
Roger-Luc Chayer (Photo : Groupe Facebook Gayquebec2026)
La grande majorité des commerçants de la rue Ontario, regroupés au sein d’une association appelée Faubourg Ontario, avaient récemment été approchés par la SDC du Village et l’Arrondissement de Ville-Marie afin qu’ils intègrent la SDC du Village. Il s’agit de plusieurs centaines d’adresses commerciales.
Mais c’était sans compter sur une importante mobilisation des commerçants de la rue Ontario, qui ne voulaient rien savoir d’être associés au Village, mais aussi de devoir payer une nouvelle taxe additionnelle alors qu’ils traversent déjà une importante crise économique.
Le projet visait essentiellement à étendre le territoire de la SDC du Village vers le nord, jusqu’à Ontario Est, dans le secteur compris approximativement entre Berri, De Lorimier, René-Lévesque Est et Ontario Est. L’agrandissement devait aussi englober les secteurs de Molson et de Radio-Canada au sud. Selon Faubourgs Ontario, cela aurait pratiquement triplé la superficie du territoire de la SDC et augmenté considérablement le nombre d’entreprises assujetties à la cotisation obligatoire.
Ce qu’on présentait comme avantages
Lors des séances d’information de mars 2026, la SDC du Village mettait notamment de l’avant la possibilité de déployer dès le 1er janvier 2027 un programme de propreté sept jours sur sept, une identité visuelle et commerciale commune, une « voix unifiée » pour représenter les commerçants auprès de la Ville ainsi que différents projets de développement commercial.
Un autre argument était que les cotisations des commerçants pourraient être « maximisées grâce aux partenariats et fonds publics », autrement dit que l’argent recueilli auprès des membres permettrait d’aller chercher des contributions et des programmes gouvernementaux supplémentaires.
La SDC faisait également valoir une meilleure représentation politique et institutionnelle des commerçants. C’est un point important : certains commerçants d’Ontario reconnaissaient justement qu’une organisation structurée pouvait être utile lorsqu’ils étaient confrontés aux travaux municipaux ou à des décisions de l’Arrondissement.
Il était aussi question de gouvernance locale. Dans la présentation de juin, le projet prévoyait six sièges liés à la gouvernance, dont deux réservés au secteur des Faubourgs Ontario. La SDC présentait donc cette représentation comme une façon d’intégrer les particularités du secteur dans sa nouvelle structure.
Enfin, la question de la cohabitation sociale et de la sécurité faisait partie du discours. Un projet appelé COHAB, organisme sans but lucratif intervenant notamment le soir et la nuit, avait été présenté comme une ressource pour intervenir dans les situations de cohabitation qui affectent les commerçants.
Mais le gros problème était la cotisation obligatoire
C’est probablement le point central de la controverse. Une fois l’agrandissement légalement réalisé, les entreprises situées dans le nouveau territoire auraient été assujetties à la cotisation obligatoire de la SDC. Ce n’était donc pas simplement une adhésion volontaire à une association commerciale. La cotisation devait être perçue dans le cadre du mécanisme municipal applicable aux SDC.
Et, au moment des consultations, le montant exact de la cotisation n’était pas encore connu, ce qui alimentait évidemment les inquiétudes. C’est là que le discours des opposants devient intéressant : plusieurs commerçants estimaient qu’on leur demandait essentiellement de payer une deuxième fois pour des services qui relèvent déjà de la Ville, particulièrement en matière de nettoyage. Le slogan qui ressortait des consultations était, en substance : « Nos taxes servent au nettoyage des rues, pourquoi deux taxes? »
Et il y avait une question d’identité commerciale
C’est probablement l’autre élément qui explique la mobilisation. Les commerçants d’Ontario ne se reconnaissaient pas nécessairement dans l’identité commerciale, sociale et culturelle du Village. Faubourgs Ontario rapporte que l’opposition reposait notamment sur l’idée que la SDC du Village n’était pas représentative de leur quartier et que personne sur Ontario n’avait demandé son rattachement.
Lundi soir dernier, lors d’une réunion du conseil d’arrondissement de Ville-Marie, la mairesse de l’arrondissement, Soraya Martinez Ferrada, a proposé une résolution mettant fin au projet d’intégration de la rue Ontario à la SDC du Village. La résolution a été adoptée à l’unanimité par les élus.
À la suite de la décision de classer sans suite le projet de rattachement, un important commerçant de la rue Ontario avait déclaré : « Le Village devrait commencer par régler ses propres problèmes avant de vouloir annexer de nouveaux territoires. »
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