
Roger-Luc Chayer (Photo : Mission Old Brewery / Photographe inconnu)
Les élections au Québec auront lieu le 5 octobre et, alors que tous les partis semblent courtiser les Québécois avec des promesses et des engagements mirobolants, parfois trop beaux pour être vrais ou trop beaux pour être réalistes, une profonde inégalité démocratique pourrait être en train de se creuser sans que l’on semble savoir comment la corriger.
Il s’agit des milliers de personnes qui vivent dans des campements au Québec, qui sont sans-abri ou sans domicile fixe et qui aimeraient certainement participer à cette élection historique, alors que leur situation est évoquée à presque toutes les conférences de presse.
Cette injustice est quand même aberrante si l’on prend l’exemple du Village gai de Montréal, qui comporte l’une des plus fortes concentrations de personnes itinérantes, en situation précaire ou aux prises avec des problèmes de santé mentale pouvant notamment mener à une consommation importante de drogues. Ces personnes sont des êtres humains et, compte tenu de leur forte présence dans la circonscription de Sainte-Marie–Saint-Jacques, qui comprend le Village gai, si elles avaient le droit de voter sur les programmes d’aide proposés par les principaux partis, elles pourraient théoriquement détenir la balance du pouvoir et décider quel parti pourrait l’emporter.
Selon les résultats préliminaires du plus récent dénombrement gouvernemental, réalisé dans la nuit du 15 au 16 avril 2025, 12 077 personnes étaient en situation d’itinérance visible au Québec, soit une augmentation de 20 % en trois ans. À Montréal seulement, 5 036 personnes ont été recensées, une hausse de 6,7 % par rapport à 2022. Les principales raisons évoquées pour la perte du logement étaient alors l’expulsion (23 %), les problèmes de consommation de substances (21 %) et un revenu insuffisant (17 %). Il est toutefois raisonnable de se demander si la situation observée en 2026 ne traduit pas une aggravation du phénomène, notamment dans le Village gai et dans les espaces publics où des campements se sont installés.
Une population sans voix politique
L’impact démocratique de cette situation est considérable. Des milliers de personnes qui vivent dans la rue, dans des campements ou dans des conditions d’extrême précarité sont directement touchées par les décisions politiques concernant le logement, la santé, les services sociaux, la sécurité, la toxicomanie et l’itinérance. Pourtant, une partie importante de ces personnes risque de ne pas pouvoir exercer son droit de vote.
Le paradoxe est évident : ce sont précisément les personnes les plus directement concernées par plusieurs des enjeux qui dominent actuellement le débat public qui risquent d’avoir le moins de moyens pour se faire entendre politiquement.
Dans une circonscription comme Sainte-Marie–Saint-Jacques, où la présence de personnes en situation d’itinérance et de grande précarité est particulièrement visible, leur absence du processus électoral peut avoir un effet important sur la représentation des enjeux locaux. Chaque voix compte dans une élection, et lorsqu’une population entière est sous-représentée dans les urnes, ses préoccupations risquent nécessairement de l’être aussi dans les programmes politiques et dans les décisions des élus.
Il ne s’agit pas de prétendre que toutes ces personnes voteraient pour le même parti ou qu’elles pourraient automatiquement déterminer l’issue d’une élection. Le véritable problème est plus fondamental : comment une démocratie peut-elle prétendre représenter adéquatement une population lorsque certaines des personnes les plus vulnérables, pourtant directement concernées par les décisions prises, n’ont pas les mêmes possibilités que les autres de participer au choix de leurs représentants?
La question mérite d’être posée à l’approche du scrutin du 5 octobre : que fait-on pour permettre aux personnes sans domicile fixe ou en situation d’itinérance d’exercer concrètement leur droit de vote?
Ce qui est prévu actuellement
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les personnes sans domicile fixe ne sont pas automatiquement privées de leur droit de vote au Québec. Élections Québec a prévu une procédure particulière permettant à une personne sans domicile fixe de s’inscrire sur la liste électorale et de voter en présentant notamment une attestation signée par une personne-ressource d’un organisme en itinérance qu’elle fréquente. Cette attestation peut servir de preuve d’adresse.
Mais entre un droit reconnu par la loi et la capacité réelle de l’exercer, il existe parfois un fossé considérable. Encore faut-il connaître cette procédure, posséder une pièce d’identité, fréquenter un organisme pouvant fournir l’attestation et être en mesure de se rendre au bureau du directeur du scrutin. Pour une personne vivant dans un campement, dans la rue ou dans une situation d’extrême précarité, ces démarches peuvent constituer des obstacles importants.
La question qui se pose alors n’est plus simplement de savoir si les personnes itinérantes ont le droit de vote. Elles l’ont. La véritable question est de savoir si les autorités mettent en place suffisamment de moyens pour que ce droit puisse être exercé concrètement par les personnes les plus éloignées des institutions.
Ressources pour les personnes sans domicile fixe
Élections Québec – Absence de domicile fixe
C’est probablement la source la plus importante pour ton article. Elle explique précisément comment une personne sans domicile fixe peut s’inscrire et voter. Une attestation signée par une personne-ressource d’un organisme œuvrant en itinérance peut servir de preuve d’adresse. Une pièce d’identité est également requise.
Élections Québec – Absence de domicile fixe
Élections Québec – Accessibilité au vote
Cette page présente l’ensemble des mesures destinées aux personnes ayant des difficultés particulières à exercer leur droit de vote, notamment celles qui n’ont pas de domicile fixe.
Élections Québec – Accessibilité au vote
Élections Québec – Pouvez-vous voter?
Utile pour vérifier les conditions générales d’admissibilité au vote et notamment l’obligation d’être inscrit sur la liste électorale.
Élections Québec – Pouvez-vous voter?
Les organismes peuvent aider
Les organismes qui interviennent auprès des personnes en situation d’itinérance jouent un rôle important dans l’accès au vote. Élections Québec permet à une personne sans domicile fixe de présenter une attestation signée par une personne-ressource d’un organisme œuvrant en itinérance qu’elle fréquente. Cette attestation peut servir de preuve d’adresse et permettre à la personne de s’inscrire sur la liste électorale. Une pièce d’identité est également requise.
Élections Québec invite par ailleurs les organismes qui travaillent auprès de personnes ayant des besoins particuliers à communiquer avec ses services afin d’obtenir les documents et les renseignements nécessaires pour faciliter leur participation au processus électoral.
Élections Québec – Absence de domicile fixe
C’est la ressource principale à transmettre aux organismes qui interviennent auprès des personnes itinérantes. Elle explique la procédure et précise qu’une attestation doit être signée par une personne-ressource d’un organisme œuvrant en itinérance.
Élections Québec – Absence de domicile fixe
Formulaire d’attestation
Élections Québec met également à disposition une attestation à remplir par la personne-ressource de l’organisme. C’est ce document qui permet de confirmer que la personne sans domicile fixe utilise occasionnellement les services de l’organisme et de lui fournir une preuve d’adresse aux fins électorales.
La page d’Élections Québec sur l’accessibilité au vote s’adresse aussi explicitement aux organismes qui travaillent auprès d’électeurs ayant des besoins particuliers et les invite à communiquer avec Élections Québec pour obtenir les documents et renseignements nécessaires.
Élections Québec – Accessibilité au vote
Les organismes les plus pertinents
- Le Sac à Dos — 222, rue Sainte-Catherine Est, en plein centre-ville/Village gai. C’est probablement l’un des organismes les plus intéressants à contacter pour ton enquête, puisqu’il offre des services directement aux personnes en situation d’itinérance ou à risque de le devenir. Téléphone : 514-393-8868.
- Refuge des Jeunes de Montréal — 1836, rue Sainte-Catherine Est, donc directement dans le secteur du Village. Il s’adresse particulièrement aux jeunes hommes en situation d’itinérance ou à risque. Téléphone : 514-849-4221.
- Old Brewery Mission — 1301, boulevard de Maisonneuve Est, avec des services d’urgence destinés notamment aux femmes. L’organisme dispose également d’autres services dans le centre-ville. Téléphone : 514-526-6446.
- Old Brewery Mission — 915, rue Clark, au centre-ville, notamment pour les hommes en situation d’itinérance. Téléphone : 514-798-2244.
- Maison du Père — 550, boulevard René-Lévesque Est. Organisme majeur auprès des hommes en situation d’itinérance et de grande précarité. Téléphone : 514-845-0168.
- L’Itinéraire — 2103, rue Sainte-Catherine Est. C’est particulièrement intéressant pour ton reportage puisqu’il est implanté directement sur Sainte-Catherine Est et travaille auprès de personnes en situation de précarité et d’itinérance. Téléphone : 514-597-0238.
- Clinique Droits Devant — 105, rue Ontario Est, au centre-ville. Ce n’est pas un refuge, mais l’organisme accompagne spécifiquement des personnes en situation d’itinérance ou l’ayant vécue, notamment dans leurs démarches administratives et judiciaires. Téléphone : 514-603-0265.
Une autre piste à explorer
Une autre piste mérite également d’être examinée. Le 19 août 2026, la Ville de Montréal a mis à jour sa procédure permettant à certaines personnes sans statut ou à statut précaire d’obtenir une attestation d’identité et de résidence, sans avoir à fournir elles-mêmes de document prouvant leur identité ou leur lieu de résidence. Le service est notamment offert au Bureau Accès Montréal de Ville-Marie, situé au 800, boulevard De Maisonneuve Est.
Cette mesure pourrait être particulièrement intéressante pour les personnes qui éprouvent des difficultés à établir leur identité ou leur lieu de résidence. Il faut toutefois apporter une distinction importante : cette attestation municipale n’est pas la même que celle prévue par Élections Québec pour les personnes sans domicile fixe. Les deux documents répondent à des objectifs différents et ne doivent donc pas être présentés comme équivalents.
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