
Arnaud Pontin (Image : IA / Gay Globe)
Un nouveau médicament contre l’Alzheimer, le donanemab, vient d’être approuvé par Santé Canada et pourrait également contribuer à ralentir certains symptômes neurologiques associés au VIH.
Le donanemab est un nouveau médicament destiné à certaines personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer à un stade précoce. Commercialisé sous le nom de Kisunla, il a été approuvé aux États-Unis par la FDA en juillet 2024. Il s’adresse principalement aux personnes présentant des troubles cognitifs légers ou une forme légère de démence associée à la maladie d’Alzheimer.
Contrairement aux médicaments qui cherchent surtout à améliorer temporairement certains symptômes, le donanemab s’attaque à l’un des mécanismes biologiques caractéristiques de la maladie : l’accumulation de protéines bêta-amyloïdes dans le cerveau.
Comment fonctionne le donanemab?
Pour simplifier, on peut imaginer que certaines protéines s’accumulent progressivement dans le cerveau et forment des dépôts appelés plaques amyloïdes. Ces dépôts sont associés aux processus qui participent à la détérioration des cellules nerveuses observée dans la maladie d’Alzheimer.
Le donanemab est un anticorps monoclonal conçu pour reconnaître une forme particulière de bêta-amyloïde présente dans ces plaques. Il aide ainsi le système immunitaire à éliminer ces dépôts. Les études ont effectivement montré une importante réduction de la quantité de plaques amyloïdes chez les personnes traitées.
L’objectif n’est donc pas de faire disparaître instantanément les problèmes de mémoire, mais plutôt de ralentir la progression de la maladie.
C’est probablement l’élément le plus important à comprendre.
Le donanemab ne guérit pas la maladie d’Alzheimer et ne permet pas de retrouver une mémoire normale. Les essais cliniques ont montré que les personnes traitées connaissaient, en moyenne, une détérioration cognitive et fonctionnelle moins rapide que celles ayant reçu un placebo.
Dans l’étude ayant mené à son approbation, portant sur 1 736 personnes, le médicament a permis de réduire de façon statistiquement significative le déclin observé après 76 semaines. Autrement dit, la maladie continue de progresser, mais elle peut progresser moins rapidement chez certaines personnes.
Le donanemab est destiné aux premiers stades de la maladie. C’est important parce que les lésions cérébrales associées à Alzheimer commencent à se développer bien avant que la démence soit importante.
Les chercheurs pensent donc qu’il est plus intéressant d’intervenir lorsque les dommages au cerveau sont encore relativement limités. Le traitement nécessite d’ailleurs de confirmer la présence de la pathologie amyloïde avant de commencer.
Le donanemab n’est toutefois pas un médicament anodin. Il peut provoquer des anomalies visibles à l’imagerie cérébrale appelées ARIA, qui correspondent notamment à un gonflement ou à de petits saignements dans le cerveau. Ces complications sont souvent sans symptômes, mais elles peuvent parfois être graves.
Comment fonctionne le donanemab?
il existe une hypothèse scientifique intéressante concernant le donanemab et certaines complications neurologiques du VIH, mais il faut être très précis : le donanemab n’est actuellement pas un traitement du VIH et il n’a pas été démontré qu’il améliore les troubles cognitifs liés au VIH.
Chez certaines personnes vivant avec le VIH, même lorsque le virus est parfaitement contrôlé par les antirétroviraux, il peut persister une inflammation chronique du système nerveux et apparaître des troubles cognitifs regroupés sous le terme HAND (HIV-associated neurocognitive disorders). Cela peut se traduire par des problèmes de mémoire, d’attention, de concentration ou de vitesse de traitement de l’information.
Le point commun potentiel se trouve dans le cerveau et la protéine bêta-amyloïde. Le donanemab est conçu pour éliminer les dépôts de bêta-amyloïde caractéristiques de la maladie d’Alzheimer.
Or, des travaux scientifiques montrent que le VIH et l’inflammation chronique associée au VIH peuvent perturber le métabolisme de la bêta-amyloïde. Des protéines produites par le VIH pourraient notamment favoriser sa production ou réduire son élimination.
Cela ouvre une question intéressante : un médicament capable d’éliminer la bêta-amyloïde pourrait-il éventuellement avoir une utilité chez certaines personnes vivant avec le VIH qui développent des troubles neurocognitifs?
Mais il y a un problème important : les études réalisées chez des personnes ayant un HAND ne montrent pas que l’accumulation d’amyloïde soit systématiquement comparable à celle observée dans Alzheimer. Une étude menée chez des personnes vivant avec un VIH contrôlé a notamment trouvé, au niveau du groupe, une accumulation amyloïde similaire à celle de personnes âgées sans déficit cognitif, et nettement inférieure à celle observée dans les groupes présentant un trouble cognitif léger ou Alzheimer.
Donc, pour l’instant…
Le donanemab pourrait être intéressant pour la recherche sur les troubles cognitifs associés au VIH, mais il ne faut surtout pas dire qu’il constitue déjà un traitement du VIH ou du HAND.
L’intérêt scientifique serait plutôt de déterminer si un sous-groupe de personnes vivant avec le VIH présente réellement une pathologie amyloïde de type Alzheimer. Chez ces personnes, un traitement anti-amyloïde pourrait éventuellement être étudié.
le donanemab ne traite pas le VIH, mais son mécanisme pourrait devenir une piste de recherche pour certains troubles neurologiques observés chez des personnes vivant avec le VIH, particulièrement lorsque des caractéristiques biologiques d’Alzheimer sont présentes.
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