
Carle Jasmin (Photo : PA via AP/Jonathan Brady)
Quel plaisir de découvrir, ou plutôt de redécouvrir, un artiste que je connaissais bien comme un sacré rockeur, mais dont j’ignorais totalement l’implication et les opinions qu’il pouvait avoir à l’égard de nos communautés. Rod Stewart est un artiste exceptionnel, mais c’est de l’être humain dont je voudrais vous parler aujourd’hui.
Selon mes recherches sur Wikipédia et Google, né le 10 janvier 1945 à Londres, Rod Stewart s’est imposé au fil des décennies comme l’une des grandes voix du rock britannique. Avec sa voix rauque immédiatement reconnaissable, son allure flamboyante et une carrière qui s’étend sur plus de six décennies, il a vendu des centaines de millions de disques à travers le monde et marqué plusieurs générations.
Avant de connaître la gloire, Stewart a fait ses premières armes dans différents groupes britanniques, notamment The Jeff Beck Group et Faces, avant de lancer une carrière solo qui allait rapidement devenir internationale. Des chansons comme Maggie May, Tonight’s the Night, Da Ya Think I’m Sexy?, Sailing et I Don’t Want to Talk About It sont devenues des classiques.
Mais derrière le personnage du rockeur séducteur et extravagant se trouve un homme qui a souvent surpris par ses prises de position et son ouverture envers les communautés LGBTQ+. Au fil des années, Rod Stewart a notamment exprimé publiquement son soutien à des artistes homosexuels et à la reconnaissance de leur place dans l’industrie musicale, tout en n’hésitant pas à parler avec franchise de sujets parfois considérés comme délicats.
Rod Stewart a grandi dans le milieu musical britannique des années 1960-1970, où il a côtoyé de nombreux artistes et professionnels homosexuels. Il a notamment été très proche de Long John Baldry, le chanteur qui l’a découvert et qui était ouvertement homosexuel. Stewart a également raconté qu’il avait un manager et un attaché de presse homosexuels et qu’il était, selon ses propres mots, « entouré d’hommes gays » à cette époque.
Mais l’élément déterminant semble être l’histoire de Georgie, un ami homosexuel associé au cercle des Faces. En 1976, Stewart lui consacre The Killing of Georgie (Part I and II), une chanson racontant le meurtre d’un homme homosexuel à New York. À une époque où l’homophobie était encore extrêmement présente, le fait qu’une immense vedette du rock consacre une chanson aussi émouvante à un homme gay était assez exceptionnel. L’Open University considère d’ailleurs Stewart comme l’un des premiers artistes populaires à avoir défendu publiquement l’égalité homosexuelle.
« Georgie était homosexuel, je suppose, rien de plus, rien de moins. C’était l’homme le plus gentil que j’aie jamais connu. »
Ce qui est particulièrement intéressant, c’est que Stewart n’a pas simplement écrit cette chanson comme un exercice militant : il connaissait personnellement le monde homosexuel auquel il faisait référence. Il expliquait encore en 2016 que son histoire de Georgie était liée à des personnes qu’il avait réellement connues et qu’il avait été profondément marqué par ce qu’elles vivaient. Il disait également que des hommes gays lui avaient raconté, des décennies plus tard, à quel point la chanson les avait aidés lorsqu’ils étaient jeunes.
Il y a aussi chez lui une forme de désinvolture très britannique face à la sexualité. Dans une entrevue avec GQ, lorsqu’on lui rappelle qu’il avait partagé une chambre avec Long John Baldry sans que cela ne lui pose problème, Stewart répond avec beaucoup d’humour qu’il était parfaitement à l’aise avec sa propre sexualité. Il explique aussi que le fait d’avoir des homosexuels autour de lui ne l’a « jamais dérangé ».
Rod Stewart : des convictions qui dépassent la scène
L’engagement de Rod Stewart envers les personnes LGBTQ+ ne s’est pas arrêté à The Killing of Georgie, cette chanson bouleversante qu’il consacrait dès 1976 à un homme homosexuel assassiné. Près d’un demi-siècle plus tard, le rockeur démontrait encore que ses convictions pouvaient avoir un véritable prix.
En 2023, Stewart a refusé de se produire en Arabie saoudite, malgré une offre financière considérable. Il expliquait être reconnaissant d’avoir le choix de décider où il pouvait se produire, alors que, selon lui, beaucoup de citoyens saoudiens n’ont pas cette liberté. Il citait notamment les femmes, la communauté LGBTQ+ et la presse parmi les personnes confrontées à des restrictions et à des injustices.
« Je voudrais que mon choix de ne pas y aller permette de mettre en lumière les injustices qui y existent et contribue à provoquer un changement positif », déclarait-il.
Ce qui rend sa décision particulièrement intéressante, c’est qu’elle n’était manifestement pas symbolique uniquement. Stewart avait déjà refusé auparavant une somme de plus d’un million de dollars pour se produire au Qatar, avant la Coupe du monde de 2022, invoquant également la situation des droits humains.
Et lorsqu’on lui demande quelle serait son attitude si l’un de ses enfants était homosexuel, sa réponse est d’une simplicité désarmante : cela lui conviendrait, pourvu que son enfant soit heureux. Cette déclaration résume peut-être mieux que de longs discours la façon dont Stewart semble concevoir l’homosexualité : non pas comme quelque chose qu’un parent devrait combattre ou corriger, mais comme une réalité personnelle qui ne change rien à la valeur d’un être humain.
Chez Rod Stewart, il existe donc une remarquable continuité. Dans les années 1970, il chantait l’histoire tragique d’un homme gay victime de la violence et de l’intolérance. Des décennies plus tard, il expliquait publiquement qu’il accepterait l’homosexualité de son propre enfant. Puis, en 2023, il refusait une importante proposition de concert parce qu’il ne voulait pas fermer les yeux sur les restrictions imposées notamment à la communauté LGBTQ+.
Il existe une immense cohérence entre l’artiste, ses convictions personnelles et ses actions au quotidien, et c’est précisément de cette cohérence dont nous avons le plus besoin à l’ère de Trump, alors que ce dernier s’affaire à détruire tous les acquis, aussi minces soient-ils, en matière de droits des personnes LGBTQ+.
Quand on y pense bien, ce que fait Trump aux personnes LGBTQ+ dans son pays présente, d’une certaine manière, certaines similitudes avec ce que l’on retrouve dans des pays musulmans où la charia est appliquée. Il ne s’agit évidemment pas de comparer des systèmes juridiques qui ne sont pas identiques, mais plutôt de constater que, dans les deux cas, des droits individuels peuvent être remis en question au nom d’une vision idéologique ou morale imposée à l’ensemble de la société.
Et dire que M. Trump critiquait encore Paris et Londres cette semaine, en laissant faussement entendre que la charia y serait reconnue ou appliquée comme un système juridique parallèle. Il affirmait même que, dans ces deux capitales, elle serait devenue « presque un second mode de vie ». Une affirmation qui ne correspond évidemment pas à la réalité juridique de ces deux villes.
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