Quand l’image du corps devient une obsession : comprendre la dysmorphie génitale masculine

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Arnaud Pontin (Image : IA / Gay Globe)

Il existe une foule de dysmorphies dont on entend plus ou moins parler. La plus célèbre est la dysmorphie de genre, qui désigne un état dans lequel une personne ressent une discordance importante entre le genre qui lui a été assigné à la naissance et son identité de genre. Cette situation peut entraîner une détresse psychologique, notamment lorsque l’apparence physique, les caractéristiques sexuelles ou la manière dont la personne est perçue par son entourage ne correspondent pas à son identité vécue. On parle alors de ces personnes comme des trans.

On parle beaucoup de dysmorphie, mais le terme recouvre plusieurs réalités. Dans le langage courant, il est souvent utilisé pour décrire une perception profondément négative de son propre corps. En médecine et en psychologie, il faut toutefois apporter certaines nuances, car toutes les préoccupations liées à l’apparence ne constituent pas nécessairement un trouble.

La forme la plus connue est le trouble dysmorphique corporel, autrefois appelé dysmorphophobie. La personne est obsédée par un défaut physique réel ou imaginaire, parfois extrêmement discret ou même invisible pour son entourage. Cette préoccupation peut devenir envahissante et entraîner des comportements répétitifs, comme se regarder constamment dans le miroir, chercher à camoufler certaines parties du corps ou multiplier les consultations médicales et esthétiques.

La dysmorphie musculaire constitue une autre manifestation particulièrement importante. La personne peut avoir une musculature très développée tout en étant convaincue de ne pas être suffisamment musclée. Cette perception peut entraîner un entraînement physique excessif, une alimentation très contrôlée et une préoccupation permanente concernant la masse musculaire et l’apparence du corps.

D’autres préoccupations peuvent être centrées sur des parties précises du corps. Certaines personnes développent ainsi une obsession concernant leur nez, leurs dents, leurs cheveux ou leur peau. Elles peuvent considérer leur nez comme disproportionné, leur sourire comme disgracieux, leur chevelure comme insuffisante ou leur peau comme excessivement imparfaite. Lorsque ces préoccupations deviennent persistantes et provoquent une souffrance importante, elles peuvent s’inscrire dans le cadre d’un trouble dysmorphique corporel.

Qu’est-ce que la dysmorphie des organes génitaux?

La dysmorphie des organes génitaux n’est pas, à proprement parler, un diagnostic distinct reconnu comme tel. Il s’agit plutôt d’une préoccupation dysmorphique centrée sur les organes génitaux, qui peut s’inscrire dans le trouble dysmorphique corporel.

La personne peut être convaincue que ses organes génitaux sont trop petits, trop grands, asymétriques, difformes ou anormaux, alors que leur apparence est normale ou présente seulement une particularité mineure. Chez les hommes, la préoccupation peut notamment porter sur la taille du pénis, sa forme ou celle des testicules.

Cette inquiétude peut devenir particulièrement envahissante : comparaison avec d’autres hommes, consultation répétée de contenus pornographiques ou médicaux, vérification fréquente dans le miroir, recherche de mesures, évitement des relations sexuelles ou des vestiaires et recours à des traitements ou à la chirurgie esthétique. Le problème ne réside donc pas nécessairement dans l’organe lui-même, mais dans la perception obsessionnelle et la souffrance qu’elle provoque.

Il faut également la distinguer d’une simple insatisfaction. Beaucoup de personnes peuvent être préoccupées par la taille ou l’apparence de leurs organes génitaux sans souffrir d’un trouble dysmorphique. Le diagnostic repose notamment sur l’intensité de la préoccupation, le temps qu’elle occupe et ses conséquences sur la vie quotidienne.

Quels en sont les symptômes ?

La préoccupation concernant l’apparence des organes génitaux peut prendre une place considérable dans la vie de certaines personnes. Lorsqu’elle devient persistante, envahissante et disproportionnée par rapport à la réalité physique, elle peut s’inscrire dans le cadre d’un trouble dysmorphique corporel, même si la « dysmorphie génitale » n’est pas un diagnostic distinct reconnu en tant que tel.

La personne peut être convaincue que son pénis, ses testicules ou l’ensemble de sa région génitale présentent une anomalie. Elle peut notamment se croire trop petite, trop grande, asymétrique ou différente des autres hommes. Dans certains cas, cette perception persiste même lorsqu’un professionnel de santé confirme que l’anatomie est parfaitement normale.

La comparaison avec les autres peut alors devenir permanente. Les vestiaires, les toilettes publiques, les relations sexuelles ou encore l’exposition à la pornographie peuvent alimenter cette impression de ne pas être « normal ». La personne peut également se mesurer fréquemment, se regarder dans un miroir ou examiner son anatomie sous différents angles afin de tenter de vérifier si ses craintes sont fondées.

Cette préoccupation peut aussi conduire à rechercher constamment l’assurance des autres. Un partenaire ou un médecin peut affirmer que tout est normal, mais le soulagement ne dure souvent que quelques instants avant que le doute réapparaisse. La personne peut alors multiplier les recherches sur Internet, les consultations médicales ou les demandes d’avis concernant la taille et l’apparence de ses organes génitaux.

L’évitement constitue une autre manifestation importante. Certaines personnes peuvent éviter les relations sexuelles, les vestiaires, les plages, les piscines ou toute situation dans laquelle elles pourraient être vues nues. D’autres peuvent avoir de la difficulté à être pleinement présentes dans une relation intime parce qu’elles se concentrent constamment sur ce que leur partenaire pourrait penser de leur corps.

Avec le temps, cette préoccupation peut provoquer une honte importante, de l’anxiété, une diminution de l’estime de soi et des difficultés dans la vie sexuelle ou relationnelle. La personne peut avoir le sentiment que son apparence génitale détermine sa valeur, sa masculinité ou sa capacité à être désirée.

Il existe toutefois une distinction importante entre une insatisfaction occasionnelle et un véritable problème dysmorphique. De nombreuses personnes peuvent avoir des complexes concernant leur corps sans souffrir d’un trouble. Ce qui caractérise la préoccupation dysmorphique, c’est surtout son caractère obsessionnel, répétitif et envahissant, ainsi que les conséquences qu’elle entraîne dans la vie quotidienne.

Une modification réelle de l’apparence des organes génitaux, une douleur, une masse, une déformation nouvelle ou tout autre changement inhabituel ne doit pas être automatiquement attribué à une dysmorphie. Dans ces circonstances, une évaluation médicale est nécessaire afin d’écarter une véritable condition physique.

Comment traiter une dysmorphie de l’organe sexuel mâle ?

Le traitement dépend d’abord de ce que l’on entend par « dysmorphie ». Lorsqu’un homme est profondément préoccupé par la taille ou l’apparence de son pénis ou de ses testicules alors que l’anatomie est normale ou ne présente qu’une particularité mineure, on parle généralement d’une préoccupation dysmorphique génitale, qui peut faire partie du trouble dysmorphique corporel.

Le traitement ne consiste donc pas nécessairement à modifier l’organe. L’objectif est plutôt de modifier la relation que la personne entretient avec son image corporelle.

La psychothérapie, particulièrement la thérapie cognitivo-comportementale (TCC), constitue généralement l’une des approches les plus importantes. Elle permet d’identifier les pensées obsessionnelles concernant le corps, les comparaisons constantes, les vérifications devant le miroir ou les comportements d’évitement. Le patient apprend progressivement à réduire ces comportements et à remettre en question les croyances qui entretiennent son anxiété.

Dans certaines situations, un médecin ou un psychiatre peut également envisager un traitement médicamenteux, notamment avec certains antidépresseurs de la famille des ISRS. Ils peuvent être utilisés dans le traitement du trouble dysmorphique corporel, particulièrement lorsque les symptômes obsessionnels sont importants. Le choix du médicament et de la dose doit évidemment être fait individuellement par un professionnel.

Il est également important d’effectuer une évaluation médicale initiale. Avant de conclure à une dysmorphie, un médecin peut vérifier qu’il n’existe pas réellement de problème anatomique, hormonal, dermatologique, urologique ou sexuel. Cette étape peut aussi permettre de rassurer le patient avec des données objectives plutôt qu’avec de simples commentaires sur son apparence.

Les interventions visant directement à modifier le pénis, comme certaines chirurgies esthétiques, injections ou techniques d’agrandissement, doivent être abordées avec beaucoup de prudence lorsqu’une dysmorphie est soupçonnée. Une intervention peut ne pas résoudre la préoccupation et, dans certains cas, la personne peut simplement déplacer son inquiétude vers une autre caractéristique physique.

Le traitement peut donc être particulièrement efficace lorsqu’il associe évaluation médicale, psychothérapie et, lorsque nécessaire, traitement pharmacologique. L’objectif n’est pas de convaincre l’homme qu’il est « beau » ou que son corps est parfait, mais de faire en sorte que l’apparence de ses organes génitaux cesse d’occuper une place disproportionnée dans sa vie.

Si cette préoccupation entraîne un évitement des relations sexuelles, des consultations répétées, des mesures compulsives ou une souffrance importante, il serait pertinent d’en parler à un médecin, un psychologue ou un psychiatre connaissant le trouble dysmorphique corporel.

Québec

Au Québec, une première démarche peut être faite auprès d’Info-Social 811, option 2, qui permet de parler gratuitement et confidentiellement à un professionnel en intervention psychosociale. Le service est disponible 24 heures sur 24 et peut orienter la personne vers les ressources appropriées.

Gouvernement du Québec — Santé mentale

Info-Social 811

Le Guichet d’accès à la première ligne (GAP) peut également orienter les personnes qui n’ont pas de médecin de famille vers les services de santé ou psychosociaux appropriés.

Guichet d’accès à la première ligne

Pour trouver un psychologue, un psychothérapeute ou un autre professionnel, le réseau public québécois constitue également une porte d’entrée. Le gouvernement recommande notamment les CLSC, le médecin de famille et les professionnels de la santé mentale.

Canada

Au Canada, le CAMH — Centre for Addiction and Mental Health, à Toronto, constitue une source médicale importante sur les troubles obsessionnels et apparentés. Le CAMH classe notamment le trouble dysmorphique corporel parmi les troubles apparentés au trouble obsessionnel-compulsif et décrit les préoccupations excessives concernant l’apparence ainsi que les comportements répétitifs qui peuvent les accompagner.

CAMH — Centre for Addiction and Mental Health

Pour les Canadiens, l’International OCD Foundation (IOCDF) constitue également une ressource particulièrement intéressante parce que son répertoire permet de rechercher des thérapeutes, cliniques, programmes et groupes de soutien spécialisés dans le BDD, y compris à l’extérieur des États-Unis.

IOCDF — Body Dysmorphic Disorder

États-Unis

Aux États-Unis, l’une des ressources les plus importantes est précisément l’International OCD Foundation, qui possède une section entièrement consacrée au Body Dysmorphic Disorder. Son répertoire permet de rechercher des professionnels et des programmes spécialisés. La fondation souligne également que les traitements efficaces comprennent notamment la thérapie cognitivo-comportementale et certains médicaments.

IOCDF — Resource Directory

La BDD Foundation est également une ressource internationale majeure. Même si elle est basée au Royaume-Uni, elle offre de l’information, des ressources éducatives, des groupes de soutien et des outils destinés aux personnes vivant avec un trouble dysmorphique corporel partout dans le monde.

BDD Foundation

Europe

Au Royaume-Uni, la Body Dysmorphic Disorder Foundation est probablement la ressource européenne la plus directement pertinente. Elle propose une ligne d’aide par courriel, des groupes de soutien et de l’information sur l’accès aux traitements du BDD dans le NHS. Elle offre également des conseils pour trouver un thérapeute spécialisé dans ce trouble.

BDD Foundation — Support au Royaume-Uni

La fondation possède aussi une section de ressources générales comprenant des outils d’auto-évaluation, des livres, des témoignages, des vidéos d’experts et le balado Beating BDD.

BDD Foundation — Ressources

Pour l’Europe continentale, l’IOCDF est particulièrement utile parce que son réseau comprend des partenaires internationaux et son répertoire permet de rechercher des ressources spécialisées au-delà des États-Unis.

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