Comment distinguer le vrai du faux en matière d’information?

Journaliste

Roger-Luc Chayer (Image : Pixabay)

L’auteur de cette analyse est journaliste professionnel depuis 33 ans. Il a également été président du chapitre montréalais de l’Association canadienne des journalistes.

Nous vivons aujourd’hui à une époque où la vigilance journalistique est plus nécessaire que jamais. Le Web regorge désormais de faux médias et de médias fantômes qui, derrière une apparence éditoriale, ne produisent pratiquement aucune information originale. Leur modèle est simple : ils récupèrent des nouvelles publiées par de véritables médias, les modifient légèrement, parfois au point d’en dénaturer le sens, puis les republient comme s’il s’agissait de leur propre contenu.

Cette pratique contribue à brouiller considérablement les frontières entre information, recyclage de contenu et désinformation. Elle rend aussi plus difficile, pour le public, l’identification des sources journalistiques fiables et la vérification de l’origine réelle d’une nouvelle.

Gay Globe s’est d’ailleurs penché officiellement sur cette problématique. À sa demande, le Conseil de presse du Québec a rendu un avis portant sur cette question, un document qui peut être consulté au : https://conseildepresse.qc.ca/decisions/d2026-01-008/

Le problème du pont de vue de la libre circulation des nouvelles et des analyses journalistiques est qu’il n’existe plus de moyens de ditinguer le vrai média du faux. Il ne suffit pas de connaître le média comme vous connaissez Gay Globe et les humains derrière ce groupe média mais malgré toutes mes recherches, en visitant une des pages de ces faux médias, rien ne permet d’arriver à la conslusion qu’il s’agit d’un faussaire. Les actus sont présentées comme un vrai média mais souvent, comme dans Montréal Minute, un seul signataire signe tous les articles et cette personne n’existe tout simplement pas.

Comment, dans ce contexte, peut-on encore s’assurer de recevoir une information vérifiée par un véritable journaliste? Et surtout, le journalisme éthique est-il aujourd’hui menacé par cette situation?

À qui peut-on encore faire confiance?

Dans un univers médiatique où les informations circulent à une vitesse jamais vue, une question devient incontournable : comment le public peut-il encore savoir qu’une information qu’il lit a réellement été vérifiée par un journaliste?

La question est loin d’être théorique. De plus en plus de sites se présentent comme des médias alors qu’ils produisent peu, voire aucun contenu original. Ils récupèrent des nouvelles publiées par des médias reconnus, les modifient légèrement, changent parfois le titre ou certains passages, puis les rediffusent. Pour le lecteur, il devient alors difficile de distinguer le travail journalistique original de la simple reproduction de contenu.

Cette réalité soulève une deuxième question, beaucoup plus préoccupante : le journalisme éthique est-il aujourd’hui menacé?

Car derrière chaque véritable reportage se trouvent normalement des heures de recherche, de vérification, d’entrevues, de recoupement des sources et, lorsque cela est nécessaire, de demandes de commentaires aux personnes concernées. Ce travail a une valeur, même lorsqu’il n’est pas visible dans l’article final.

Le problème survient lorsque le contenu produit par un journaliste peut être repris presque immédiatement par d’autres sites qui n’ont effectué aucune de ces vérifications, tout en profitant eux aussi de la visibilité et du trafic générés par l’information. À terme, cette situation risque de créer une concurrence profondément inégale entre ceux qui produisent l’information et ceux qui se contentent de la recycler.

Pour le public, l’enjeu est tout aussi important. Lorsqu’une nouvelle est reprise plusieurs fois sur Internet, sa multiplication ne constitue pas une preuve de véracité. Une information fausse ou inexacte peut être copiée par dix, vingt ou cinquante sites et donner ainsi l’impression qu’elle a été confirmée par plusieurs sources, alors qu’elle provient peut-être d’un seul article initial.

C’est précisément dans cette nouvelle réalité médiatique que le rôle du journaliste éthique prend toute son importance.

Avant l’avènement de ces nouveaux outils de production automatisée de l’information, j’ai œuvré pendant des années au sein de plusieurs médias, qu’ils soient écrits, radiophoniques ou télévisuels. Il était alors beaucoup plus difficile d’imaginer une information entièrement « robotisée », particulièrement dans les médias que j’appellerais les médias « vivants », c’est-à-dire ceux qui permettent au public de voir ou d’entendre le journaliste livrer directement son travail.

Mais même cette forme de journalisme n’est désormais plus à l’abri. Avec les outils de deepfake et les technologies d’intelligence artificielle, il devient possible de créer des présentateurs et des journalistes virtuels d’un réalisme saisissant, capables de faire dire pratiquement n’importe quoi à une personne qui semble pourtant bien réelle à l’écran.

Autrement dit, même le journalisme en direct, qui constituait autrefois l’un des repères les plus solides pour distinguer une véritable information d’une manipulation, n’est plus une garantie absolue.

Comment distinguer le vrai du faux en matière d’information ?

La première règle est probablement la plus simple : ne jamais considérer qu’une information est vraie simplement parce qu’elle est publiée sur un site qui ressemble à un média. Aujourd’hui, l’apparence d’un site, la qualité de son graphisme, la présence d’un logo ou même la publication régulière de nouvelles ne suffisent plus à démontrer qu’il s’agit d’un véritable média journalistique.

Le premier réflexe consiste à chercher qui est réellement derrière l’information. Le journaliste est-il identifié par son nom? Possède-t-il une véritable présence professionnelle? Peut-on retrouver ses autres articles, son parcours, ses entrevues ou son travail dans d’autres médias? Un journaliste qui existe réellement laisse généralement des traces vérifiables de son activité professionnelle.

Il faut ensuite regarder qui édite le média. Existe-t-il une adresse, une équipe, une rédaction identifiable, des coordonnées permettant de communiquer avec quelqu’un? Le média indique-t-il clairement qui en est le propriétaire ou l’éditeur? Une publication qui ne permet pas de savoir qui la produit mérite déjà une certaine prudence.

Un autre indice important est de remonter à la source originale. Lorsqu’un article affirme qu’une information provient d’un autre média, il faut, lorsque c’est possible, aller consulter l’article original. On découvre parfois que plusieurs sites rapportent exactement la même nouvelle, alors qu’ils proviennent tous d’une seule source initiale. La multiplication des articles ne signifie donc pas nécessairement qu’il y a eu plusieurs vérifications indépendantes.

Il faut également porter attention à la façon dont l’information est présentée. Un véritable travail journalistique donne normalement certains éléments permettant au lecteur de comprendre d’où vient l’information : une entrevue, un document, une déclaration officielle, une personne identifiée comme source ou encore plusieurs sources indépendantes. À l’inverse, les affirmations spectaculaires sans aucune source identifiable devraient immédiatement susciter la méfiance.

Les réseaux sociaux compliquent encore davantage la situation. Une vidéo montrant un présentateur à l’écran n’est plus nécessairement une preuve qu’un véritable journaliste se trouve derrière cette vidéo. Les technologies de deepfake et de synthèse vocale permettent aujourd’hui de fabriquer des images et des voix extrêmement réalistes. Il faut donc également apprendre à vérifier la provenance de la vidéo, et non seulement son apparence.

Enfin, il existe une règle que je considère essentielle : ne pas confondre répétition et confirmation. Une fausse information peut être copiée des dizaines de fois en quelques heures. Si tous les sites qui la publient ont repris la même source, nous n’avons pas dix confirmations : nous n’en avons qu’une.

Dans le doute, le meilleur réflexe demeure donc de comparer plusieurs sources réellement indépendantes, de rechercher l’origine de l’information et de vérifier l’identité de ceux qui prétendent l’avoir produite.

À l’époque des médias fantômes et de l’intelligence artificielle, le lecteur doit malheureusement devenir lui-même un peu journaliste. Non pas pour tout vérifier en profondeur, mais simplement pour apprendre à poser les bonnes questions : Qui me parle? Qui a vérifié cette information? D’où vient-elle? Et qui peut réellement être tenu responsable de ce qui vient d’être publié?

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