Trop vieux pour les réseaux sociaux? Désolé, je ne savais pas que Facebook avait une limite d’âge!

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Roger-Luc Chayer (Image : IA / Gay Globe)

On parle beaucoup, en 2026, de la forte remontée des attaques homophobes sur les réseaux sociaux. Il s’agit de l’expression d’une haine dirigée contre les représentants des communautés LGBTQ+ pour aucune autre raison que celle d’exister. Je le constate ailleurs, notamment sur Facebook et Instagram, et ces attaques sont souvent aussi infantiles que gratuites, un peu comme celles qu’on pouvait entendre dans les cours d’école dans les années 1970.

« Tapettes », « fifis », « butch » : tout y passe. Et lorsque je vois passer ces vagues de haine, je m’attarde souvent à regarder le profil social de leurs auteurs. Souvent, ce ne sont pas des gens qui ont fait de longues études; ce sont plutôt des travailleurs manuels ou des personnes vivant avec un salaire minimum, si je me fie évidemment aux nombreuses photos qu’ils publient d’eux-mêmes. Car même lorsqu’ils s’en prennent gratuitement à une communauté précise, ils semblent avant tout aimer se montrer, se mettre en valeur et exposer publiquement des gestes ou des comportements que nous pourrions pourtant considérer comme répréhensibles, voire illégaux.

À Gay Globe, et comme journaliste depuis plus de 34 ans, j’ai très rarement été la cible de ces attaques homophobes. Peut-être que mon statut de journaliste ou mon accès relativement facile aux outils de communication et aux médias me protège jusqu’à un certain point. Mais en 2026, pour la première fois, j’ai été la cible, à trois reprises, d’attaques qui ne portaient pas sur le fait que je publie un média s’adressant aux communautés LGBTQ+, mais simplement sur mon âge.

Tout simplement à cause de mes photos sur Facebook, des commentaires ont été publiés à mon endroit, et tous avaient essentiellement le même sens. On s’en est pris à mes compétences dans les réseaux sociaux du simple fait que je suis dans la soixantaine, alors que dans les faits, c’est tout le contraire : mon expérience est difficile à battre.

Il suffit d’ailleurs de regarder les statistiques de fréquentation de Gayglobe.net, avec un pic de plus de 31 000 visiteurs uniques en octobre 2025, PAR JOUR !

Alors que j’avais publié un article au sujet d’un scientifique gay dont je questionnais le jugement, celui-ci est allé publier un message sur sa page Facebook dans lequel il remettait en question ma compréhension des réseaux sociaux, allant jusqu’à suggérer qu’on devrait limiter l’accès à ces plateformes aux personnes d’un certain âge.

Évidemment, son message a suscité des réactions similaires de la part de certains de ses abonnés et de ses lecteurs, dont le niveau de maîtrise de la langue française, à en juger par leurs commentaires, laissait parfois à désirer.

Trop vieux pour les réseaux sociaux? ChatGPT a vérifié

Pour m’amuser un peu, j’ai demandé à ChatGPT de vérifier, partout où il le pouvait, mes activités sur les réseaux sociaux — Facebook, Bluesky, Instagram et X — ainsi que sur Gayglobe.net, et de me dire si, après son analyse, je semblais réellement incapable de comprendre les réseaux sociaux en raison de mon âge.

La réponse est plutôt intéressante.

D’abord, il faut être honnête : ChatGPT ne peut pas accéder à mes comptes privés ni consulter toutes mes statistiques internes. Il peut toutefois analyser ce qui est publiquement accessible, notamment les contenus publiés sur Gayglobe.net, les traces de mon activité médiatique et les informations disponibles sur mes différentes plateformes.

Et le constat est assez difficile à contourner : rien dans les éléments publics que ChatGPT a pu vérifier ne permet de conclure que mon âge constitue un handicap dans ma maîtrise des communications numériques. Bien au contraire.

Gay Globe est présent sur Internet depuis 1998. Cela signifie que je travaillais déjà dans les médias numériques avant même que Facebook, Instagram, Bluesky ou TikTok n’existent. Depuis, le monde médiatique a complètement changé : sites Web, moteurs de recherche, infolettres, réseaux sociaux, vidéo, référencement, intelligence artificielle et nouvelles plateformes se sont succédé. Gay Globe a suivi ces transformations.

Le site compte aujourd’hui plus de 12 000 articles publiés. Ce n’est pas seulement une énorme archive journalistique : c’est aussi la trace de plusieurs décennies d’adaptation aux nouvelles technologies et aux nouvelles habitudes de consommation de l’information.

Et c’est peut-être là que se trouve le paradoxe de cette histoire.

On m’a reproché, en raison de mon âge, de ne pas comprendre les réseaux sociaux. Pourtant, mon expérience des médias numériques a commencé bien avant que plusieurs de ceux qui me critiquent ne découvrent probablement leur première plateforme sociale.

J’ai connu Internet avant Facebook. J’ai connu les médias en ligne avant Instagram. J’ai travaillé dans les communications numériques avant que l’expression « influenceur » devienne courante. Et j’ai dû apprendre, comme tout le monde, à m’adapter aux changements technologiques successifs.

Est-ce que cela signifie que je maîtrise les réseaux sociaux « mieux que quiconque »? Non. Ce serait impossible à démontrer sérieusement. Il faudrait comparer mes résultats à ceux de millions de journalistes, de créateurs de contenu, de médias et de gestionnaires de communautés partout dans le monde.

Mais peut-on sérieusement prétendre que je ne comprends rien aux réseaux sociaux parce que je suis dans la soixantaine? Là, la réponse est beaucoup plus simple : non.

Les statistiques de fréquentation de Gayglobe.net parlent d’ailleurs d’elles-mêmes. En octobre 2025, le site a connu un sommet de plus de 31 000 visiteurs uniques par jour. Il ne s’agit pas du résultat d’une personne qui aurait abandonné les technologies numériques depuis 30 ans.

Il faut aussi comprendre quelque chose d’essentiel : maîtriser les réseaux sociaux ne signifie pas publier constamment des selfies, accumuler des « likes » ou passer sa journée à commenter les publications des autres. Pour un journaliste et un éditeur, les réseaux sociaux sont d’abord des outils de communication et de diffusion.

Le véritable objectif est de savoir quoi publier, quand le publier, comment le présenter, à qui s’adresser et surtout comment ramener le lecteur vers un contenu éditorial durable.

Une publication Facebook disparaît rapidement dans un fil d’actualité. Un article bien produit et bien référencé peut continuer à être consulté pendant des années.

C’est précisément cette différence entre le simple usage d’un réseau social et la compréhension d’une stratégie médiatique qui semble avoir échappé à certains de mes détracteurs.

Et puis, il y a une dernière ironie.

Pour déterminer si j’étais trop vieux pour comprendre les réseaux sociaux, j’ai demandé à une intelligence artificielle de vérifier mon travail numérique.

Elle a analysé mes activités et mon parcours.

Son verdict : mon âge n’est pas une preuve d’incompétence. Mon expérience constitue plutôt une preuve d’adaptation.

Finalement, je vais peut-être continuer encore quelques années sur Facebook.

Est-ce que la Charte des droits et libertés de la personne me protège contre ce type de propos âgistes?

À la suite des propos de ce professeur universitaire gay concernant mon âge et mon prétendu manque de compétences pour naviguer sur les réseaux sociaux, j’ai déposé une demande d’enquête auprès de la Commission, en produisant les échanges personnels entre le professeur et moi-même, ainsi que ses publications et les réactions suscitées sur son compte Facebook. Voici ce que la Commission m’a répondu :

Bonjour, Nous accusons réception de votre courriel du 11 juillet 2026. En réponse à votre demande, le courriel qui vous a été envoyée en date du 6 juillet explique que Commission n’a pas compétence pour traiter de la situation présentée dans votre formulaire de plainte.

La CDPDJ a la responsabilité de promouvoir les libertés et les droits fondamentaux. Cependant, elle ne peut pas intervenir dans toutes les situations. Les pouvoirs d’enquête de la CDPDJ sont limités à ces situations :

•            une personne est victime de discrimination ou de harcèlement discriminatoire lié aux 14 motifs énumérés à l’article 10 de la Charte. En savoir plus

•            un enfant ou un jeune est victime d’une lésion de droit. En savoir plus

•            une personne âgée ou handicapée est victime d’exploitation. En savoir plus

Dans les circonstances, et vu l’objet de votre demande, nous vous suggérons de vous adresser à un avocat qui, croyons-nous, est la ressource la plus appropriée. Pour toute autre information, vous pouvez consulter notre site Web www.cdpdj.qc.ca

Recevez nos salutations distinguées. Direction de l’accueil, de l’évaluation et de la médiation


Oui, la Charte québécoise des droits et libertés de la personne et de la jeunesse, un nom plutôt ironique dans les circonstances qui me concernent, protège contre les discriminations fondées sur l’âge et plusieurs autres facteurs. Mais il aurait fallu qu’on me refuse un service ou un bien en raison de mon âge, ce qui n’a pas été le cas dans les faits soulevés plus haut.

Le professeur, qui n’avait pas apprécié l’article dans lequel je questionnais son jugement dans une affaire politique, m’a simplement soumis à l’opprobre, sans même publier le lien vers mon article qu’il dénonçait, ouvrant ainsi la voie à toutes les interprétations et à l’imaginaire de ses abonnés.

Finalement, qui devrait retourner à l’école?

Après tout ça, une question me reste : si l’âge est devenu un critère pour juger de la compétence d’une personne sur les réseaux sociaux, à partir de quel âge faut-il commencer à distribuer les cartes de membre?

Soixante ans? Soixante-cinq? Peut-être faudrait-il simplement installer une petite alarme sur Facebook : « Attention, utilisateur âgé détecté. Veuillez confirmer que vous savez encore utiliser votre clavier. »

Je trouve d’ailleurs assez savoureux qu’un professeur universitaire, dont on pourrait normalement attendre un minimum de rigueur dans l’analyse, ait choisi de juger mes compétences à partir de mon âge plutôt qu’à partir de mon travail. C’est probablement plus simple : analyser 34 ans de journalisme, des milliers d’articles et des millions de visites demande beaucoup plus d’efforts que de regarder une photo sur Facebook.

Et puis, il y a cette petite contradiction que j’aime beaucoup : pour démontrer que je suis trop vieux pour comprendre les réseaux sociaux, on m’a dénoncé… sur un réseau social.

Je vais donc continuer à utiliser Facebook, Instagram, X, Bluesky et toutes les plateformes qui suivront, tant que j’en aurai envie. Je laisserai aux autres le soin de décider si mon âge me rend obsolète.

Après tout, si mes compétences diminuent réellement avec l’âge, il faudra bien que quelqu’un me prévienne.

De préférence sur Facebook. Je risque d’y être.

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MTL : HOMOPHOBIE CHEZ SHELL? — https://www.gayglobe.net/ggmag135.pdf

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