
Roger-Luc Chayer (Image : IA / Gay Globe)
La recherche médicale dans le domaine du VIH/sida progresse depuis de nombreuses années, passant de l’absence de traitement efficace à des injections de plus en plus espacées dans le temps, qui permettent de réduire, voire de cesser, la prise quotidienne de comprimés. Mais c’est en 2026 que des progrès spectaculaires ont été accomplis, laissant entrevoir deux pistes sérieuses, dont l’une pourrait éventuellement mener à une guérison.
Nous vous avons déjà parlé d’un médicament révolutionnaire, le lénacapavir, qui permet aux personnes séropositives de maintenir une charge virale indétectable avec seulement deux injections par année. Le même médicament peut également être utilisé en prévention, avec un taux de protection de 99 %, ce qui était inimaginable il y a seulement cinq ans. Pour en savoir plus sur le lénacapavir, consultez ce lien : https://gayglobe.net/?s=L%C3%A9nacapavir
Mais ce n’est pas de ce traitement dont il sera question dans cet article. Je vous parlerai plutôt de deux recherches qui donnent des résultats spectaculaires, celle sur les cellules CAR-T et celle sur les anticorps largement neutralisants (bNAb).
La piste CAR-T : potentiellement une « guérison fonctionnelle »
En mai 2026, une petite étude clinique a montré qu’après une seule administration de leurs propres cellules immunitaires modifiées, deux participants ont réussi à maintenir une charge virale fortement supprimée sans traitement antirétroviral : l’un pendant presque deux ans et l’autre pendant près d’un an. Les cellules CAR-T ont été conçues à la fois pour reconnaître les cellules infectées par le VIH et pour être elles-mêmes protégées contre l’infection.
C’est particulièrement intéressant parce que l’objectif n’est plus simplement de bloquer le VIH avec des médicaments : on cherche à reprogrammer le système immunitaire du patient pour qu’il contrôle lui-même le virus.
Mais il faut être très prudent : l’étude ne comptait que neuf personnes, et seulement deux ont obtenu cette suppression prolongée. Les chercheurs doivent maintenant démontrer que la méthode fonctionne chez beaucoup plus de patients et pendant plusieurs années. Ce n’est donc pas encore une guérison disponible.
Une autre avancée majeure : les anticorps neutralisants
Une autre découverte très récente est issue de l’essai RIO, présenté en 2026. Des chercheurs ont utilisé des anticorps largement neutralisants (bNAb) capables de reconnaître différentes formes du VIH. Dans cet essai, environ 75 % des participants ont pu interrompre temporairement leur traitement antirétroviral quotidien pendant au moins 20 semaines grâce à cette stratégie.
C’est important parce que le principal obstacle à la guérison du VIH est le réservoir viral latent : certaines cellules conservent du VIH sous une forme dormante, invisible aux médicaments et au système immunitaire. C’est ce réservoir qui permet au virus de réapparaître lorsqu’on arrête les antirétroviraux. Les recherches actuelles cherchent donc à réveiller ou éliminer ces cellules, puis à utiliser le système immunitaire pour détruire le virus.
Mais les découvertes en 2026 ne s’arrêtent pas avec ces deux recherches !
Une pilule anti-VIH une seule fois par semaine devient une réalité
C’est probablement l’avancée la plus immédiatement susceptible de changer la vie quotidienne des personnes vivant avec le VIH.
Les résultats présentés à AIDS 2026 montrent qu’une combinaison de lénacapavir et d’islatravir, sous forme d’un seul comprimé, peut maintenir la suppression virale avec une prise hebdomadaire chez des personnes qui étaient auparavant sous traitement quotidien.
Deux essais de phase 3 ont fourni les résultats présentés à Rio, et le New England Journal of Medicine a également publié en juillet 2026 les résultats de l’essai de phase 3 consacré à cette combinaison. On passe donc potentiellement de :
365 prises par année → 52 prises par année.
Et ce n’est pas simplement une question de confort. Une prise hebdomadaire pourrait réduire considérablement les problèmes liés aux oublis, à la stigmatisation et à la difficulté de conserver quotidiennement son traitement.
Les chercheurs découvrent que certaines cellules CD8 peuvent conserver une « mémoire » extrêmement puissante du VIH
Cette découverte est moins spectaculaire médiatiquement, mais elle pourrait être fondamentale pour la guérison.
Les cellules CD8 sont des lymphocytes capables de détruire les cellules infectées. On pensait depuis longtemps que l’infection chronique par le VIH épuisait profondément ces cellules.
Les résultats présentés en 2026 indiquent cependant que certaines personnes vivant depuis longtemps avec le VIH et dont la charge virale est supprimée conservent une population particulière de cellules CD8 présentant des caractéristiques de cellules dites « stem-like » : elles peuvent se multiplier rapidement et produire des cellules capables de tuer efficacement les cellules infectées lorsqu’elles rencontrent de nouveau le VIH.
Cela change potentiellement la stratégie de recherche. Plutôt que de chercher uniquement à éliminer directement le réservoir du VIH, les chercheurs pourraient apprendre à réveiller et amplifier les propres défenses immunitaires du patient afin qu’elles détruisent les cellules contenant le virus.
C’est l’un des éléments qui expliquent pourquoi les chercheurs parlent maintenant davantage de combinaisons thérapeutiques : réveiller le virus caché, stimuler les CD8 et utiliser des anticorps pour éliminer les cellules infectées.
Des patients restent en rémission après des greffes de cellules souches — et les nouveaux cas permettent de comprendre pourquoi
La greffe de cellules souches n’est évidemment pas un traitement acceptable du VIH pour la population générale, car elle comporte des risques considérables et n’est normalement réalisée que pour traiter certains cancers ou maladies graves du sang. Mais les cas de personnes ayant obtenu une rémission prolongée du VIH après une greffe continuent de fournir des informations extraordinaires.
En 2026, de nouveaux cas ont été présentés, portant à 12 et 13 le nombre de personnes considérées comme ayant obtenu une guérison ou une rémission exceptionnelle après ce type de procédure, selon les données présentées à AIDS 2026.
Un autre cas publié en 2026 décrit notamment un homme de 63 ans qui demeurait en rémission du VIH cinq ans après une greffe de cellules souches provenant d’un frère possédant deux copies de la mutation CCR5Δ32, qui rend les cellules particulièrement résistantes à certaines formes du VIH.
Ces patients sont extrêmement importants pour la recherche parce qu’ils constituent en quelque sorte des expériences naturelles de guérison humaine. Les chercheurs cherchent maintenant à reproduire le mécanisme sans avoir à faire subir une greffe dangereuse aux personnes vivant avec le VIH.
PUBLICITÉ

LIRE AUSSI
VIH : l’immunothérapie anti-PD-1, une piste prometteuse vers une rémission durable
Et si l’immunothérapie permettait enfin de vaincre le VIH ? La piste qui bouleverse la science
Le lithium contre le VIH ? Une découverte prometteuse