found that the law violates the First Amendment of the U.S. Constitution, which protects freedom of speech. More specifically, the justices determined that the Colorado law amounted to viewpoint discrimination because it allowed certain therapeutic speech (affirming gender identity or sexual orientation) while prohibiting other speech (questioning them).
In other words, the Court did not rule directly on the scientific or moral validity of conversion therapy. It did not even rule on conversion therapy itself. Instead, it held that the State cannot ban a category of professional speech simply because it disagrees with its content.
A legal decision, not an endorsement
The ruling also draws an important distinction: authorities may regulate medical acts or concrete practices, but they have far less latitude when it comes to restricting speech itself, even in a professional setting such as psychotherapy.
One key point that is often misunderstood: the Court did not impose the legalization of conversion therapy across the United States. It struck down a specific law because it was deemed poorly drafted from a constitutional standpoint. This means that other states could attempt to adopt different, better-crafted laws that would comply with the requirements of the First Amendment.
What is conversion therapy?
A conversion therapy—sometimes referred to as “sexual orientation change efforts” or “reparative therapy”—is essentially a set of practices aimed at changing a person’s sexual orientation or gender identity. The underlying idea is to make someone heterosexual or cisgender, as if being LGBTQ+ were a problem to be fixed. Put that way, it already sounds absurd, yet this is precisely what these methods attempt to do, often with dramatic consequences.
These conversion therapy practices take many forms. Some are psychological, involving counseling or psychotherapy sessions where individuals are encouraged to deny their feelings and conform to heterosexual norms. Others are more extreme—and fortunately less common today—including pseudoscientific approaches, electric shocks, behavioral aversion techniques, or even hormonal treatments. All of this is done under the label of “therapy,” when in reality it is not support, but pressure to change who someone is.
The term itself is a euphemism. “Therapy” suggests something legitimate, yet science is clear: it does not work and it is dangerous. The World Health Organization and the American Psychological Association have repeatedly stated this. People subjected to these practices often suffer from anxiety, depression, post-traumatic stress, and some may even develop suicidal tendencies. The trauma is real and long-lasting.
Practices condemned worldwide
Historically, these methods were widely used in the 20th century, especially in the West, but also in various forms around the world. They were often justified by religious or moral beliefs, based on the idea that homosexuality or gender nonconformity was a sin or an illness. Even though modern medicine no longer considers homosexuality a mental disorder, some religious or conservative groups continue to promote these practices, sometimes in a clandestine manner.
Today, many countries have banned conversion therapy, particularly for minors. These laws aim to protect dignity, mental health, and personal autonomy. Yet some practices persist under the guise of “coaching” or religious programs, often out of public view.
Victims are often young—teenagers or even children. And it is these raw and powerful testimonies that have helped drive the movement against such practices. They reveal how stigma, family and social pressure, or religious fear can push someone into something so deeply harmful.
A fundamentally human issue
For a journalist like me, writing about conversion therapy is not just about describing absurd or cruel methods. It is about showing the human impact, explaining the social context that allows them to exist, and reminding readers of the fundamental rights at stake. Reporting on this issue also helps protect LGBTQ+ individuals and denounce practices that are both outdated and dangerous.
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LIRE AUSSI / READ ALSO :
1. Le jeu de la honte des thérapies de conversion pour homosexuels
Publié en français, cet article raconte les expériences de jeunes ayant suivi des thérapies de réorientation sexuelle à leur propre demande, souvent motivées par des convictions religieuses, et explique pourquoi ces pratiques sont considérées comme non éthiques et potentiellement dangereuses.
👉 https://gayglobe.net/le-jeu-de-la-honte-des-therapies-de-conversion-pour-homosexuels/
2. Homosexualité : les conséquences des thérapies de conversion
Cet article en français (une archive plus ancienne) se focalise sur les répercussions sociales et psychologiques des pratiques de réorientation sexuelle au Québec, incluant des témoignages et des constats sur la réalité de ces pratiques dans certains milieux religieux ou familiaux.
👉 https://gayglobe.net/homosexualite-les-consequences-des-therapies-de-conversion/
3. HIS CONVERSION THERAPY
This article discusses the Canadian parliament’s decision in December 2021 to make conversion therapy illegal, and the story of Marco, a young man from Montreal who was forced into pseudo‑therapeutic treatment by his parents, showing how harmful these practices can be to mental health.
👉 https://gayglobe.net/his-conversion-therapy/