
Roger-Luc Chayer (Image : IA / Gay Globe)
Un des terribles problèmes de notre société actuelle est l’usage de drogues de rue ou, parfois, de médicaments sur ordonnance qui sont des narcotiques. Ces dépendances détruisent des vies, et on peut le constater dans la plupart des grandes villes du monde. À Montréal comme à Paris, à San Francisco comme à Moscou, les rues sont remplies de personnes qui ont tout perdu à cause de leurs dépendances, notamment aux opioïdes.
Mais à quoi devaient servir les opioïdes à la base?
À l’origine, les opioïdes n’étaient pas destinés à créer une dépendance ou à détruire des vies. Leur fonction première est médicale : soulager la douleur, parfois de façon très puissante, notamment après une chirurgie, lors de blessures graves ou dans certains cas de maladies chroniques et de soins palliatifs. La morphine, par exemple, est utilisée depuis des siècles pour contrôler les douleurs intenses. D’autres opioïdes, comme l’oxycodone, l’hydromorphone ou le fentanyl, ont été développés pour répondre à des besoins médicaux précis. Le problème survient lorsque leur utilisation dépasse le cadre médical, notamment en raison de leur potentiel élevé de dépendance et de mésusage.
Les poursuites contre l’industrie pharmaceutique
La crise des opioïdes a également donné lieu à une vague sans précédent de poursuites judiciaires contre des fabricants, des distributeurs et des pharmacies aux États-Unis. Des États, des municipalités, des communautés autochtones et des familles ont accusé certaines entreprises d’avoir contribué à l’explosion de la dépendance en commercialisant agressivement des opioïdes sur ordonnance, en minimisant leurs risques ou en ne contrôlant pas suffisamment leur distribution.
Le cas de Purdue Pharma, fabricant de l’OxyContin, est devenu emblématique. L’entreprise et des membres de la famille Sackler ont fait l’objet de nombreuses procédures civiles et pénales. En 2026, un règlement de 7,4 milliards de dollars avec Purdue et la famille Sackler est devenu juridiquement effectif. Les sommes doivent notamment financer des programmes de prévention, de traitement et de récupération liés aux dépendances.
D’autres géants de l’industrie ont également conclu des règlements. Les distributeurs McKesson, Cardinal Health et AmerisourceBergen ont notamment accepté des paiements pouvant atteindre 21 milliards de dollars, accompagnés de mesures destinées à mieux détecter les commandes suspectes d’opioïdes.
Ces poursuites ont donc transformé la crise des opioïdes en une gigantesque bataille judiciaire, où des milliards de dollars sont aujourd’hui consacrés à tenter de réparer les dommages causés par des décennies de dépendance.
Malheureusement, ça ne fonctionne pas !
On ne pourra pas libérer facilement de leur dépendance aux opioïdes les personnes qui en sont victimes. Mais, discrètement, la recherche médicale a fait ses devoirs et une nouvelle avenue se dessine : la suzétrigine.
Qu’est-ce que la suzétrigine ?
La suzétrigine est un nouveau médicament antidouleur non opioïde, commercialisé aux États-Unis sous le nom de Journavx par Vertex Pharmaceuticals. La FDA l’a approuvé le 30 janvier 2025 pour traiter les douleurs aiguës modérées à sévères chez les adultes.
Son intérêt est particulièrement important dans le contexte de la crise des opioïdes : contrairement à la morphine, à l’oxycodone ou au fentanyl, la suzétrigine ne fonctionne pas en activant les récepteurs opioïdes du cerveau. Elle agit beaucoup plus en amont, en bloquant sélectivement un canal sodique appelé NaV1.8, présent dans les neurones périphériques qui transmettent les signaux douloureux. Elle empêche ainsi une partie de ces signaux d’atteindre la moelle épinière et le cerveau.
C’est donc une approche complètement différente de celle des opioïdes. L’un des grands espoirs est de pouvoir traiter certaines douleurs importantes sans exposer les patients aux risques de dépendance, de surdose et d’abus associés aux opioïdes. La FDA souligne d’ailleurs que ce médicament représente la première approbation d’une nouvelle classe d’analgésiques non opioïdes.
Il faut toutefois être précis : la suzétrigine n’est pas un traitement de la dépendance aux opioïdes. Elle constitue plutôt une nouvelle possibilité pour traiter la douleur sans avoir recours aux opioïdes, ce qui pourrait contribuer à réduire leur utilisation. À ce jour, son indication approuvée concerne la douleur aiguë, et non la douleur chronique ni le sevrage aux opioïdes.
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