Erreur médicale et transition de genre : une affaire à New York met en lumière le détransitionnisme

Trans

Roger-Luc Chayer (Image : IA / Gay Globe)

Récemment, plusieurs médias internationaux ont rapporté qu’une personne trans avait poursuivi deux médecins pour une erreur médicale qui l’avait conduit à transitionner, et avait obtenu des tribunaux une indemnité de 2 millions de dollars pour dommages et intérêts. La cause se résume ainsi :

La condamnation pour faute professionnelle

Aux États‑Unis, un tribunal de l’État de New York a condamné un psychologue et un chirurgien esthétique pour faute professionnelle après l’ablation de la poitrine d’une adolescente qui s’était engagée dans un parcours de transition de genre alors qu’elle avait 16 ans. L’affaire concerne Fox Varian, aujourd’hui âgée de 22 ans, qui avait subi une mastectomie dans le cadre de sa transition quand elle était mineure. Elle a poursuivi ses deux médecins en justice, en les accusant de ne pas avoir suffisamment vérifié qu’elle avait vraiment consenti en pleine connaissance de cause à cette opération irréversible, ni évalué correctement son consentement éclairé.

Le tribunal de Westchester County a jugé que le psychologue et le chirurgien avaient commis une faute professionnelle en recommandant et en pratiquant l’opération sans garanties suffisantes : le jury a accordé à Fox 2 millions de dollars de dommages et intérêts, répartis entre des compensations pour souffrances passées et à venir et pour futurs frais médicaux.

La jeune femme a témoigné qu’elle avait souffert de douleurs nerveuses après l’opération et qu’elle avait progressivement renoncé à son identité transgenre, se considérant aujourd’hui comme une femme.

Cette nouvelle relèverait du fait divers si l’on n’observait pas depuis quelque temps un mouvement que l’on peut qualifier de détransitionnisme.

Existe-t-il réellement un mouvement de détransitionnisme ?

Il existe effectivement un phénomène connu sous le nom de détransition, mais il est important de nuancer la manière dont il est présenté. Les études montrent que la très grande majorité des personnes trans qui entreprennent une transition (hormonale ou chirurgicale) restent satisfaites de leur décision à long terme. Les chiffres varient selon les études, mais le taux de regret ou de détransition complète est généralement faible, souvent inférieur à 5 % pour les adultes ayant suivi un suivi médical approprié.

Cependant, ces dernières années, il y a eu une visibilité accrue des témoignages de personnes ayant détransitionné, en particulier sur les réseaux sociaux et dans certains médias. Plusieurs facteurs peuvent amener une personne à détransitionner : pression sociale, difficultés d’acceptation personnelle, découverte tardive de dysphorie de genre ou d’autres troubles concomitants, ou insatisfaction avec certains aspects médicaux ou sociaux de la transition. Chez les jeunes, certaines études suggèrent qu’un petit pourcentage pourrait reconsidérer leur identité de genre, ce qui alimente la discussion sur l’importance d’une évaluation psychologique approfondie avant toute intervention médicale.

Quelques recherches en chiffres

La détransition est rare selon la majorité des études analysées. La plus grande enquête trans aux États‑Unis (U.S. Trans Survey, ~92 000 personnes) a trouvé qu’environ 8 % des personnes trans avaient déjà vécu une forme de detransition à un moment donné, souvent temporaire pour des raisons sociales ou pratiques.

Une étude américaine sur des jeunes ayant commencé un traitement hormonal a montré que 0,5 % seulement avaient cessé les hormones par réidentification au sexe assigné à la naissance. D’autres études cliniques très larges (par ex. au Royaume‑Uni) indiquent des taux de “regret de transition chirurgicale” très bas, comme ≈ 0,47 % dans une cohorte de plus de 3 000 patients.

À retenir : dans la grande majorité des recherches, le taux de dé-transition ou de regret se situe généralement < 5 %, et souvent bien inférieur pour les cas impliquant une vraie réidentification de genre.

Le risque de suicide chez les personnes trans

Les données montrent que le taux de suicide et de pensées suicidaires est significativement plus élevé chez les personnes trans que dans la population générale. Les enquêtes menées aux États‑Unis, Canada et Europe indiquent que les idées suicidaires touchent une proportion très élevée des personnes trans : par exemple, l’U.S. Transgender Survey 2015 a trouvé que 40 % des adultes trans avaient sérieusement envisagé de se suicider au cours de leur vie, et environ 7 % avaient tenté de se suicider au cours de l’année précédente. Pour comparaison, le taux dans la population générale américaine adulte est d’environ 0,5 à 1 % par an.

Les jeunes trans présentent encore plus de vulnérabilité : entre 30 % et 50 % des adolescents trans ont fait au moins une tentative de suicide avant 20 ans, contre environ 4 à 8 % dans la population adolescente générale.

Les facteurs de risque incluent surtout l’absence de soutien familial, la discrimination, le harcèlement scolaire ou professionnel, l’exclusion sociale, et l’accès limité aux soins adaptés. La dysphorie de genre seule n’explique pas ces chiffres élevés ; c’est la combinaison d’une identité marginalisée et d’un environnement hostile qui crée un risque suicidaire majeur.

Des études canadiennes et européennes confirment ces tendances : le taux de tentative de suicide chez les adultes trans varie entre 20 et 40 %, bien au‑dessus de la moyenne nationale.

Comment aider une personne trans en crise suicidaire

Quand une personne trans pense au suicide, chaque geste compte. Le soutien doit être immédiat, sécurisant et global. Il est essentiel d’écouter sans jugement, de valider ses émotions et de montrer qu’elle n’est pas seule.

L’accès à des ressources spécialisées est crucial. Les lignes d’urgence et les services de prévention LGBTQ+ offrent un accompagnement affirmatif, capable d’évaluer le risque et de proposer un plan de sécurité concret.

Un suivi psychologique et médical continu réduit fortement la détresse. Les professionnels affirmatifs, combinés à un accès aux soins d’affirmation de genre, aident la personne à mieux gérer la dysphorie et l’anxiété.

Renforcer le réseau social et communautaire est vital. Famille, amis bienveillants et groupes de soutien trans contribuent à briser l’isolement et à restaurer un sentiment d’appartenance.

Il y a également les lignes d’écoute et d’intervention, dont Gay Globe a souvent parlé par le passé, y compris dans cet article, y compris dans cet article.

Pub

LIRE AUSSI :

1. « Transidentité et équité sportive : le débat s’enflamme »
Un article qui explore les enjeux liés à l’inclusion des personnes transgenres dans le sport, y compris les considérations médicales et physiques qui alimentent le débat public. Lire l’article « Transidentité et équité sportive : le débat s’enflamme »

2. « Identité de genre : article contesté sur les inhibiteurs de puberté »
Ce texte analyse une plainte contre des médias au sujet d’un article sur les bloqueurs de puberté, en contextualisant les controverses autour des soins d’affirmation de genre chez les jeunes. Lire l’article « Identité de genre : article contesté sur les inhibiteurs de puberté »

3. « Jeunes gais, lesbiennes et trans surreprésentés dans l’itinérance »
Un dossier qui aborde des réalités sociales touchant la communauté trans (parmi d’autres groupes), notamment l’exclusion sociale et les vulnérabilités structurelles. Lire l’article « Les jeunes gais, lesbiennes et trans surreprésentés dans l’itinérance »

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *