Gay Globe est attaqué chaque semaine : voici pourquoi nous avons renforcé nos défenses

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Roger-Luc Chayer (Image : IA / Gay Globe)

À l’ère des robots automatisés de piratage et des véritables fermes de robots capables de lancer des milliards de tentatives frauduleuses chaque jour, personne n’est à l’abri. Des grandes banques aux multinationales, des services publics aux petits sites indépendants comme Gay Globe, tous sont désormais soumis, à des degrés différents, à des tentatives constantes d’intrusion.

Les attaques ne sont d’ailleurs pas toujours l’œuvre d’un individu assis derrière un ordinateur, quelque part dans le monde. Une grande partie est aujourd’hui automatisée, menée par des robots qui parcourent Internet à la recherche de failles de sécurité exploitables. Dans ce contexte, négliger la protection d’un site, quelle que soit sa taille, revient pratiquement à laisser une porte ouverte.

Je le sais d’expérience.

Il y a quelques années, Gayglobe.net était essentiellement protégé par un simple mot de passe. Un soir, un hacker est parvenu à pénétrer sur le site pendant la nuit, sans que nous nous en rendions compte immédiatement.

Et c’est justement la manière dont il a agi qui m’a marqué. Il aurait pu effacer des milliers de publications, modifier notre contenu, détruire des années d’archives ou causer des dommages considérables. Il n’en a rien fait. À la place, il a publié deux articles en anglais qui n’avaient absolument rien à voir avec notre contenu habituel.

Deux publications absurdes, presque ridicules, qui ressemblaient davantage à des coquilles volontairement déposées sur le site qu’à une véritable attaque destructrice. Le message était pourtant très clair : « Vous avez un problème de sécurité. » Nous avions reçu le message.

Dès le lendemain matin, j’ai même publié un message à l’intention du hacker pour le remercier de nous avoir fait prendre conscience de la faiblesse de nos protections. Je lui indiquais que nous allions prendre les mesures nécessaires pour mieux sécuriser Gayglobe.net. La première mesure a évidemment été de changer le mot de passe.

Avec le recul, cette intrusion, aussi limitée soit-elle, aura finalement été une sorte d’avertissement gratuit. Le hacker aurait pu faire beaucoup plus de dommages. Il a plutôt choisi de nous montrer que la porte était ouverte.

Après plusieurs recherches sur les normes de sécurité de l’époque, nous avons ajouté, en plus d’un mot de passe beaucoup plus complexe et difficile à deviner, une seconde couche de protection que l’on appelle l’authentification à deux facteurs (2FA). L’authentification à deux facteurs (2FA) ajoute une deuxième preuve d’identité en plus du mot de passe. Par exemple, après avoir entré son mot de passe, l’utilisateur doit confirmer son identité avec un code reçu par téléphone, une application d’authentification ou une clé de sécurité.

Ainsi, même si un pirate découvre le mot de passe, il ne peut normalement pas accéder au compte sans le deuxième facteur.

En plus de ces deux mesures, une troisième protection a été ajoutée. Je ne commenterai toutefois pas sa nature, puisqu’il s’agit d’une mesure invisible à l’œil qui permet de bloquer les tentatives de piratage, même si une personne parvenait à décrypter notre mot de passe et à obtenir le code 2FA, lequel change automatiquement toutes les minutes.

Une muraille infranchissable? Non. Avec l’intelligence artificielle et les technologies disponibles au moment de la publication de cet article, il demeure toujours possible de contourner ou de décrypter certaines mesures de sécurité d’un site Web. C’est précisément pour cette raison qu’un nouvel élément de sécurité a été mis en place ce matin par Gay Globe.

Il s’agit d’un « passkey », une technologie d’authentification conçue pour renforcer considérablement la sécurité d’un compte en éliminant notamment la dépendance aux mots de passe traditionnels.

Pourquoi une nouvelle couche additionnelle ?

Même si notre logiciel de protection, Wordfence, nous offre une solide défense contre les attaques et les tentatives d’accès non autorisées, celles-ci continuent de se compter par centaines. Nous recevons d’ailleurs chaque semaine des rapports détaillés sur ces activités.

À titre d’exemple, alors que la journée ne fait que commencer, 21 tentatives d’intrusion ont déjà été détectées aujourd’hui. La semaine dernière, Wordfence en a recensé 96, tandis que les 30 derniers jours totalisent 329 tentatives. Ce n’est donc pas une mince affaire.

Parmi ces centaines de tentatives, les données recueillies indiquent que plus de 80 % seraient attribuables à des interventions humaines, le reste provenant de robots automatisés.

À noter que la majorité des tentatives attribuées à des humains semblent provenir de France. Mais cette donnée doit être interprétée avec prudence : l’utilisation de VPN permet de masquer la véritable adresse IP et, par conséquent, l’origine réelle de l’ordinateur ou de la personne derrière la tentative d’accès.

Bref, un « passkey », c’est en quelque sorte une nouvelle façon de se connecter à un site sans avoir à utiliser un mot de passe. Le système fonctionne avec une clé cryptographique qui est conservée sur notre appareil et qui ne peut pas être récupérée directement par un pirate.

Concrètement, au lieu de taper un mot de passe, je dois simplement confirmer mon identité avec le système de sécurité de mon appareil, par exemple avec Face ID, Touch ID, un NIP ou encore le système de verrouillage de l’appareil.

L’avantage, c’est que même si quelqu’un réussissait à connaître mon ancien mot de passe, cela ne lui servirait à rien, puisque le passkey fonctionne avec une clé unique liée à mon appareil. C’est donc une couche de sécurité supplémentaire qui rend l’accès beaucoup plus difficile aux pirates et aux robots qui tentent continuellement de pénétrer sur les sites Web.

Pourquoi il est important de protéger Gayglobe.net ?

Pourquoi est-il si important de protéger un site comme Gayglobe.net? Parce qu’au-delà du simple fonctionnement d’un site Internet, nous avons derrière nous des décennies de travail journalistique, des milliers de publications et des archives qui représentent une véritable mémoire de notre média.

Une intrusion réussie pourrait permettre à un pirate de modifier ou de supprimer des articles, de détruire des archives, d’installer du contenu malveillant ou encore de prendre le contrôle de nos comptes. Elle pourrait aussi nuire directement à la crédibilité de Gay Globe si du contenu était publié en notre nom.

Mais les conséquences ne s’arrêteraient pas à nous. Nos lecteurs pourraient eux aussi être touchés. Un site compromis pourrait rediriger les visiteurs vers de fausses pages, afficher des logiciels malveillants, tenter de récupérer leurs informations personnelles ou simplement leur faire perdre confiance envers le site qu’ils consultent. Dans certains cas, une attaque pourrait même rendre le site complètement inaccessible pendant plusieurs heures ou plusieurs jours.

Il faut également comprendre qu’un site comme le nôtre est continuellement exposé à Internet. Peu importe sa taille ou son nombre de visiteurs, il peut être découvert et ciblé automatiquement par des robots qui cherchent des failles de sécurité.

Pour nous, protéger Gayglobe.net ne signifie donc pas simplement protéger un site Web. C’est protéger notre travail, nos archives, notre identité numérique et, surtout, la confiance de nos lecteurs. Après plus de 30 ans de journalisme, ce serait pour moi totalement inacceptable de voir tout ce travail compromis par une faille de sécurité qui aurait pu être évitée. Et ce serait tout aussi inacceptable que nos lecteurs deviennent, à leur insu, les victimes collatérales d’une attaque visant notre site.

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